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Sexualité : Les jeunes ne renoncent pas à des pratiques « extrêmes ».

Près d’une jeune femme sur trois déclare avoir déjà été étranglée ou bâillonnée dans le cadre sexuel, selon une étude publiée mercredi par l’Ifop pour JOYclub réalisée auprès de 2.210 personnes. Parmi les Françaises interrogées, 61 % de celles âgées de 20 à 29 ans ont déclaré s’être déjà fait gifler, fesser, griffer, mordre ou tirer les cheveux par un ou une partenaire.


Près d’une jeune femme sur trois affirme avoir déjà été étranglée ou bâillonnée durant un rapport sexuel. Ce constat provient d’une étude* réalisée par l’Ifop pour JOYclub, publiée mercredi, ayant interrogé 2.210 personnes. Parmi les Françaises interrogées, 61 % de celles âgées de 20 à 29 ans ont rapporté avoir subi des violences telles que des gifles, des fessées, des griffures, des morsures ou des tirages de cheveux de la part de leur ou de leurs partenaires. Ces pratiques qualifiées de « hard » vont encore plus loin avec 37 % des jeunes femmes de moins de 35 ans déclarant avoir déjà été étranglées ou bâillonnées.

Daria Sobocinska, sociologue, fait preuve de prudence face à ces chiffres. « Selon les études, les formulations, le public interrogé, les résultats peuvent varier de quelques pourcents à 50 % de la population. » Elle émet également des réserves sur la signification des pratiques qualifiées d’« extrêmes » ou « violentes ». « Dans les années 1950, une vaste enquête nationale sur la sexualité des Américains a été conduite par des sociologues, révélant une pratique de la fellation largement répandue. À l’époque, cela a suscité un énorme scandale car elle était perçue comme une pratique prostitutionnelle, un rabaissement de la femme. Aujourd’hui, cet acte est totalement normalisé. »

### Une normalisation des pratiques BDSM

Le poids du regard social sur ces pratiques est indéniable. « Nous ne savons pas si les gens adoptent une sexualité plus extrême qu’auparavant ou s’ils en parlent davantage », s’interroge Gwen Ecalle. Cependant, la sexologue assure que le répertoire BDSM ne se limite plus à des communautés marginales. « De nombreuses productions culturelles, telles que *Cinquante Nuances de Grey* ou la montée de la dark romance chez les adolescentes, érotisent les rapports de domination. »

Daria Sobocinska note une adoucissement de l’esthétique BDSM, en partie en raison d’un « enjeu capitalistique ». « De nombreux sex-shops apparaissent dans les centres-villes, proposant de jolis accessoires comme des menottes colorées et des martinets en cuir recyclé. » Les pratiques « hard » deviennent donc accessibles dans le répertoire des possibles.

### Une envie de sortir de la sexualité « à papa maman »

Cependant, le milieu BDSM se caractérise par un cadre précis garantissant la sécurité des participants. Un questionnaire sur les pratiques permises, un « safeword » permettant d’arrêter l’acte à tout moment, et un « after care » pour veiller l’un sur l’autre après l’expérience sont mis en place. Essayer d’attacher ou d’étrangler son ou sa partenaire sans cette sécurité peut avoir des conséquences dramatiques. « Certaines jeunes femmes m’expliquent avoir essayé des pratiques sans être conscientes de ce que cela impliquait. N’osant pas exprimer leurs besoins, elles peuvent en subir un traumatisme », constate la sexologue Gwen Ecalle.

Parmi les jeunes interrogés par Daria Sobocinska, beaucoup souhaitent échapper à une sexualité qu’ils qualifient de « à papa maman » qui ne les satisfait pas. « Avec MeToo, qui nous a collectivement conduit à réfléchir à notre sexualité, nous sommes passés à une logique de « sexualité pour soi », axée sur le plaisir et le développement personnel. » Pour reprendre possession de leur corps et de leur sexualité, les jeunes explorent de nouvelles pratiques, s’inspirant de productions culturelles ou de comptes Instagram sexo.

### L’influence du porno « de plus en plus trash »

« De nombreux jeunes hommes veulent bien faire, mais pensent qu’il leur faut reproduire les schémas de la pornographie mainstream », déplore Gwen Ecalle. Un constat partagé par la sexologue Maylis Castet. « J’ai récemment reçu un jeune homme de 21 ans qui reproduisait sur sa partenaire ce qu’il voyait dans le porno, mais n’en tirait aucun plaisir et se sentait sale. Lors de la consultation suivante avec sa petite amie, j’ai compris qu’elle lui demandait aussi de l’étrangler, simplement parce qu’elle pensait « qu’il fallait le faire ». Nous sommes alors face à une situation absurde où personne ne désire faire ce qu’il fait. »

Bien que le porno ne soit pas un problème en soi, l’hyperaccessibilité des contenus pornographiques gratuits est problématique selon Gwen Ecalle. « Pour générer des clics, le système promeut des contenus toujours plus extrêmes, ce qui peut entraîner un engrenage. Les gens s’inspirent de ces pratiques et, progressivement, peuvent penser que s’ils avaient une sexualité plus douce, ils s’ennuieraient. »

### Une injonction à paraître sexuellement « libérée »

Gwen Ecalle reçoit parfois des femmes qui se considèrent comme « trop coincées ». « Il peut exister une forme d’injonction à afficher une sexualité libérée, à tout essayer ou à multiplier les partenaires. Celles pour qui ça ne leur convient pas hésitent à dire non. » En conséquence, par crainte de paraître en retrait, ces femmes ne se permettent plus de refuser des pratiques qui ne les attirent pas.

La sexologue Maylis Castet rencontre aussi des jeunes femmes préoccupées par leur attirance pour certaines pratiques qu’elles jugent « violentes ». « Elles n’érotisent que ce qu’on leur a dit être désirable. » Elle perçoit cela comme une forme de « dissociation ». « Notre travail consiste à déterminer si ces pratiques leur correspondent vraiment et si elles en ont plaisir », souligne Gwen Ecalle.

**Si vous souhaitez témoigner de vos pratiques sexuelles, vous pouvez nous écrire à [email protected].**

*Étude Ifop pour JOYclub, première communauté sexpositive d’Europe, réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 6 au 9 mars 2026 auprès d’un échantillon de 2.210 personnes, représentatif de la population française vivant en France métropolitaine âgée de 18 ans et plus.*