France

Yvelines : Une écoute rouvre un cold case de 30 ans

Les gendarmes de la section de recherches de Poitiers interceptent une conversation entre la grand-tante de Leslie Hoorelbeke, Marie-Thérèse Garcia, et le père de la jeune femme, dans laquelle elle évoque des représailles contre les ravisseurs du jeune couple disparu. Marie-Thérèse Garcia, âgée de 79 ans, se présentera ce mardi dans le box des accusés de la cour d’assises des Yvelines, à Versailles, pour être jugée pour enlèvement, séquestration et meurtre.

«Je vais leur emmener, mais en morceaux, dans une valise. » En décembre 2022, les gendarmes de la section de recherches de Poitiers, qui surveillent le téléphone du père de Leslie Hoorelbeke, alors disparue avec son compagnon Kevin Trompat dans les Deux-Sèvres, interceptent une conversation troublante. Au bout du fil, la grand-tante de la jeune femme, Marie-Thérèse Garcia, évoque des représailles contre les ravisseurs du couple.

Cette déclaration intrigue immédiatement les enquêteurs. Elle fait écho à l’un des cold cases les plus marquants des Yvelines : le meurtre de Corinne Di Dio, dont le corps, décapité et démembré, avait été retrouvé en juin 1995 dans une caisse métallique sur la Seine.

Marie-Thérèse Garcia avait déjà été soupçonnée dans cette affaire. Les menaces exprimées au téléphone sont-elles la pièce manquante qui permettrait à la justice de avancer ? Plus de trente ans après la disparition de Corinne, cette femme de 79 ans se retrouve ce mardi dans le box des accusés de la cour d’assises des Yvelines, à Versailles. Surnommée « Ma Dalton » par certains membres de sa famille, elle est jugée pour enlèvement, séquestration et meurtre, aux côtés de son coaccusé en fuite, Antonio Marquez Gomez, ancien braqueur devenu trafiquant de drogue. Elle risque la réclusion criminelle à perpétuité.

La vengance d’un gangster en fuite ?

Le 19 juin 1995, Corinne Di Dio disparaît subitement en sortant de son travail à Guyancourt, dans les Yvelines. Dix jours plus tard, le 28 juin, une caisse métallique flottant sur la Seine près de La Roquette (Eure) révèle son horrible secret : son corps mutilé, percé de quatorze coups de couteau au niveau du thorax. L’identification n’aura lieu qu’en 1997 grâce aux premières analyses ADN.

Rapidement, la brigade criminelle de Versailles oriente ses soupçons vers Marie-Thérèse Garcia. Corinne aurait eu une relation avec Francisco, frère d’Antonio et compagnon de « Ma Dalton », une situation que cette dernière n’aurait pas accepté.

Le mobile du crime pourrait être en fait une vengeance d’un gangster liée à une dispute sur la garde d’enfant. L’ex-compagnon de Corinne, Antonio Marquez Gomez, visé par un mandat d’arrêt international, cherchait à récupérer son fils Romain. « Il voulait aussi se venger car elle l’avait fait condamner, lui et ses parents, pour l’enlèvement du petit », précise l’avocat des parties civiles, Me Joseph Cohen-Sabban. « C’est un Espagnol et c’est un gangster. Avec la fierté, l’humiliation… c’était insoutenable pour lui. »

Un témoignage troublant et des cheveux

Dans cette affaire, le rôle de « Ma Dalton », proche d’Antonio Marquez Gomez, est perçu comme crucial. Cependant, en 2000 et 2008, la justice a déclaré un non-lieu dans ce dossier. Ainsi, pour les proches de Corinne Di Dio, ce procès représente l’aboutissement de trois décennies de déceptions et de fausses pistes, dont celle menant à Jean-Jacques Maurice, une figure du milieu, qui s’est suicidé en prison en 1997.

Actuellement, l’accusation s’appuie sur une analyse des cheveux trouvés dans la malle en 1995, qui présentent un profil mitochondrial compatible avec celui de Marie-Thérèse Garcia. « Il y a ces traces ADN dont la défense essaie de se débarrasser, mais elles sont accablantes », souligne Me Cohen-Sabban.

En outre, des confidences d’une petite-fille de l’accusée, décédée depuis dans un accident, viennent étoffer le dossier. Elle avait raconté à son petit ami qu’à 9 ans, elle avait été témoin de «  une femme se faire découper dans le sous-sol  » de chez sa grand-mère.

Me Najwa El Haïté, avocate de Marie-Thérèse Garcia, rétorque : « La justice avait déjà ces éléments lorsque le non-lieu a été prononcé. La jeune fille parlait à son compagnon dealer et lui disait qu’il ne lui faisait pas peur, mais elle n’a rien vu. »

Concernant les déclarations faites au père de Kevin en 2022, qui ont relancé l’enquête, la défense insiste sur le fait qu’elles ont été prononcées dans un contexte de grande détresse, en lien avec la disparition de sa petite-nièce Leslie. « On se base sur une phrase pour considérer qu’elle pourrait être coupable d’un crime. C’est le seul élément prétendument nouveau et c’est très fragile », déclare l’avocate.

« Aucune trace ADN de la victime chez elle »

La défense souligne également l’absence d’éléments matériels concluants et le manque de perquisitions efficaces à l’époque. « Les éléments pileux étaient déjà connus et avaient été analysés. Et aucune trace ADN de la victime n’a été retrouvée chez Marie-Thérèse Garcia », affirme Me El Haïté.

Faisant preuve d’une constante détermination à clamer son innocence, l’accusée de 79 ans se présentera à son procès dans un état physique très affaibli, souffrant de la maladie de Ménière et de problèmes dentaires. « Ma cliente a confiance en la justice et attendait ce moment avec impatience, mais sa santé est fragile », s’inquiète son avocat, qui redoute également la vague de chaleur annoncée pour les audiences.

De leur côté, les proches de la victime espèrent obtenir des réponses, sans illusion quant à d’éventuels aveux de la septuagénaire souvent décrite comme « très dure ». Pour Romain, le fils de Corinne Di Dio, cette affaire revêt une importance capitale. « Il veut comprendre pourquoi son père a tué sa mère. Pour lui, c’est une douleur incommensurable, il est brisé par la vie », conclut Me Joseph Cohen-Sabban. Le verdict est attendu pour le 3 juillet.