Canicule : la facture pour l’économie belge explose.
La Belgique connaît des conséquences économiques liées aux canicules, touchant plusieurs secteurs, y compris l’agriculture, l’horeca et la chimie. Selon le ministre Crucke, les projections estiment que les phénomènes météorologiques extrêmes pourraient coûter jusqu’à 12% du PIB en une seule année.
Des chantiers à l’arrêt, des terrasses désertes, des bus immobilisés. Ces derniers jours, la Belgique fonctionne au ralenti sous une chaleur accablante. Si au début certains secteurs, comme l’agriculture, semblaient les plus touchés économiquement par les vagues de chaleur, aujourd’hui, peu d’entreprises échappent, directement ou indirectement, à leurs conséquences économiques.
« Le phénomène est mondial », indique Marek Hudon, économiste et professeur à la Solvay Brussels School of Economics and Management. « Il y a l’agriculture, bien sûr. Une étude de 2020 évaluait les pertes à 500 millions d’euros par an. Mais nous savons que l’horeca et le tourisme seront également impactés. Même des secteurs plus inattendus comme la chimie ou la pharmaceutique. »
Les études internationales sur l’impact du changement climatique révèlent que les conséquences varient selon la localisation, mais selon Marek Hudon, la Belgique n’est plus épargnée : « Nous ne sommes pas dans le sud, certes, mais malgré tout, des études montrent qu’en Belgique, notre économie va être fragilisée de plusieurs points de PIB par an en raison du dérèglement climatique. »
Ces vagues de chaleur ont donc un impact direct sur le PIB. En France, une récente étude d’Allianz Trade estime les pertes à 210 milliards d’euros pour l’économie française entre 2026 et 2030, ce qui représente une perte de 5 à 7 % du PIB. Pour l’économiste, les coûts pour la Belgique sont ou seront faramineux : « On peut facilement imaginer que cela va coûter plusieurs centaines de millions d’euros par an », souligne Marek Hudon.
Pour le ministre fédéral du climat, ce constat de pertes économiques dues au réchauffement climatique est une « réalité incontestable » : « Nous pouvons identifier trois centres de coûts : ceux liés à l’atténuation, ceux liés à l’adaptation, et enfin, les coûts mis en lumière par la vague de chaleur actuelle, c’est-à-dire les coûts des phénomènes météorologiques extrêmes. Les vagues de chaleur ne sont plus des phénomènes exceptionnels ; elles deviennent une nouvelle norme à laquelle notre économie, nos infrastructures et nos services publics doivent s’adapter. Elles seront également plus fréquentes et plus intenses », analyse Jean-Luc Crucke.
Selon le ministre, « le Centre d’analyse des risques liés au changement climatique (CERAC) et le Bureau fédéral du Plan ont montré que les impacts physiques du changement climatique constituent un risque économique majeur pour notre pays. » Alors que les projections indiquaient que le réchauffement climatique coûterait 5 à 7 % du PIB (soit plus de 54 milliards d’euros), il précise : « Les projections actuelles chiffrent ces phénomènes météorologiques extrêmes jusqu’à 12 % du PIB en une seule année, sans prendre en compte le coût structurel lié au changement climatique et à l’adaptation. » Ainsi, le coût pourrait être bien plus important que prévu.
Le ministre annonce également une série de mesures : une réunion se tiendra la semaine prochaine entre tous les ministres. Jean-Luc Crucke insiste sur le fait que le changement climatique est un problème transversal nécessitant des réponses collectives.
Certains secteurs sont plus touchés que d’autres, notamment la construction et l’agriculture. Niko De Meester, CEO d’Embuild, la fédération de la construction, affirme : « Sur le long terme, nous constatons que les périodes de chaleur deviennent de plus en plus fréquentes et intenses. Nous avons l’habitude de travailler dans ces conditions : nous protégeons nos travailleurs, adaptons les horaires et les tâches. Aujourd’hui, cependant, la canicule est extrême. Beaucoup d’entreprises continuent car nous sommes presque en congé de construction, mais certaines réduisent ou annulent leurs activités pour protéger leurs employés. »
Au-delà des secteurs, Marek Hudon note que tout le monde n’est pas affecté de la même manière : « Effectivement, certains acteurs économiques s’en sortent bien, car ils sont mieux préparés et ont les moyens de faire face. Pour d’autres, c’est loin d’être le cas. L’enjeu futur est d’apporter des changements pour que tout le monde puisse faire face aux grosses chaleurs de manière optimale. Des actions politiques spécifiques sont nécessaires pour protéger les plus vulnérables. »
Jean-Luc Crucke souligne l’importance d’accorder une attention particulière aux PME : « Dans le Plan PME que nous avons approuvé fin de l’année dernière, le gouvernement prévoit de les impliquer davantage dans la transition climatique et énergétique, en leur fournissant des informations claires et en les orientant vers les dispositifs de soutien existants. Chaque euro investi aujourd’hui dans la prévention permet d’éviter des coûts beaucoup plus importants demain. »
Dans l’étude de l’assureur français Allianz-Trade, on peut lire : « En Europe, les politiques d’adaptation à la chaleur visent principalement à indemniser les pertes plutôt qu’à les prévenir. » L’assureur suggère de revenir aux recommandations du GIEC, qui préconisait une action coordonnée sur quatre fronts : la réglementation du travail, les bâtiments, les finances publiques et les ménages.
Pour le ministre Crucke, l’adaptation n’est pas une option mais une nécessité économique : « Il ne s’agit pas seulement de protéger l’environnement, mais aussi de préserver notre santé, notre compétitivité et nos emplois. Les entreprises devront progressivement intégrer les risques climatiques dans leurs investissements, leur organisation du travail, leurs bâtiments et leurs chaînes d’approvisionnement. Les pouvoirs publics doivent établir un cadre qui facilite cette adaptation plutôt que de la subir en urgence. »
« Il faut également intensifier les investissements en matière de décarbonation », ajoute Marek Hudon. « Nous parlons d’un besoin de 2 à 3 % additionnel par an de décarbonation. »
À l’intersection des enjeux climatiques, économiques et industriels, la canicule représente aujourd’hui bien plus qu’un simple phénomène météorologique. Les coûts qu’elle engendre pèsent de plus en plus sur l’économie. Face à cette réalité, la question n’est plus de savoir si les vagues de chaleur auront un impact économique, mais comment les pouvoirs publics et les entreprises peuvent s’y préparer pour en limiter les conséquences.
