
Trois élèves de Schaerbeek ne peuvent pas quitter l’Espagne pour agression sexuelle sur mineure.
Le 21 mai, des élèves de l’Institut technique Cardinal Mercier de Schaerbeek, en voyage à Marbella, ont été impliqués dans un incident avec des jeunes filles locales sur une plage. La justice espagnole a ouvert une procédure pour agression sexuelle à l’encontre de trois jeunes Belges et d’un enseignant, tous en liberté provisoire et avec interdiction de quitter le territoire espagnol.
Que s’est-il passé le 21 mai sur une plage à Marbella, dans le sud de l’Espagne ? Des élèves de l’Institut technique Cardinal Mercier de Schaerbeek participaient à un voyage de rhéto, accompagné de professeurs et d’accompagnateurs de l’école. Selon Fabian Miesse, représentant de la direction de l’établissement et présent lors de ce voyage, trois élèves majeurs ont commencé à interagir avec trois jeunes filles se trouvant un peu plus loin sur la plage.
Les élèves de Schaerbeek et les filles locales « discutent, rigolent, vont se baigner ensemble, toujours sous l’œil des encadrants de l’école », explique Fabian Miesse. « L’un de nos élèves avait acheté un maillot de football un peu plus tôt à un marchand sur la plage. Une des jeunes filles l’avait enfilé, mais au moment de partir, elle refuse de rendre le vêtement. »
Après plusieurs minutes de tensions, l’un des professeurs présents aurait demandé la restitution du maillot. « La jeune fille qui le portait le retire finalement en criant, s’énerve, crache sur le maillot et sur le professeur. Certains m’ont dit qu’elle aurait aussi donné un coup de pied par derrière à notre enseignant au moment où nous avons quitté la plage. »
Les jeunes de Schaerbeek et leurs encadrants doivent ensuite marcher pour rejoindre un arrêt de bus afin de rentrer à leur logement.
### La police pour les accueillir
Après environ une demi-heure de marche, Fabian Miesse rapporte que le groupe est arrivé à l’arrêt de bus. « On a été accueillis par plusieurs voitures de police qui nous attendaient. Les jeunes filles étaient présentes aussi. Elles ont alors désigné nos trois élèves avec qui elles avaient passé du temps sur la plage, ainsi que notre professeur qui a récupéré le maillot. »
Les quatre garçons ont alors été menottés et arrêtés « de manière brusque et sans aucune explication. C’est aussi cela qui est difficile à comprendre. On a demandé au policier ce qui se passait, dans un anglais un peu approximatif. Mais ils ne répondaient pas. Finalement, l’un d’eux nous a expliqué que nos trois élèves et notre professeur étaient emmenés au commissariat central de Marbella. Ils vont y rester la nuit et ne sortiront que le lendemain à 22h30. Le lendemain, il a fallu comparaître au tribunal. On y est resté de 9h à 19h. C’est en sortant qu’on nous a annoncé que les trois élèves – qui sont majeurs et ne sont pas de nationalité belge – étaient interdits de quitter le territoire espagnol. »
« On ne comprend vraiment pas. Pour nous, il ne s’est rien passé de répréhensible de la part de nos élèves. »
« Entre-temps, le reste du groupe a dû prendre l’avion pour rentrer en Belgique », poursuit Fabian Miesse. « On a donc dû louer un logement temporaire, dans un appart-hôtel. Je suis resté sur place avec eux pendant une dizaine de jours. Comme le professeur mis en cause. Mais, lui, qui est de nationalité belge, a pu, depuis, rentrer en Belgique. Il ne faisait pas l’objet d’une interdiction de quitter le territoire. »
Le représentant de la direction de l’Institut explique avoir « dû rentrer en Belgique après une dizaine de jours pour raison privée. La maman d’un des élèves est alors venue en Espagne pour me remplacer. Cette maman a, elle aussi, dû rentrer. C’est une autre maman qui est sur place actuellement avec les jeunes. Le logement coûte cher. C’est l’école qui prend cela en charge. On ne comprend vraiment pas. Pour nous, il ne s’est rien passé de répréhensible de la part de nos élèves. »
