Vol à bord de l’Atlantique 2 : les yeux et les oreilles de la Marine
L’Atlantique 2, un avion de patrouille maritime de la Marine nationale, a été mis en service au début des années 1990 et mesure 31 mètres de long avec une envergure de 37 mètres. En janvier 2026, l’Atlantique 2 a réussi à localiser une embarcation à la dérive avec plusieurs personnes à bord au sud-ouest de la Sardaigne.
De notre envoyé spécial à bord de l’Atlantique 2 au-dessus de la Manche,
À l’intérieur de la carlingue, l’espace est restreint, le confort est sommaire et le bruit des moteurs est assourdissant. Ce mardi de juin, nous sommes à bord de l’Atlantique 2, ou ATL2, l’avion de patrouille maritime de la Marine nationale. Pour cet exercice de routine auquel 20 Minutes a été exceptionnellement invité, le décollage a eu lieu depuis la base de Lann-Bihoué, près de Lorient (Morbihan), célèbre pour son bagad, qui abrite surtout la deuxième plus grande base aérienne militaire de France après Istres et la plus grande base aéronavale d’Europe.

De cette base opèrent « les marins du ciel », des militaires engagés dans la Marine qui passent la plupart de leur temps en vol. Au sein des cinq flottilles présentes sur ce site de 800 hectares, ils réalisent leurs missions de défense aérienne à bord de puissants Falcon 50, des Hawkeye, dotés d’un dôme rotatif offrant une couverture radar à 360°, des petits Xingu et des 18 appareils Atlantique 2. Ces derniers sont affectés aux flottilles 21F et 23F.
Cet avion, mesurant 31 mètres de long pour 37 mètres d’envergure, a été mis en service au début des années 1990 et est la vedette de la base. Il est surnommé « la frégate volante » ou « le couteau suisse de la Marine ».
Traquer les sous-marins espions russes
Ces surnoms reflètent la diversité de ses missions.
« Il observe tout ce qui se passe en mer, c’est à la fois les yeux et les oreilles de la Marine dans le ciel. »
Sa mission principale est néanmoins la lutte anti-sous-marine. Déployé dans les eaux de la Manche, de l’Atlantique, de la Méditerranée ou de la Baltique, il arpente les mers pour observer et documenter la présence de navires militaires alliés ou ennemis. Cela inclut des sous-marins russes qui n’hésitent plus à espionner les câbles et dont la présence près de nos côtes a encore augmenté depuis le début de la guerre en Ukraine.

Pour traquer ces navires ou détecter la présence de navires suspects, l’Atlantique 2 dispose d’un vaste arsenal technologique. À son bord, un équipage de 14 membres, incluant des opérateurs acousticiens, des radaristes et des spécialistes en guerre électronique, scrutent attentivement des écrans et des moniteurs tout au long du vol. Le second maître Florian, acousticien, collecte des données à partir des nombreux capteurs de veille optique de l’appareil. « Nous avons notamment un système électro-optique qui permet d’identifier les cibles de surface à grande distance, de jour comme de nuit », explique-t-il.
« On cherche tout ce qui peut être suspect »
Les images sont souvent frappantes. Une petite embarcation de pêche à plusieurs kilomètres des côtes anglaises apparaît avec une clarté saisissante sur l’écran. De même, un navire militaire russe, signalé dans la Manche, s’avère être l’Amiral Grigorovitch, la frégate impliquée quelques heures plus tôt dans un incident avec un voilier britannique. « La curiosité est le maître-mot à bord et on cherche tout ce qui peut être suspect », souligne le lieutenant de vaisseau Baptiste, coordinateur tactique de la mission. Par exemple, si un navire coupe son système de géolocalisation AIS, cela indique qu’il cherche à dissimuler ses activités, comme le trafic de drogue.

Selon les missions, des bouées acoustiques peuvent également être larguées en mer. « C’est comme un micro sous l’eau capable de détecter les sons des dauphins mais aussi des sous-marins », explique le second maître Florian. L’Atlantique 2 ne se limite pas à la collecte d’informations, il peut aussi attaquer ou réagir avec des torpilles, des missiles ou des bombes embarquées. En soutien aux forces terrestres, cet aéronef a été déployé sur des théâtres de guerre ces dernières années, notamment au Mali, au Niger, en Irak ou en Syrie.
Lutte contre la pollution et secours aux naufragés
Il participe également régulièrement à des exercices interarmées et interalliés de l’Otan. « Nos alliés ont choisi un autre modèle, le Boeing P8 Poséidon, qui est plus rapide et récent, mais les résultats opérationnels de l’Atlantique 2 sont convaincants », affirme avec fierté le lieutenant de vaisseau Baptiste. « Il existe un savoir-faire français en matière de lutte anti-sous-marine qui est reconnu de tous. »
Servant d’œil volant à la Marine, cet avion, capable de voler à haute comme à basse altitude, joue aussi un rôle de vigilante du littoral en luttant contre les pollutions maritimes et, mission moins connue, en portant secours à des personnes en détresse. « Nous avons un canot de survie que nous pouvons jeter à la mer si besoin pour sauver des migrants ou des marins », précise le coordinateur tactique. En janvier 2026, l’Atlantique 2 a réussi à localiser une embarcation à la dérive avec plusieurs personnes à bord, au sud-ouest de la Sardaigne. « C’est pourquoi on l’appelle aussi le Saint-Bernard des mers », sourit le militaire.
Après quatre heures de vol au-dessus de la Manche, il est maintenant temps de regagner la terre ferme de la base aéronautique navale de Lann-Bihoué. À notre grande surprise, nous n’avons même pas eu le mal de mer à bord. « Mais cela nous arrive aussi parfois, car les turbulences peuvent être violentes lorsque les conditions de vol ne sont pas favorables », confie un membre de l’équipage. Heureusement, le ciel était ce jour-là de notre côté.
