Belgique

L’avenir incertain de Ryanair en Belgique : Michael O’Leary et ses contradictions.

Michael O’Leary, CEO de Ryanair, a annoncé un retrait partiel de la Belgique, avec 5 avions de moins sur les 19 basés à Charleroi dès cet hiver, ce qui entraînera une réduction de 2 millions de sièges, une vingtaine de destinations supprimées, et plus de 1600 emplois perdus selon ses chiffres. Malgré ces annonces, O’Leary a également exprimé sa volonté d’investir davantage en Belgique pour ramener 5 millions de passagers supplémentaires et établir 50 nouvelles liaisons, à condition de réduire les frais aéroportuaires et d’annuler la hausse de la taxe d’embarquement votée par le gouvernement fédéral.


Fantasque est le mot qui revient le plus souvent en parlant de Michael O’Leary, le PDG de Ryanair. Lors d’une rencontre avec une délégation de journalistes belges, il a déclaré: « J’adore la Belgique, et j’adore Kevin De Bruyne ! » – un clin d’œil flatteur pour nos Diables Rouges en pleine Coupe du Monde de football. Mais à peine a-t-il eu le temps d’évoquer le football que la conversation s’est enflammée.

D’un côté, O’Leary a montré un visage « menaçant », multipliant les insultes envers le gouvernement belge qu’il qualifie de « stupide et ignorant du monde de l’aviation ». Il a également confirmé le retrait partiel de Ryanair en Belgique : cinq avions de moins sur les dix-neuf basés à Charleroi dès cet hiver, ce qui représente une réduction de deux millions de sièges, une vingtaine de destinations supprimées depuis Charleroi et Zaventem, et plus de 1600 emplois perdus (directs et indirects) selon ses propres chiffres.

De l’autre, un O’Leary « enthousiaste ». Malgré ses annonces de retrait, il a affirmé être prêt à investir davantage d’argent et d’avions en Belgique, avec un potentiel de cinq millions de passagers supplémentaires, 50 nouvelles liaisons, 1000 emplois indirects, la réouverture éventuelle de sa base à Zaventem et la possibilité de s’implanter à l’aéroport de Liège.

Cependant, pour cela, il pose des conditions : réduire les frais aéroportuaires à Charleroi et Zaventem, assouplir la réglementation des vols de nuit à Bruxelles et annuler la hausse de la taxe d’embarquement. Or, cela n’est pas à l’ordre du jour, puisque le gouvernement fédéral a voté l’augmentation de la taxe il y a trois semaines. Bien que le gouvernement wallon pousse pour y mettre fin, le ministre des Finances, Jan Jambon, reste inflexible.

En résumé, même si Michael O’Leary dit « adorer Charleroi, » qu’il qualifie de l’une des plus belles « success stories » de l’aviation des 30 dernières années, il déclare sans détour : « La Belgique n’est pas le centre du monde. C’est Ryanair qui a créé ce marché dans ce pays. J’irai investir et créer l’offre ailleurs, là où c’est moins cher. »

Ce discours n’est pas nouveau pour O’Leary. Ses menaces se répètent, mais cette fois-ci, avec un appel du pied en promettant d’investir davantage en Belgique. Cela soulève la question : O’Leary est-il embarrassé par cette hausse de la taxe belge qui perturbe ses plans financiers ? Cela ressemble à une forme de négociation à distance entre Ryanair et le gouvernement belge.

Cette visite pour la presse belge était également une opportunité pour Ryanair de présenter ses vastes infrastructures à Dublin. Ce qui frappe immédiatement, c’est que le bâtiment est aussi excentrique que son dirigeant, Michael O’Leary.

Dès notre arrivée dans le bâtiment, un grand tableau attire l’attention dans le hall d’entrée : celui du personnage du « Joker » avec l’inscription « Welcome to the mad house » (Bienvenue dans la maison des fous). Un étage plus haut, un jeu d’échecs grandeur nature permet aux employés de se détendre pendant leurs pauses, sans oublier un immense toboggan qui relie le premier étage à l’accueil, témoignant d’installations originales et décalées.

Pourtant, malgré cette ambiance décontractée, tout le monde s’affaire dans le bâtiment, notamment au centre de contrôle des opérations, rempli d’écrans et d’informations. Leurs installations incluent également un immense centre de formation à Dublin avec des salles de cours théoriques, un ancien avion utilisé pour l’entraînement du personnel de cabine, et un conteneur simulant des conditions de fumée et de feu dans un avion.

Ce centre prend une autre dimension avec sa salle de simulateurs. Il compte deux simulateurs fixes et quatre simulateurs immersifs imposants pour former ses pilotes. Ces simulateurs, pesant chacun quatre tonnes et entièrement sur vérin pour donner de réelles sensations de vol, coûtent chacun une vingtaine de millions d’euros. Le groupe affirme en posséder 23, avec un objectif d’en avoir bientôt 27.

Ryanair démontre ainsi qu’il dispose d’argent et d’ambitions croissantes pour continuer à se développer, mais reste à savoir dans quelle direction. Pour l’instant, ce ne sera pas à Zaventem ou en région charolaise. O’Leary assure que « Ryanair ne quittera jamais Charleroi, même si on pourrait encore descendre à, disons, 10 avions basés à cet aéroport ». En tout cas, tant que la compagnie peut encore gagner de l’argent en Belgique.