### Faits d’agression sexuelle, de vol avec violence et de coups et blessures présumés
Cependant, la justice espagnole a une autre version des faits. Dans un courriel adressé par la responsable de presse de la justice d’Andalousie au correspondant de la RTBF en Espagne, il est précisé : « Une procédure pour agression sexuelle visant trois jeunes Belges à l’encontre d’une mineure est instruite par la chambre d’instruction n° 1 du Tribunal de première instance de Marbella, pour leur implication présumée dans des faits d’agression sexuelle, de vol avec violence et de coups et blessures. »
« Les trois jeunes sont actuellement en liberté provisoire, avec obligation de se présenter périodiquement devant l’autorité judiciaire et interdiction de quitter le territoire espagnol », ajoute le communiqué. « La victime présumée est une mineure. Quant à la quatrième personne mise en cause, l’enseignant qui accompagnait les étudiants, elle est également en liberté provisoire et n’est poursuivie que pour la commission présumée d’une infraction de mauvais traitements à l’égard d’une mineure qu’il aurait secouée. S’agissant d’une infraction mineure, le tribunal ne lui a imposé aucune mesure conservatoire. »
Concernant l’état d’avancement de l’enquête, la responsable presse indique à la RTBF que « l’instruction du dossier a progressé et est désormais terminée. Cela a conduit au prononcé de l’ordonnance de procédure abrégée, laquelle implique la poursuite de la procédure pénale à l’encontre des personnes mises en cause. L’affaire n’a toutefois pas encore été renvoyée devant la juridiction de jugement, plusieurs formalités procédurales devant encore être accomplies par cette juridiction. »
### Soutien de l’école à ses élèves
Alors, qui dit la vérité ? Et que s’est-il réellement passé ? Il est difficile à ce stade de faire la part des choses. La justice espagnole a indiqué qu’elle ne fera pas d’autres commentaires pour l’instant. « Nous avons appris que le dossier a été transféré devant un tribunal de la ville voisine de Malaga », indique Fabian Miesse de l’Institut technique Cardinal Mercier.
« Nous avons également demandé, via l’avocat que nous avons engagé sur place, à pouvoir être entendu par la juge en charge du dossier. Mais, jusqu’ici, cela n’a pas abouti. Comme je vous dis, nous ne comprenons pas et soutenons les jeunes. Nous n’avons vu aucun fait de leur part qui ressemblerait à une agression sexuelle. Après avoir nagé ensemble, nos élèves et les jeunes filles sont restés de longues minutes les uns avec les autres à s’amuser et à rigoler. On n’a jamais perdu de vue nos élèves. »
« On espère qu’il ne s’agit pas d’une histoire de chantage pour exiger de l’argent de leur part par la suite », craint-il. « La loi sur les agressions sexuelles en Espagne étant devenue plus stricte ces dernières années. On ne veut pas croire non plus qu’il pourrait s’agir d’une histoire de discrimination, puisqu’ils n’ont pas la nationalité belge. »
« On espère que cette affaire puisse s’arranger rapidement et que les plaintes contre nos jeunes soient retirées, parce qu’on est convaincu qu’ils n’ont rien fait. »
La situation actuelle est donc relativement confuse. « Pour l’instant, nous attendons surtout l’arrêt qui autoriserait enfin nos élèves à rentrer en Belgique. Et puis, on attend de voir la suite. Si un procès sera fixé et quand. Même si on espère que cette affaire puisse s’arranger rapidement et que les plaintes contre nos jeunes soient retirées, parce qu’on est convaincu qu’ils n’ont rien fait. »
Les réponses sont attendues dans les semaines ou les mois à venir.
