Belgique

La Belgique reçoit des demandes de visa pour des talibans invités.

La Commission européenne a confirmé en mai dernier son intention « d’inviter prochainement des responsables talibans à Bruxelles pour des discussions portant sur le renvoi de migrants vers l’Afghanistan ». Le ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot, a déclaré mercredi en commission de la Chambre qu’il « désapprouve personnellement la démarche d’inviter des représentants du régime des Talibans à Bruxelles ».

Pourquoi la Commission invite-t-elle des talibans à Bruxelles ?

En mai dernier, la Commission européenne a annoncé son intention « d’inviter prochainement des responsables talibans à Bruxelles pour des discussions portant sur le renvoi de migrants vers l’Afghanistan ».

Cette invitation fait suite à une demande de vingt pays de l’Union européenne ou de l’espace Schengen, dont la Belgique et sa ministre de l’Asile et de la Migration, Annelee Van Bossuyt (N-VA). L’objectif est d’établir des contacts techniques avec des représentants du régime taliban afin de renvoyer en Afghanistan des ressortissants déboutés de leur demande de séjour dans l’Union européenne et considérés comme représentant « une menace pour la sécurité ».

Auparavant, plusieurs représentants européens s’étaient rendus en Afghanistan pour des discussions similaires.

Le contexte diplomatique de ces échanges est particulier, l’Union européenne n’ayant toujours pas reconnu le régime taliban, qui a pris le pouvoir en Afghanistan en 2021.

La Commission a précisé que cette réunion se tiendra à un « niveau technique » et ne se déroulera pas directement avec les dirigeants talibans. Elle a également affirmé que cette invitation « ne constitue en aucun cas une reconnaissance » du régime taliban.

Quand ces représentants des talibans devraient-ils venir à Bruxelles ?

La Belgique, prête à accorder les visas

Dans ce contexte, le ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot, a précisé la position de la Belgique lors d’une commission à la Chambre. « Je désapprouve personnellement la démarche d’inviter des représentants du régime des Talibans à Bruxelles. Je n’accepterai pas que le gouvernement belge invite en son propre nom des représentants du régime des Talibans sur notre territoire, » a affirmé M. Prévot en réponse à une question de Lydia Mutyebele-Ngoi (PS).

Cependant, en tant que pays hôte d’institutions telles que celles de l’Union européenne, la Belgique ne peut refuser des invitations de ces institutions à des représentants de régimes non reconnus, a souligné Maxime Prévot. « Si la Belgique venait à se prononcer sur l’opportunité des invitations que les institutions européennes ou autres institutions internationales présentes sur son territoire adressent dans le cadre de leurs activités, nous risquerions d’affaiblir la position de Bruxelles en tant que capitale internationale et diplomatique. Notre politique de siège nous impose de faciliter les réunions organisées par les institutions européennes et de ne pas créer d’obstacles à la tenue de celles-ci, » a-t-il expliqué. « Notre rapport au régime en place ne doit pas entrer en ligne de compte dans le traitement des demandes de visas, » a ajouté Maxime Prévot.

Des ONG font pression pour convaincre la Belgique de refuser les visas

L’invitation de représentants du régime taliban par l’Europe et la possibilité que des visas leur soient attribués suscitent indignation et critiques de la part d’ONG et d’Afghans ayant fui leur pays. Mercredi, des militants de plusieurs associations (Amnesty International, CNCD 11-11-1, Fédération internationale pour les droits humains, etc.) ont manifesté à Bruxelles, place du Trône, pour dénoncer cette visite.

« Les Européens ne doivent pas négocier avec les talibans. Les talibans sont des terroristes, » a déclaré Suzanne, une jeune femme d’origine afghane dont la famille a fui durant la première arrivée au pouvoir des talibans. Un autre manifestant, Kyami, un homme ayant quitté l’Afghanistan il y a dix ans, trouve « dingue » que l’Europe puisse discuter avec un régime dans lequel pour les femmes « il n’y a pas de liberté, pas de travail, pas d’éducation ».

Bruxelles, et la situation n’est pas plus enviable pour les hommes, a déclaré Carine Thibaut, directrice d’Amnesty International Belgique. « Des hommes ont été victimes de tortures, traitements inhumains et dégradants. On a des témoignages de dents qui auraient été arrachées, d’ongles qui ont été enlevés, des arrestations extrajudiciaires et même des disparitions forcées. Et des exemples très concrets de fonctionnaires ayant auparavant travaillé pour les Nations Unies, qui ont été renvoyés du Pakistan et d’Iran et qui ont disparu maintenant, » a expliqué la responsable d’Amnesty.

Les ONG craignent que ces discussions entre l’Union européenne et les talibans ne conduisent à renvoyer vers l’Afghanistan des hommes qui risqueraient d’y perdre la vie. « Aujourd’hui, pour renvoyer quelques réfugiés afghans déboutés, on est prêt à négocier directement avec ce régime. Mais c’est une honte pour l’Union européenne, c’est une honte pour le gouvernement belge, » a dénoncé Alexis Deswaef, président de la Fédération internationale pour les Droits humains. « On ne comprend pas comment, notamment ces ministres N-VA sous l’appui du reste du gouvernement, le MR et les Engagés, osent négocier avec les talibans, » a déclaré Alexis Deswaef. « On a envoyé le directeur de l’office des étrangers, Freddy Roosemont, en janvier en Afghanistan pour les contacts préparatoires. Donc ils ne viennent pas nous dire que c’est l’Union européenne et qu’on n’a pas le choix, » a-t-il poursuivi. Pour cet défenseur des droits humains, le ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot, « n’est pas obligé de délivrer les visas ». Selon Alexis Deswaef, le ministre « se cache derrière ses obligations parce que la Belgique accueille les institutions européennes et que c’est une invitation européenne ». « Le droit européen n’oblige pas la Belgique à délivrer ses visas à ces terroristes talibans. Et donc, on peut encore dire non, » a ajouté Alexis Deswaef, fustigeant « la real politique migratoire ».

Concernant l’opposition à la venue de cette délégation talibane, une plainte a été déposée au Parquet fédéral « contre cette délégation talibane terroriste, autrice de crimes contre l’humanité et notamment de politique d’apartheid de genre, » a expliqué Alexis Deswaef. « Pour que la justice fasse son travail là où le politique se compromet, » a-t-il précisé. L’objectif de cette plainte est que, soit certains représentants visés par un mandat d’arrêt international soient renvoyés « vers la coupole internationale », soit que la justice belge interpelle ces représentants talibans, « les auditionne, les arrête, leur demande des comptes ou les remette sur un avion vers l’Afghanistan, » a détaillé Alexis Deswaef, espérant dissuader les représentants talibans de se déplacer à Bruxelles.