Belgique

Guerre au Moyen-Orient : 300 milliards de dollars pour l’Iran expliqués en trois questions

L’accord préliminaire signé par Washington et Téhéran prévoit un plan d’un montant d’au moins 300 milliards de dollars pour la reconstruction et le développement économique de la République islamique d’Iran. Les États-Unis ont annoncé avoir suspendu pour deux mois leurs mesures punitives sur le pétrole iranien.


L’accord préliminaire signé la semaine dernière entre Washington et Téhéran stipule que les États-Unis « s’engagent, avec leurs partenaires régionaux, à élaborer un plan définitif, convenu d’un commun accord, d’un montant d’au moins 300 milliards de dollars, destiné à la reconstruction et au développement économique de la République islamique d’Iran ».

Les « modalités de mise en œuvre doivent être finalisées lors des négociations dans les 60 jours », tandis que « toutes les licences, dérogations et permissions nécessaires aux transactions financières liées seront accordées par les États-Unis », selon ce document.

Cependant, le texte ne précise pas qui contribuera à ce fonds, élément central des incitations économiques offertes à la République islamique, qui souffre de longues années de sanctions, afin d’obtenir son accord final.

Le document indique également que toutes les sanctions dirigées contre l’Iran seront levées si les négociations aboutissent. Les États-Unis ont annoncé lundi qu’ils avaient suspendu leurs mesures punitives concernant le pétrole iranien pour une durée de deux mois.

« À mon avis, mentionner le fonds dans le protocole d’accord a pour but de montrer à l’Iran toutes les récompenses disponibles s’il le respecte et agit de bonne foi lors des prochaines négociations », a déclaré à l’AFP Anna Jacobs, de l’Institut des États arabes du Golfe basé à Washington.

Le vice-président américain JD Vance a précisé que l’Iran n’accéderait pas à ces bénéfices sans respecter les termes du futur accord à développer durant les 60 jours de négociations, qui, selon lui, ont commencé jeudi dernier.

Des faucons américains ont critiqué l’administration de Donald Trump pour avoir cédé trop facilement à l’Iran, qualifiant le fonds de jackpot pour le gouvernement théocratique. Lindsey Graham, sénateur républicain influent, a ainsi affirmé que cela s’apparente à accorder un plan Marshall à l’Allemagne « avec les nazis encore au pouvoir ».

Pour sa part, JD Vance a assuré que l’Iran « n’obtiendrait jamais un centime » des contribuables américains.

Les experts estiment que les « partenaires régionaux » mentionnés dans le texte se réfèrent probablement aux pétromonarchies du Golfe avoisinant l’Iran, qui ont été des cibles de représailles durant le conflit.

Ces pays, divisés sur la manière de gérer les relations avec Téhéran après la guerre, n’ont pas confirmé leur intention d’investir dans le plan de reconstruction de leur puissant voisin, qui a également exprimé le souhait d’obtenir des réparations de guerre de la part des États-Unis.

Anna Jacobs a indiqué que « l’espoir est que la perspective d’investissements à long terme contribue à la désescalade ». Toutefois, elle s’interroge : « la question est de savoir si la confiance peut être rétablie pour le permettre ».

Interrogé récemment sur le fonds, le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Fayçal ben Farhane, a évité de donner des détails. Cependant, il a souligné qu’après les attaques de l’Iran contre les pays du Golfe, « il va falloir discuter de la façon dont nous reconstruisons cette confiance, cette relation, avant de pouvoir évoquer de manière réaliste l’idée d’une coopération économique ou d’investissements réciproques ».

Hesham Alghannam, chercheur saoudien spécialisé en questions de sécurité, a expliqué à l’AFP que Riyad privilégie, par ordre de priorité, « la sécurité, des mesures vérifiables de rétablissement de la confiance, puis une transition vers une coopération économique accrue ».

Les Émirats arabes unis, qui ont été particulièrement ciblés par les représailles iraniennes et qui étaient l’un des principaux partenaires économiques de l’Iran avant la guerre, ont demandé des réparations à Téhéran, tout en affichant une attitude plus accommodante dans les semaines précédant le protocole d’accord.

Les pays du Golfe voudront également s’assurer que les fonds ne seront pas utilisés pour réarmer l’Iran et les groupes qu’il soutient dans la région.

Concernant la question des avoirs iraniens gelés, un autre point du protocole d’accord, Washington a déjà évoqué l’idée d’un mécanisme de contrôle pour garantir qu’ils ne financent pas le « terrorisme », laissant entendre que leur déblocage pourrait être conditionné à des accords, notamment concernant des contrats agricoles.