La chaleur actuelle n’est-elle pas due à El Niño ?
L’Europe subit une vague de chaleur avec des températures supérieures à 35, voire par endroits 40 degrés. Selon le climatologue Xavier Fettweis, « il n’y a pas vraiment de lien direct entre El Niño et la météo en Belgique ».
L’été commence de manière intense avec une vague de chaleur en Europe, où les températures dépassent 35 degrés, atteignant même 40 degrés par endroits. Simultanément, le phénomène climatique El Niño fait son apparition dans l’océan Pacifique et pourrait se renforcer, selon l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique. À la recherche d’un lien entre ces événements météorologiques, nous avons contacté le climatologue Xavier Fettweis pour éclaircir la situation.
**C’est quoi, El Niño ?**
El Niño est un phénomène climatique complexe qui se manifeste par un réchauffement anormal des eaux de surface dans le centre et l’est du Pacifique équatorial. Ce phénomène a de nombreuses répercussions.
Selon le site de Belspo, chargé de la politique scientifique fédérale, « El Niño entraîne des bouleversements des schémas climatiques, qui ne se limitent pas au Pacifique est, mais s’étendent à l’ensemble de la planète. Lors d’événements El Niño, des sécheresses frappent des zones qui, en temps normal, reçoivent des précipitations abondantes et, inversement, des précipitations importantes et des inondations touchent des zones habituellement arides ou désertiques. »
Ce réchauffement se produit tous les 2 à 7 ans. Cette année, il a commencé à se former en mai. Peut-on déjà ressentir ses effets ?
** »Aucune connexion avec la météo européenne »**
La réponse est négative, selon Xavier Fettweis. « L’événement est en train de commencer, mais il n’y a aucune connexion avec la météo actuellement en Europe. En fait, il n’y a pas vraiment de lien direct entre El Niño et la météo en Belgique. La seule conséquence qu’on aura, c’est qu’il y aura une hausse de la température globale. Et donc, on retrouvera peut-être ce signal-là chez nous, mais plus ou moins l’année prochaine. »
Il serait donc possible d’enregistrer des records de température à l’échelle mondiale en 2027, conséquence d’El Niño. Plus localement, des effets pourraient être visibles vers la fin de l’été 2026, mais seulement dans les zones proches du phénomène climatique : « El Niño atteindra son intensité maximum en automne ou en hiver de cette année-ci. Il y aura un impact direct dans le Pacifique, donc en Australie, en Indonésie, au sud des États-Unis et en Amérique du Sud. Au Mexique, on pourrait avoir beaucoup plus d’ouragans, » précise le climatologue.
**El Niño n’est pas la cause : le réchauffement climatique, oui**
La chaleur persistante au début de cet été en Europe n’est donc pas directement liée à El Niño. « Ici, s’il fait chaud, c’est simplement parce qu’on a une masse d’air très chaude qui est remontée du Sahara, qui est allée se placer sur la France, où elle est en train de former un dôme de chaleur. […] C’est vraiment une conséquence du réchauffement climatique et c’est le genre d’événement qui va arriver de plus en plus et qui va s’intensifier, » commente le climatologue de l’Université de Liège.
Xavier Fettweis note que la confusion entre El Niño et notre météo est fréquente dans les médias. « Effectivement, il y a beaucoup de gens qui font le raccourci. L’année passée ou il y a deux ans, il y avait La Niña, l’opposé de El Niño. Et dans les médias, on disait qu’on allait avoir un hiver très froid, mais ça n’a rien à voir. Il n’y a aucun impact direct jusqu’à nous. »
Enfin, d’un point de vue économique, des conséquences indirectes pourraient se manifester en 2027, telles que la hausse des prix du café, du cacao ou du soja, ainsi que celle des carburants.
