
Le Bac est-il plus difficile à obtenir durant une Coupe du monde ?
Le taux de réussite au baccalauréat est passé de 77 % en 1997 à 96,4 % en 2025. Selon une étude de l’université de Bristol en 2019, les élèves britanniques obtiennent des résultats aux examens significativement plus faibles pendant les années de grosse compétition du football, avec une diminution moyenne de 12 % de la probabilité d’obtenir une note de passage.
Il est courant que chaque été, des lycéens mécontents s’insurgent d’avoir eu à passer le bac durant ce qu’ils considèrent comme la « pire année possible ». L’année dernière, ils ont critiqué une épreuve de physique chimie jugée trop difficile, et en 2019, c’était un poème complexe d’Andrée Chedid qui avait suscité des réactions. Les réformes successives sont également pointées du doigt.
Cette année, un nouveau sujet de mécontentement pourrait être justifié : la Coupe du monde de football, qui se déroule comme tous les quatre ans dans les mêmes périodes. La compétition commence le 11 juin, tandis que l’épreuve de philosophie débute le 15. Cela pourrait causer des problèmes pour certains étudiants, déchirés entre l’événement footballistique et leurs révisions.
Une étude de 2019 menée par l’université de Bristol, intitulée « Students’effort and educational achievement : Using the timing of the World Cup to vary the value of leisure », révèle que les résultats des élèves britanniques aux examens (GCSE, équivalent du Brevet et d’une partie du Bac) sont significativement moins bons durant les années de grandes compétitions de football. En moyenne, la probabilité d’obtenir une note de passage (grade 5 ou équivalent) diminue de 12 % pendant ces années.
En ce qui concerne la France, aucune étude spécifique n’a été réalisée sur ce sujet, selon Marie David, maîtresse de conférences en sociologie à Nantes, spécialisée en enseignement supérieur et secondaire. Comparer les résultats d’année en année est compliqué, car les différentes politiques de l’éducation nationale ont cherché à rendre le bac plus accessible. Le taux de réussite est ainsi passé de 77 % en 1997 à 96,4 % en 2025, rendant impossible une comparaison simple entre « année de Coupe du monde » et « année sans Coupe du monde ».
Pour clarifier la situation et minimiser les effets des réformes, une analyse a été effectuée en isolant les années de Coupe du monde, ainsi que l’année précédente et l’année suivante, en se basant sur les cinq dernières Coupes du monde, à l’exception de celle de 2022, qui s’est déroulée en hiver.
Cependant, même dans ce cadre, il reste difficile de déceler un impact concret. Dans certaines années de Coupe du monde, le taux d’admission baisse par rapport à l’année précédente, mais dans la majorité des cas, il augmente. De même, le taux d’admission l’année suivant la Coupe du monde n’est pas forcément supérieur. Ce constat s’applique également aux mentions.
Cette absence d’effet perceptible ne surprend pas Marie David, qui « ne croit pas » à un lien entre la Coupe du monde et les résultats du Bac, « surtout sur le long terme ». Elle souligne également qu’un biais pourrait atténuer un éventuel impact, car en France, il y a plus de lycéennes (57 %) que de lycéens (43 %), ces dernières étant moins consommatrices de football.
Corinne, professeur de lettres dans un lycée polyvalent près de Montpellier, partage ce scepticisme. « Contrairement à ce qu’on peut entendre, les élèves prennent le bac très au sérieux et sont très stressés. L’idée que certains se lèvent à 3 heures du matin pour suivre certains matchs me semble peu probable, ou au mieux très marginale. »
Stéphane, professeur d’histoire, note la difficulté d’évaluer l’impact de la Coupe du monde sur les élèves, car ils ne sont plus en classe à ce moment-là. Il ajoute que lors d’autres grands événements sportifs, comme les JO d’hiver, il n’a pas observé de chute des notes ou du niveau. Il rappelle aussi que « de toute façon, le bac ne se joue pas uniquement lors de la dernière semaine coïncidant avec la Coupe du monde ».
La seule baisse de concentration notable se produit lors de Roland-Garros, qui cumule plusieurs inconvénients : les matchs se déroulent en journée, la durée peut dépasser trois ou quatre heures, et la compétition se tient à la fin de l’année scolaire, « où l’attention fléchit de toute façon », souligne Stéphane.
En revanche, le football, avec ses matchs d’une durée de deux heures, constitue une pause salutaire. Corinne fait remarquer : « Se prendre deux heures pour un match, ou s’accorder une coupure le soir, peut être bénéfique. » Elle ajoute que le football permet de faire une pause, de souffler, et de programmer des journées de révisions entre amis, suivies d’un match en récompense. Il est essentiel de ne pas tomber dans l’excès et de ne pas réviser sans relâche.
