Florence Dussart sur le procès Falzone : « C’est hors-norme émotionnellement et professionnellement »
La vidéo réalisée par le conducteur jusqu’au premier impact avec le gille Frédéric d’Andrea a été diffusée dès le deuxième jour d’audience, provoquant un moment éprouvant pour les personnes présentes dans la salle. Florence Dussart a précisé que pendant six semaines, elle a côtoyé plus de 200 parties civiles tout en gardant toujours à l’esprit de respecter les familles de victimes.
Dès le deuxième jour d’audience, un moment fort ébranle la cour d’assises. La vidéo, réalisée par le conducteur avant le premier impact avec le gille Frédéric d’Andrea, est diffusée. Une scène difficile à supporter pour les personnes présentes dans la salle.
« Moi je suis sortie, avant de faire quoi que ce soit », raconte Florence Dussart. « À la fin de la vidéo, juste au moment de l’impact, l’écran vire au noir. La présidente déclare : ‘l’audience est suspendue’. »
« Personne n’a osé faire d’interview par exemple. C’était indécent à l’égard des victimes. On venait d’assister à ce choc qui a bouleversé leurs vies. C’était juste pas possible », précise la journaliste, qui a elle-même été profondément touchée. « Il faut reprendre ses esprits, il faut se calmer. Moi je suis sortie, avant de faire quoi que ce soit. J’ai tout laissé là, pour me reprendre, tout simplement parce que j’aurais été incapable de faire la moindre interview. »
La RTBF se procurera la vidéo et la diffusera en partie : « On a fait le choix finalement de montrer des extraits de cette vidéo mais de ne pas montrer l’impact. On ne cherche pas le scoop. On essaie aussi de permettre aux gens de se rendre compte de ce que nous, on a vu et de pourquoi, finalement, on arrive à ce verdict et à cette peine dans ce procès. Mais pour permettre aux gens de comprendre, il faut aussi leur donner certains des éléments auxquels nous, on a pu assister », explique Florence Dussart.
Pendant six semaines, Florence Dussart a côtoyé plus de 200 parties civiles. Alors qu’elle travaille, elle garde toujours en tête de respecter ces familles de victimes : « Régulièrement, je disais aux personnes : je vais vous laisser retomber et on fera l’interview après. Parce que c’est du respect aussi de ne pas aller chercher cette émotion qui est là malgré eux, parce que ce qu’ils vivent est terrible. On croise toujours les mêmes personnes, on les connaît, et ce ne serait pas décent, ce ne serait pas sympa même, de notre part, d’aller chercher cette émotion un peu… c’est le côté ‘requin’ du journaliste que nous, on ne veut absolument pas. »
Au fil des jours d’audience, les témoignages de familles et de victimes, les questions des avocats, les interrogatoires des accusés se succèdent. Les événements qui se déroulent dans la salle dictent qui aura plus la parole et à quel moment, pour tendre à l’objectivité : « Le jour où Paolo Falzone prend la parole, c’est évidemment que ce jour-là où on va entendre beaucoup plus la défense et son avocat à lui, et on va peut-être donner un peu moins la parole aux parties civiles », précise Florence Dussart.
Et l’inverse se produit aussi : « Quand tout au long du procès, on entend les familles des victimes, les victimes etc., on donne beaucoup moins la parole à l’avocat de Paolo Falzone parce qu’il ne serait pas légitime de s’exprimer là-dessus », ajoute la journaliste de la RTBF.
Durant les six semaines que dura le procès, l’émotion submergea la salle à plusieurs reprises, tant du côté des parties civiles que de l’accusation. « Les avocats ont été touchés. Quand on voit Maître Mayence qui pleure à la fin de sa plaidoirie, il pleure vraiment. On voit qu’il a du mal à se reprendre », se souvient Florence Dussart. « Et même la défense de Paolo Falzone a du mal à retenir ses larmes », ajoute-t-elle.
Et la journaliste conclut : « On ne peut pas humainement ne pas être touché. Même si on doit rester professionnel bien évidemment, c’est hors-norme. C’est hors-norme émotionnellement, c’est hors-norme professionnellement. Tout est hors-norme dans ce procès. »
