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Affaire Lyhanna : Darmanin affirme que tous les pédocriminels ne sont pas « incurables » ?

Jérôme Barella, père de famille de 41 ans, est mis en examen dans l’affaire Lyhanna, et son profil pourrait indiquer celui d’un pédocriminel ayant commis plusieurs agressions, avec un premier signalement remontant à 2017. La psychiatre Muriel Salmona souligne que 80 % des auteurs de violences sexuelles ont eux-mêmes été victimes dans l’enfance.

Six plaintes, une procédure disciplinaire et deux signalements. Au fur et à mesure que le profil de Jérôme Barella – mis en examen dans l’affaire Lyhanna – se précise, l’hypothèse d’un agresseur en série devient de plus en plus plausible. Bien que le casier judiciaire de cet homme de 41 ans soit vierge et qu’il demeure présumé innocent dans toutes ces affaires, les premières investigations révèlent en effet le profil d’un pédocriminel qui semblerait avoir augmenté dans son activité.

Le premier signalement date de 2017 : une adolescente de 17 ans l’accusait de viol. En 2022 et 2025, deux fillettes de 7 et 10 ans ont également déposé plainte pour des faits similaires. La première plainte a été classée sans suite, tandis que la seconde était encore en cours lors de l’affaire Lyhanna. « Comme certains drogués ou accrocs, certains agresseurs vont entrer dans un système de dépendance. Un phénomène de tolérance s’installe alors », explique la psychiatre Muriel Salmona. Une comparaison qui semble convenir au ministre de la Justice, Gérald Darmanin, qui a affirmé lundi soir qu’il pense « que les pédocriminels sont incurables ».

Le risque zéro n’existe pas

Les pédocriminels sont-ils incurables ainsi que l'affirme le ministre de la Justice ?
Les pédocriminels sont-ils incurables ainsi que l’affirme le ministre de la Justice ? - Sebastien Salom-Gomis

Des propos très catégoriques qui suscitent des interrogations chez l’expert psychiatre Laurent Layet, qui a notamment réalisé l’expertise de Dominique Pélicot et de plusieurs de ses co-accusés. « Déjà, le terme n’est pas approprié. Nous utilisons ce terme pour désigner le retour à l’état antérieur d’une maladie, comme un rhume. » En psychiatrie, on parle de « déviance » et de « trouble de l’organisation de la personnalité ». Pour lui, la question n’est donc pas de savoir si l’on peut guérir, mais « d’avoir une action opérante sur ces troubles et déviances ». En d’autres termes : « les interactions judiciaires, psychiatriques, éducatives, peuvent-elles changer le comportement de l’auteur ? »

Le comportement des pédocriminels est influencé à la fois par « des facteurs statiques », qui ne peuvent être modifiés, comme « le nombre d’antécédents, le sexe ou se si l’on a été soi-même victime », précise l’expert psychiatre. Et par des « facteurs dynamiques », tels que le niveau d’insertion sociale, professionnelle, sentimentale, ainsi que la consommation de substances, comme drogues et alcool, sur lesquels il est possible d’agir.

Le travail des experts consiste à évaluer le niveau de dangerosité de l’auteur et son risque de récidive, avec « des réévaluations après deux, cinq ou sept ans. Sachant que le risque zéro n’existe pas, même pour des personnes sans aucun antécédent », prévient le psychiatre.

« En général, ils commencent très jeunes »

Pour Muriel Salmona, « les agresseurs ne font rarement qu’une seule victime. En général, ils commencent très jeunes. » La présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie souligne l’importance d’intervenir le plus tôt possible afin d’éviter « une carrière de prédateur ».

Celle qui a publié l’an passé Enrayer la fabrique des agresseurs sexuels (Dunod) appelle à « mobiliser des ressources pour identifier les auteurs et victimes, notamment en milieu scolaire, pour interrompre le cycle le plus tôt possible ». Selon elle, 80 % des auteurs de violences sexuelles ont eux-mêmes été victimes durant leur enfance. Elle évoque notamment le cas d’un jeune de 20 ans, agressé dans son enfance, qui aurait fait une centaine de victimes.

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La psychiatre se montre relativement optimiste lorsqu’elle prend en charge de jeunes agresseurs. « Il est alors plus simple de leur expliquer leur parcours et de réaliser le passage d’une mémoire traumatique – qui peut déclencher les agressions – à une mémoire biographique, où l’on intègre au passé les faits », explique Muriel Salmona. Toutefois, pour certains individus « qu’on ne peut pas traiter, il est nécessaire de protéger la société et de les éloigner pour éviter de futures victimes, tout en continuant le travail en milieu fermé. »