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Affaire Lyhanna : Rapport souligne « dysfonctionnements à tous les étages ».

Le premier prérapport de la mission interministérielle présenté au Premier ministre Sébastien Lecornu dresse la chronologie précise d’une succession de défaillances liées à l’affaire de la petite Rosa, qui accuse Jérôme Barella de l’avoir violée de manière répétée en août 2025. Le parquet d’Auch a traité la procédure criminelle comme une procédure ordinaire, n’indiquant pas la nature criminelle et l’urgence de la situation au démarrage de l’enquête.

Le constat est d’une gravité extrême pour l’institution, les mots employés ne laissant aucune place à l’ambiguïté. Présenté ce lundi matin au Premier ministre Sébastien Lecornu, le premier prérapport de la mission interministérielle mise en place après le décès de Lyhanna expose une chronologie précise de plusieurs défaillances. Selon les conclusions de ce document, l’affaire de la petite Rosa, qui accuse Jérôme Barella de l’avoir violée à plusieurs reprises en août 2025, comportait tous les signes d’une catastrophe évitable.

Une rupture de transmission fatale

Tout a commencé par un travail minutieux de la brigade de Plaisance-du-Touch et du parquet de Toulouse. Jean-Michel Gentil, chef de l’IGGN (Inspection générale de la gendarmerie), a salué le « traitement adapté, diligent et de qualité de la plainte » ainsi que « l’excellence de l’enquête initiale ». Cependant, les deux services n’étant pas territorialement compétents en raison du domicile du suspect dans le Gers, le dossier a dû être transféré à Auch. C’est à ce moment-là que les premiers problèmes ont émergé.

À la Place Vendôme, une incompréhensible erreur d’évaluation est pointée du doigt lors du dessaisissement. « À Toulouse, ce qui est paradoxal, c’est qu’ils effectuent bien leur travail au départ, tant du côté de la gendarmerie que du parquet, précise-t-on à la Chancellerie. Mais ce qui est inexplicable à ce stade, c’est qu’ils considèrent que c’est un dossier prioritaire sans envoyer aucun signal lors de la transmission au parquet d’Auch. »

Stéphane Noël, chef de l’IGJ (Inspection générale de la Justice), a indiqué que le parquet de Toulouse n’avait pas informé, par téléphone ou par courriel, le parquet d’Auch de la nature criminelle et de l’urgence de la procédure. Les antécédents du suspect n’ont pas non plus été pris en compte lors du transfert, et aucun soutien proportionné au préjudice n’a été proposé à la jeune victime.

« Des dysfonctionnements à tous les étages » à Auch

Une fois le dossier envoyé dans le Gers, l’enquête sur les viols sur mineure n’a plus connu d’avancées significatives. « Dans le ressort judiciaire du département du Gers, la procédure criminelle a été traitée comme une procédure ordinaire, ou du moins elle n’a pas été traitée comme une procédure prioritaire, tant par le parquet d’Auch que par la compagnie de gendarmerie de Condom », déclare Stéphane Noël. Du côté de l’entourage de Gérald Darmanin, le constat est sans appel : « À Auch, ce sont des dysfonctionnements à tous les étages. »

Le parcours du dossier à son arrivée au tribunal d’Auch illustre de manière frappante ces manquements. Souffrant d’un important retard dans le traitement des affaires écrites, le bureau d’ordre pénal n’a enregistré la plainte de Rosa que très tardivement, uniquement parce que la mère de la victime a fini par appeler elle-même pour demander qu’on s’en occupe. Malgré ce signal d’alarme, le blocage a persisté. « Le caractère sensible de la procédure n’a pas été relayé », conclut le prérapport. L’alerte est restée bloquée au niveau de l’accueil, privant les magistrats d’une prise de connaissance immédiate.

De nombreux anonymes sont venus rendre hommage à Lyhanna lors de ses funérailles au cimetière de Fleurance.
De nombreux anonymes sont venus rendre hommage à Lyhanna lors de ses funérailles au cimetière de Fleurance.  - Jean-Marc Haedrich/SIPA

L’enquête est ensuite restée stagnante. « Le parquet d’Auch a agi comme un simple intermédiaire, transmettant la procédure à des gendarmes qui, par ailleurs, n’ont rien fait, ce qui est également problématique, déplore-t-on au ministère de la Justice. Personne ne s’est jamais soucié de savoir ce qu’il advenait de cette procédure. Ils traitent en moyenne quatre dossiers de violences sexuelles sur mineurs par mois. Ils auraient pu suivre le dossier. »

Mal orienté vers le mauvais service de gendarmerie, le dossier s’est enlisé à la brigade de Lectoure, où la substitut d’Auch et le directeur d’enquête ont travaillé de manière autonome, sans aucun contrôle de leurs supérieurs directs.

Défaillance individuelle contre manque de moyens

Pour le ministère, se concentrer sur la responsabilité à la base permet d’écarter fermement l’argument du manque de moyens, chiffres à l’appui. « À Auch, il y a suffisamment de magistrats et de greffiers, assure-t-on dans l’entourage de Gérald Darmanin. Nous avons créé un poste supplémentaire de parquetier, passant de trois à quatre, alors que l’activité pénale dans le secteur a diminué de 2 %. Dans le rapport, rien n’indique qu’avec plus de moyens, la situation aurait été différente. Le problème principal est qu’ils ont traité ce dossier comme un autre parmi tant d’autres. Pourquoi ne l’ont-ils pas considéré comme prioritaire alors qu’il y avait des signes ? »

Une analyse tempérée par une position syndicale. « En lisant le rapport, on constate que le dossier n’a effectivement pas été traité avec la diligence requise au regard de sa gravité, mais il est évident qu’il existe également un problème systémique », souligne Ludovic Friat, président de l’Union syndicale des magistrats (USM). « Concernant le parquet d’Auch, même avec quatre magistrats, ils sont largement en dessous des effectifs nécessaires pour avoir suffisamment de temps pour traiter les dossiers, ainsi que pour adopter les bons réflexes et gestes professionnels. Nous avons besoin de greffiers, de magistrats, d’attachés pour lire les dossiers dans des délais raisonnables. Lorsqu’on agit toujours dans l’urgence, on s’expose à commettre des erreurs. »

Des suites disciplinaires ?

Les prochaines étapes de ce dossier vont désormais se jouer sur le plan politique et règlementaire. Le ministre de la Justice va expliquer ce lundi soir, au journal de 20 heures, quelles actions il prévoit à la suite de ce rapport préliminaire. Bien que le garde des Sceaux ait d’ores et déjà prévenu qu’aucune faute ne resterait impunie, la procédure devra respecter un formalisme juridique avant d’envisager de renvoyer la substitut d’Auch devant le Conseil supérieur de la magistrature (CSM). « On ne peut pas fonder des poursuites disciplinaires sur un rapport d’inspection du fonctionnement, précisent à la Chancellerie. Des enquêtes administratives doivent établir quelles fautes disciplinaires peuvent leur être reprochées. »

Parallèlement, l’inspection de fonctionnement se poursuit. La mission conjointe doit remettre un nouveau prérapport le 10 juillet, avant de rendre ses conclusions finales attendues pour le 5 septembre. Cela maintient toute la chaîne gendarmerie-justice sous haute tension durant l’été.