France

Canicule : 50°C demain ? 24 heures à 10 degrés de plus.

Mardi, la France a battu son record de température maximale moyenne avec 38,2 °C. Au rythme actuel des émissions de gaz à effet de serre, le seuil de 1,5 °C supplémentaires par rapport à l’ère préindustrielle sera franchi entre 2030 et 2052.


Mardi, la France a établi un nouveau record de température maximale moyenne à 38,2 °C, avec des températures dépassant les 40 °C. Avec le dérèglement climatique, cette situation risque de se reproduire. Si les émissions de gaz à effet de serre continuent à ce rythme, le seuil de 1,5 °C au-dessus des niveaux préindustriels sera atteint entre 2030 et 2052. Dans ces conditions, une journée à 50 °C dans les villes françaises paraît envisageable.

Une telle canicule extrême suscite des inquiétudes. « On ne s’imaginait déjà pas les températures que l’on a aujourd’hui il y a quelques années », observe Gilles Ramstein, paléoclimatologue et directeur de recherche au CEA au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE). « Donc imaginer une canicule à 50 °C, ce n’est pas idiot. » La question est de savoir comment survivre à de telles températures, alors que la France n’est déjà pas adaptée à des chaleurs de 42 °C. « Ce n’est pas une question d’innovations individuelles, mais de solutions d’adaptation collective », poursuit Gilles Ramstein. « On est en guerre contre le réchauffement. » Voici un exercice d’imagination sur l’avenir, en fonction des mesures prises.

**Scénario 1 : Une journée dans la fournaise sans adaptation**

Jules se réveille. En réalité, il n’a pas vraiment dormi : sa climatisation portable a peine réussi à descendre la température de son appartement à 30 °C. La climatisation individuelle est pour l’heure réservée à ceux qui peuvent se la permettre. À 9 heures, le thermomètre affiche déjà 38 °C, et le mercure atteindra bientôt 50 °C. Les livreurs, éboueurs et facteurs sont bloqués chez eux.

Pour se rendre au travail, Jules ne peut pas prendre les transports en commun, les rails déformés par la chaleur empêchant leur circulation, et de toute façon, les bus sont bondés et étouffants par des températures entre 40 et 50 °C. Citadin, il ne possède pas de voiture et n’a d’autre choix que d’enfourcher son vélo. En milieu de parcours, alors qu’il est en sueur, il manque d’être percuté par une ambulance qui file dans la rue. Les urgences sont saturées dès l’aube, avec des nourrissons, des personnes âgées et des malades chroniques.

Au travail, Jules a la chance de bénéficier de la climatisation, mais le cantinier de son restaurant d’entreprise cuisine sous des températures proches de celles de son four. Bien que protégé, Jules est moins performant. Son trajet à vélo l’a laissé exténué : à 30 °C, les performances cognitives baissent de 20 %. Imaginez alors à 50 °C.

Le soir, Jules traîne dans le rayon des surgelés d’un supermarché, feignant de choisir entre des pommes dauphine et du poisson pané pour profiter de la fraîcheur. Dans une France à 50 °C, les gens se réfugient dans les centres commerciaux, bibliothèques et autres espaces publics climatisés. Toutefois, ces lieux ne suffisent pas à accueillir tout le monde. À 21 heures, Jules est mis dehors et n’a d’autre choix que de retourner chez lui pour une nouvelle nuit tropicale.

**Scénario 2 : Des canicules anticipées et donc vivables**

Jules ne se réveille pas chez lui. Depuis que les températures supérieures à 35 °C sont devenues la norme chaque été, des salles de fraîcheur, ouvertes en permanence, ont été créées dans chaque quartier. Bien que ce ne soit pas le grand luxe, ces espaces, proches de gymnases aménagés pour des situations de crise, offrent climatisation et sanitaires. Cette dernière a également été installée stratégiquement dans des lieux publics comme les hôpitaux et les transports, restant rare dans les logements individuels, où des brasseurs d’air et des travaux d’isolation aident à réduire les températures.

Dès 6 heures du matin, les travailleurs à l’extérieur ont déjà terminé leur première tranche horaire. Les chantiers fonctionnent en rotation nocturne. Ce n’est pas l’idéal, mais cela évite de subir le pic des 50 °C, d’autant qu’un droit de retrait spécifique pour les chaleurs extrêmes a été inscrit dans la législation.

La journée de Jules a été ajustée. Il commence plus tôt, termine un peu plus tard et adopte un rythme de vie à l’espagnole, avec une longue pause au milieu du jour. Le calendrier scolaire a également changé : les vacances de février ont été remplacées par une semaine de congés d’été supplémentaires, et la durée des journées d’école a été réduite à partir de la mi-mai.

Tout n’est pas parfait : l’économie a largement souffert, notamment dans le secteur agricole, ayant nécessité des adaptations tant sur les cultures que sur le fonctionnement des exploitations. Bien que les 50 °C ne soient pas agréables, la société a su trouver des solutions. Cela relève des infrastructures, du temps et d’une volonté politique.