Équipe nationale : Sabril Lamouchi limogé, Hervé Renerd nouveau coach !
Houcine Jenayeh et son bureau fédéral continuent à chercher des solutions face à un contexte de chaos total au sein de la FTF pendant le camp de la sélection au Mexique, après un cinglant 5-1 contre la Suède. Hervé Renard, proposé comme nouvel entraîneur, a été engagé en pleine compétition, avec un groupe qu’il ne connaît pas et dont il n’a jamais travaillé auparavant.

Photo : ©Mokhtar HMIMA
Houcine Jenayeh et son bureau fédéral en difficulté continuent d’apporter des solutions temporaires. Il est désormais temps de se pencher sur les conséquences de ce choix.
La Presse — Les événements qui se sont déroulés avant-hier, durant toute la journée de lundi, au camp de la sélection au Mexique, étaient tout simplement ahurissants, pour ne pas dire caricaturaux, pour la FTF et le football tunisien. Cette situation rappelle des périodes sombres du football tunisien des années 80 et 90, où un entraîneur changeait sans raison apparente et où un autre était recruté au gré des échecs. Plus de 40 et 30 ans après, l’histoire se répète. Après une défaite cuisante de 5-1 contre la Suède, la direction fédérale de Houcine Jenayeh semble avoir perdu le nord et ne sait pas comment agir. Jenayeh, un dirigeant amateur sans expérience ni sérieux, est entouré de membres fédéraux souvent qualifiés de « sbires », préoccupés par les publications sur les réseaux sociaux, et conseillé par son ami Zyed Jaziri, qui est discret, mais dont les actions ont souvent conduit à des désastres. Khelil Chemmam, quant à lui, semble préoccupé par le marché des transferts de son ancien club, pendant que le groupe cherche désespérément une solution ou plutôt une béquille. Les nouvelles en provenance de Monterrey sont alarmantes : des conflits internes parmi les membres fédéraux, un chaos total et des appels pour demander l’avis de la tutelle, alors que Jenayeh et Moez Nasri, élus pour trouver des solutions indépendamment du ministère du Sport, semblent dépassés. Cette journée de lundi s’est transformée en un véritable feuilleton : Lamouchi, appelé à démissionner tout en espérant une solution amiable (il a une clause de résiliation de trois salaires, soit 110 000 euros), finit par refuser de quitter son poste par souci d’amour-propre. Il a même dirigé une séance d’entraînement. Dans un retournement de situation, les joueurs, qui semblaient le rejeter en raison de son style autoritaire, demandent à Houcine Jenayeh et Zyed Jaziri de le garder. C’était un moment crucial où les joueurs ont enfin assumé leurs responsabilités. Finalement, l’information concernant le limogeage de Lamouchi a été retirée de la page Facebook de la FTF. Cependant, le cirque continue : Jenayeh et les membres fédéraux reçoivent l’ordre de limoger Lamouchi et de lui verser trois salaires. Il est évident que le ministère du Sport et l’État derrière décident de tourner la page sur Sabri Lamouchi. Houcine Jenayeh et Zyed Jaziri, assistés d’un agent influent dans les coulisses et d’un groupe de membres fédéraux partisans, ainsi que d’un membre influent de la CAF, proposent le nom d’Hervé Renard, qui vient d’être licencié par l’Arabie Saoudite après une mauvaise performance lors de la Coupe arabe. Des négociations difficiles avec cet entraîneur, qui a des exigences financières et un tempérament difficile, aboutissent à un accord. Ce serait un passage temporaire pour cette Coupe du monde, en attendant des négociations pour un engagement de deux ans à un salaire inférieur à celui qu’il percevait en Arabie saoudite. Après cette journée tumultueuse, témoignant de l’état déplorable de la FTF, on engage Hervé Renard à quelques jours d’un tournoi difficile, avec un groupe qu’il ne connaît pas. De plus, le fameux Mondher Kebaier, qui est présent sur place, sera son premier conseiller et adjoint. Pour Lamouchi, il quitte la scène par la petite porte, avec une tache sur son CV, après un seul match officiel lors de la Coupe du Monde, lui qui venait d’être nommé en janvier. Son staff, emmené par Wahbi Khazri, demeure alors que Renard amène son propre entourage. Peut-on apprécier où en est la sélection actuellement ?
Hervé Renard: la solution idéale ?
A tête reposée, peut-on incriminer tous les problèmes de l’équipe nationale et cet échec face à la Suède uniquement à Sabri Lamouchi ? Ce serait réducteur de le résumer à sa seule personne, étant donné qu’il était un ancien joueur de haut niveau, parfaitement conscient des enjeux du football. Ceux qui l’applaudissaient il y a quelques mois, lorsqu’il a décidé de se passer de Sassi, Aidouni, Meriah, Ghandri, Sliti et autres joueurs jugés « finis », sont les mêmes qui lui reprochent aujourd’hui son choix. Il a donc pris le risque de modifier son système de jeu, optant pour ce 5-4-1 des années 80 sans l’avoir testé au préalable. Il a également succumbé à certaines demandes de la FTF concernant des places dans la liste des 26 joueurs, mais dans l’ensemble, il a tenté de faire évoluer le groupe en intégrant quelques noms qui n’auraient jamais eu leur chance sous Sami Trabelsi ou un autre entraîneur tunisien. Mais, après plusieurs entraîneurs limogés en l’espace de 5 ou 6 ans, il est évident que le problème est ailleurs. Hervé Renard, qui a réussi à qualifier l’Arabie Saoudite pour la Coupe du Monde avec une équipe moins talentueuse que celle de 2022 — où il a pu battre le champion du monde argentin avant de connaître deux défaites et d’être éliminé au premier tour du Mondial qatari — est un entraîneur qui n’a pas connu récemment un grand succès. Ses différends avec les dirigeants saoudiens ainsi qu’avec les joueurs lors de la Coupe arabe sont toujours en mémoire. Son expérience à la tête de l’équipe de France féminine (qui a suscité des interrogations à l’époque, puisqu’il aurait pu entraîner en France ou dans n’importe quel championnat de haut niveau) n’a pas été couronnée de succès non plus (il a été limogé après les JO de Paris). Cela dit, il demeure un grand nom, mais que peut-on réellement attendre de lui en seulement 5 jours ? En fin de compte, même si les chances de qualification sont logiquement minces, on peut espérer un regain de fierté et une réaction des joueurs sur le terrain, qui restent les principaux acteurs durant le match. Ni Lamouchi ni Renard ne peuvent totalement porter le poids de la situation. Houcine Jenayeh et Zyed Jaziri, le duo controversé, ont habilement détourné le problème. Hervé Renard, débarquant au milieu d’une compétition sur un lieu qu’il ne connaît pas, devra créer quelque chose pour les matchs contre le Japon et les Pays-Bas. Les joueurs, eux, sont partagés : ceux qui soutiennent Lamouchi sont mécontents, tandis que ceux qui l’ont critiqué se réjouissent. À eux de réagir et de jouer sérieusement et sans peur. Le meilleur entraîneur du monde ne pourra pas les aider à se comporter en champions s’ils ne se sentent pas forts et convaincus.
