Tunisie

Agriculture tunisienne : Des réformes indispensables à réaliser immédiatement

Leith Ben Becher, agriculteur et fondateur du Syndicat des agriculteurs de Tunisie, appelle à une meilleure efficacité de l’action publique et à une gouvernance rénovée des filières face aux défis climatiques, financiers et organisationnels qui pèsent sur l’agriculture tunisienne. Selon lui, « la gouvernance des filières agricoles et agroalimentaires aurait dû être réformée depuis longtemps afin de devenir plus interprofessionnelle et mieux intégrée ».


Face aux enjeux climatiques, financiers et organisationnels qui menacent l’agriculture en Tunisie, Leith Ben Becher, agriculteur et fondateur du Syndicat des agriculteurs de Tunisie, appelle à une amélioration de l’efficacité de l’action publique, à une gouvernance renouvelée des filières et à des dispositifs de soutien plus efficaces.

L’agriculture tunisienne fait face à de nombreux problèmes qui, avec le temps et la complexité croissante des défis, se sont transformés en véritables freins à son développement. Toutefois, ce secteur joue un rôle essentiel dans l’économie nationale, représentant entre 8 et 10 % du PIB selon les années.

Pour Leith Ben Becher, « le véritable enjeu ne réside pas dans un renforcement du rôle de l’État, mais dans une redéfinition de ses missions et surtout dans une amélioration de son efficacité ».

Il souligne que la puissance publique doit respecter ses engagements financiers, en particulier concernant le Fonds d’indemnisation des calamités naturelles, créé en 2018 pour aider les agriculteurs assurés contre les risques climatiques tels que la sécheresse et les inondations. Ce dispositif a connu des perturbations ces deux dernières années et a été révisé de manière à le rendre moins accessible et, par conséquent, moins efficace.

De plus, il estime que l’État doit veiller à ce que le budget accélère le versement des subventions d’investissement pour les projets validés par l’APIA, et ce, dans des délais raisonnables et plus courts que ceux observés ces dernières années. « Il en va de la crédibilité des politiques publiques et de la viabilité des projets agricoles », précise-t-il.

Leith Ben Becher considère également que « les retards de décaissement constituent un frein majeur à l’investissement agricole », soulignant que ces lenteurs fragilisent les exploitations et entravent la modernisation du secteur. Il appelle à l’établissement de mécanismes « plus simples, plus rapides et mieux adaptés aux réalités du terrain ».

Plus largement, il propose de repenser le rôle et les missions du ministère de l’Agriculture afin d’améliorer son efficacité. Il nécessite également une meilleure coordination entre les divers ministères concernés par une même filière, comme celle des céréales ou de l’huile d’olive. « La coexistence de plusieurs structures — Agriculture, industrie et commerce — sur un même produit entraîne des chevauchements et une perte de performance », déclare-t-il.

Leith Ben Becher insiste par ailleurs sur la nécessité pour l’État de renforcer ses capacités d’anticipation face aux aléas climatiques en développant un système de veille basé sur un réseau national de stations agroclimatiques. Certaines infrastructures existent déjà, mais elles devraient être intégrées dans un dispositif d’alerte plus efficace afin d’informer rapidement les agriculteurs et d’orienter les décisions stratégiques pour limiter les impacts économiques.

Il évoque également l’importance d’une « coopération maghrébine renforcée », car les pays de la région sont confrontés à des défis climatiques similaires.

Concernant les tensions sur les marchés internationaux, et indifféremment des facteurs climatiques, il considère que « leur anticipation devrait s’appuyer sur un système global de veille et de gestion de crise, avec des cellules dédiées au niveau gouvernemental », ces enjeux touchant souvent plusieurs ministères à la fois.

Enfin, Leith Ben Becher conclut que « la gouvernance des filières agricoles et agroalimentaires aurait dû être réformée depuis longtemps pour devenir plus interprofessionnelle et mieux intégrée ». Cette réforme tarde à se réaliser en raison du poids des produits subventionnés, devenus un fardeau financier au fil du temps, et d’un système de quasi-monopoles privés parfois renforcé par des ajustements progressifs de l’action publique.

« L’État se trouve ainsi tiraillé entre un protectionnisme destiné à préserver la stabilité sociale et un libéralisme économique accéléré depuis plusieurs décennies sous l’effet des engagements internationaux, notamment l’Accord d’association avec l’Union européenne et les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Cette tension structurelle limite aujourd’hui sa capacité à engager des réformes profondes et à définir un modèle de développement plus cohérent et durable », conclut-il.