France

Canicule : « Des données hallucinantes qui sortent du cadre »… Vigilance violette ou noire ?

Ce jeudi, 72 départements sont placés en vigilance rouge par Météo-France, un nombre jamais vu auparavant en France. La vigilance canicule a été intégrée dans le système d’alerte en 2004, et la première vigilance rouge pour ce critère a été observée en 2019.


Records de températures nocturnes et diurnes, valeurs jamais mesurées auparavant en France… La canicule qui sévit sur le pays depuis une semaine établit des records, dont un particulièrement marquant : le nombre de départements placés en vigilance rouge par Météo-France. Ils sont 72 ce jeudi, un chiffre sans précédent en France.

À une époque où les épisodes caniculaires devraient devenir plus fréquents et plus intenses dans les années à venir, le système d’alerte actuel, qui inclut les canicules depuis 2004, pourrait-il nécessiter des adaptations ? Nous avons interrogé Sébastien Léas, prévisionniste chez Météo-France.

**Les critères de vigilance sont-ils adaptés à la situation actuelle ?**
Ils le sont totalement. Pour nous, les couleurs sont suffisamment explicites pour le grand public. Toutefois, la vigilance est un outil relativement récent, ayant vingt-cinq ans, et nous pouvons toujours nous améliorer, ce qui a d’ailleurs été le cas. Depuis sa mise en place à l’automne 2001 [la canicule n’a été intégrée qu’en 2004], nous avons ajouté des critères et des paramètres.

Il est important de savoir que sur certains critères, ce n’est pas uniquement un paramètre météorologique qui est pris en compte. Pour la canicule, le volet sanitaire est également considéré, en lien avec la Direction générale de la santé et Santé publique France, afin d’évaluer la situation dans les hôpitaux et aux urgences, par exemple. Ainsi, lorsqu’un département passe en rouge, cela ne repose pas uniquement sur un critère météorologique.

Les évolutions à venir portent sur un niveau infradépartemental. Nous sommes en train de développer cela pour mieux cerner les zones touchées lors d’épisodes pluvieux méditerranéens, en particulier à l’intérieur des terres, alors que souvent le littoral est « affranchi », comme c’est le cas dans le Languedoc.

**Rajouter un niveau de vigilance est-il envisagé avec l’intensification des épisodes caniculaires ?**
Certains pays ont effectivement des niveaux supplémentaires. Prenons l’exemple de l’Allemagne, qui dispose d’un niveau violet, encore plus élevé. En France, nous avons des niveaux qui varient un peu dans les outre-mer, avec notamment l’alerte cyclonique, qui comporte des phases de sauvegarde et des phases actives, etc. Cependant, en ce qui concerne la possibilité d’ajouter des couleurs ici, honnêtement, je n’y crois pas.

D’une part, lorsque le rouge est atteint, je ne pense pas que cela entraîne une forme d’hypovigilance chez les gens, même si ces alertes se multiplient. Il n’est pas acceptable d’avoir de telles chaleur en France, ce sont des données étonnantes qui sortent totalement du domaine habituel. L’épisode de 2003 reste la référence en termes de longévité, et c’était il y a vingt-trois ans. En termes d’intensité, cette année sera probablement la référence, mais cela pourrait rester valable pendant encore vingt ans. Il est difficile de prédire l’évolution de cette situation, même si nous anticipons des chaleurs de plus en plus intenses.

**Les conditions de déclenchement des différents niveaux de vigilance pourraient-elles être adaptées ?**
Nous envisagerons peut-être d’adapter ou d’affiner les critères de déclenchement à l’avenir, mais ce n’est pas une décision qui sera prise maintenant. De plus, quand nous modifions les critères, notamment pour les vagues de chaleur, cela efface certains épisodes du passé qui surpassaient les seuils, mais ne les atteignent plus avec les nouveaux critères. C’est pourquoi nous restons prudents concernant des modifications.

Ce qui est certain, c’est qu’un retour d’expérience sera effectué à l’issue de cet été, comme après chaque été. Nous ferons le bilan sur ce qui a bien fonctionné, ce qui a moins fonctionné et comment nous pouvons nous améliorer, notamment au niveau des procédures.

**Pourquoi la vigilance en cours est-elle si exceptionnelle ?**
La vigilance canicule a été instaurée après la canicule de 2003, un critère qui n’était pas envisagé auparavant. La première vigilance rouge pour ce critère a été émise en 2019. Nous l’avons activée deux fois, une en juin pour le Languedoc et une en juillet pour une zone allant des Hauts-de-France jusqu’au bassin parisien. Puis, elle a été déclenchée à l’été 2022, ainsi qu’à l’été 2025.

La vague de chaleur actuelle est exceptionnelle, notamment parce qu’elle concerne tout le monde. Il existe des intensités moins fortes sur le pourtour méditerranéen, notamment dans le Languedoc, qui est en vigilance jaune, mais cela signifie qu’ils dépassent tout de même les critères de déclenchement de la canicule dans leur secteur. Ainsi, tous les départements sont touchés.

En comparant à la situation de 2003 via une carte fictive, puisque le critère canicule n’était pas intégré auparavant, nous constatons que certaines régions, comme la Bretagne, la Basse-Normandie, et la Haute-Savoie restaient relativement au frais. À l’époque, moins de départements auraient été placés en vigilance rouge, mais cela aurait entraîné davantage de départements en orange, avec des zones épargnées par la forte chaleur, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.