Belgique

Canicule : le réseau électrique belge ne cède pas malgré la tension

Hier, jeudi, le gestionnaire du réseau de distribution d’électricité français Enedis a déclenché sa force d’intervention rapide électricité (FIRE) face à un risque de coupures « élevé ». Selon Sibelga, le gestionnaire du réseau de distribution bruxellois a constaté cette semaine une augmentation en moyenne de 11% de la consommation d’électricité.


Le gestionnaire du réseau de distribution d’électricité français, Enedis, a activé hier, jeudi, sa force d’intervention rapide électricité (FIRE) en raison d’un risque de coupures « élevé » face à la canicule qui met à l’épreuve les câbles enfouis sous les sols surchauffés.

En Belgique, le réseau électrique est également fortement impacté par les températures caniculaires de cette semaine. Il fait l’objet d’une attention particulière : « La vigilance est renforcée sur toutes nos infrastructures », a déclaré Jean Fassiaux, porte-parole d’Elia, le gestionnaire du réseau.

Le problème se situe à deux niveaux : haute tension et câbles enterrés.

Concernant les lignes à haute tension, le porte-parole a indiqué : « Au-delà de 30 degrés, la ligne se dilate sous l’effet de la chaleur. Elles ont tendance à un peu tomber, se relâcher. Cette situation peut être dangereuse donc nous sommes obligés de prendre des mesures. »

Depuis plusieurs jours, le transport d’électricité, c’est-à-dire l’électricité qui transite par ces lignes à haute tension, a été réduit : « Vu la dilatation des lignes, on a pris la décision de diminuer le transport de 10 à 15% », a précisé Jean Fassiaux. « Il faut limiter le flux pour ne pas saturer une ligne qui est en difficulté à cause de la chaleur », a-t-il ajouté. Actuellement, la situation est maîtrisée : « Nous arrivons à maintenir l’équilibre sur le réseau haute tension et nous n’avons, pour l’instant, aucun problème majeur », a déclaré le porte-parole.

Un autre problème concerne les câbles enfouis sous terre. « D’habitude, ils sont bien protégés puisqu’ils sont dans le sol », a expliqué Laetitia Naklicki, porte-parole de Resa, le gestionnaire de réseau de distribution (GRD) d’électricité et de gaz en province de Liège. Cependant, avec la chaleur, l’opérateur constate un phénomène problématique : « Lorsqu’il fait très chaud, le sol peut se soulever sous l’effet de la chaleur. Si des câbles sont justement à l’endroit où le sol bouge, cela entraîne des défauts de câbles et provoque de petites pannes. » Resa a d’ailleurs confirmé que de nombreuses petites pannes causées par des soulèvements de rue ou de sol ont été observées ces derniers jours.

La consommation électrique augmente comme en hiver en raison des climatiseurs, alors que la production diminue.

Un autre phénomène accentue la pression sur le réseau : le recours croissant aux systèmes de refroidissement dans les maisons et les magasins, alors que la production électrique baisse. En période de fortes chaleurs, les centrales électriques (notamment thermiques ou nucléaires exploitées par des acteurs comme Engie) voient leur rendement chuter. Cette baisse de production résulte de deux facteurs techniques majeurs.

Premièrement, le système de refroidissement : les centrales nécessitent de l’eau froide pour condenser la vapeur ou refroidir les installations. Lorsque la température des rivières ou des fleuves augmente, l’écart thermique se réduit, entraînant une baisse mécanique du rendement et de la production.

Deuxièmement, les contraintes environnementales : pour protéger la faune et la flore aquatiques, des réglementations strictes limitent la température maximale de l’eau rejetée par les centrales dans l’environnement. Pour respecter ces normes, les producteurs doivent parfois réduire temporairement la puissance de certains réacteurs.

Cependant, cette baisse de production habituelle est aujourd’hui confrontée à une demande électrique en hausse : « Cette production limitée arrive aujourd’hui alors qu’on a de plus en plus de demandes, notamment avec les climatiseurs », a expliqué Jean Fassiaux. À Bruxelles, la vague de chaleur a entraîné une forte augmentation de la consommation d’électricité, comme l’a constaté Sibelga. Le gestionnaire du réseau de distribution bruxellois a noté cette semaine une hausse moyenne de 11%.

Pour Elia, la situation est préoccupante : « D’habitude, on a ce genre d’augmentation de la demande d’électricité en hiver, quand la production électrique est stable. Aujourd’hui, nous constatons une augmentation de 10% de la demande. »

Le gestionnaire du réseau se veut toutefois rassurant : « Le réseau est sous tension, oui, mais nous sommes prêts à intervenir à tout moment, surtout avec les orages attendus ce week-end. »