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À droite toute ! L’extrême droite conquiert Colombie, Chili, Argentine.

La Colombie a choisi Abelardo de la Espriella, qui a obtenu 49,7% des voix contre 48,7% pour Iván Cepeda, lors du second tour de l’élection présidentielle. Frédéric Louault, docteur en science politique, souligne que cette victoire témoigne de la « Trumpisation de l’Amérique et de l’Amérique du Sud en particulier ».


La Colombie a récemment effectué un virage à droite. Ce changement envoie un nouveau signal à une Amérique du Sud qui, pays après pays, adopte des positions de plus en plus radicales vers la droite. La victoire d’Abelardo de la Espriella s’intègre dans une dynamique plus vaste qui dépasse Bogotá. Avec 49,7 % des voix contre 48,7 % pour le sénateur de gauche Iván Cepeda, le pays a opté pour un homme d’affaires novice en politique, soutenu par Donald Trump et admirateur de Javier Milei et Nayib Bukele. Ce changement confirme une tendance régionale déjà bien ancrée.

Au-delà de la Colombie, la configuration politique du continent raconte la même situation : l’Argentine s’oriente vers l’extrême droite, tandis que l’Équateur et le Pérou embrassent une droite radicale, et le Chili penche également à l’extrême droite. En revanche, le Brésil et l’Uruguay demeurent ancrés à gauche ou au centre-gauche, alors que le Venezuela continue de représenter un régime autoritaire issu de la gauche.

Frédéric Louault, docteur en science politique et spécialiste de l’Amérique du Sud, analyse : « C’est la confirmation de la Trumpisation de l’Amérique et de l’Amérique du Sud en particulier. Cette victoire en Colombie reflète bien les influences de Donald Trump, de Javier Milei en Argentine, de Nayib Bukele au Salvador ou de José Antonio Kast, élu en décembre au Chili. On assiste à une sorte d’Internationale des droites radicales qui se réunissent sur certains aspects. »

Selon Louault, cette évolution n’est pas un simple incident électoral, mais une transformation fondamentale : « Tous se rejoignent autour de thèmes similaires comme la lutte contre la gauche au sens large, la dérégulation et la destruction de l’État, ainsi que l’utilisation de méthodes violentes pour faire face à l’insécurité et à la criminalité. »

Cette dynamique s’est intensifiée au cours de la dernière décennie. Les droites traditionnelles reculent, souvent écrasées entre une gauche résiliente et des figures radicales qui captent la colère sociale. Louault souligne : « Les droites traditionnelles sont littéralement écrasées par les droites radicales et l’extrême droite. Elles sont prises entre un bloc de gauche relativement solide et des outsiders d’extrême droite, parfois inexpérimentés en politique, qui se présentent avec une nouvelle radicalité et siphonnent l’électorat de droite. Nous assistons donc à une quasi-disparition des options politiques de droite qui ont gouverné depuis le retour des démocraties au milieu des années 1980, marqué clairement depuis l’élection de Donald Trump en 2016. »

La Colombie s’ajoute ainsi à une série d’élections caractéristiques des dernières années : Jair Bolsonaro en 2018, Bukele en 2019, Kast au Chili en 2025, sans oublier les dynamiques péruviennes autour de Keiko Fujimori. Mais pourquoi cette tendance à la droitisation du continent ? Louault évoque des raisons multiples et structurelles : « Il y a une fragmentation du tissu social. Sur le plan économique, les inégalités se creusent. La Colombie est un bon exemple. De plus, à partir de 2013-2015, nous avons assisté à un retournement de la conjoncture économique avec une croissance négative, aggravée par des scandales de corruption, une détestation des élites et une recrudescence de la violence, avec des gangs de plus en plus puissants qui infiltrent parfois l’État. »

Un modèle emblématique est celui de Bukele au Salvador, apprécié par plusieurs dirigeants sud-américains. « Pour beaucoup, le président salvadorien est devenu un exemple. C’est le premier à avoir rejeté la violation des droits humains pour emprisonner certains membres de gangs. Toutefois, reproduire ce modèle dans un grand pays comme la Colombie ou le Pérou est presque impossible », précise Louault.

Dans ce contexte, certaines figures émergent comme modèles. Ainsi, Abelardo de la Espriella, nouveau président, promet une politique de fermeté totale contre les groupes armés et le narcotrafic. Louault ajoute un détail intéressant : « Le nouveau président a été avocat de plusieurs narcotrafiquants, ce qui incite à la prudence quant à ses promesses de campagne sur ce sujet. »

Les experts mettent déjà en garde sur les limites de ces programmes sécuritaires dans un pays marqué par des décennies de conflit armé. Louault affirme : « Beaucoup de promesses électorales risquent de s’effondrer. C’est déjà visible avec José Antonio Kast au Chili, qui réalise que gérer le respect des droits humains des détenus après la mise en place de sa politique sécuritaire est un défi complexe. »

Finalement, entre promesses de rupture, modèles sécuritaires radicaux et attentes sociales immenses, l’Amérique du Sud semble entrer dans une nouvelle phase politique. Une phase dominée par des figures fortes, souvent extérieures au système, qui proposent des réponses simples à des crises profondes. Reste à voir si cette vague de droite radicale marque un tournant durable ou si elle va plonger le continent dans un nouveau cycle de désillusion politique.