Belgique

Pierre-Édouard Stérin : un milliardaire en croisade permanente

Pierre-Edouard Stérin a quitté la France pour la Belgique en 2012, après la victoire de François Hollande, et vit en exil depuis 14 ans. Le projet Périclès, financé par Pierre-Edouard Stérin, vise à aider le Rassemblement national à remporter 300 mairies lors des élections municipales de 2026.


À la tête d’un patrimoine évalué à 1,4 milliard d’euros aujourd’hui, Pierre-Edouard Stérin est qualifié d’exilé fiscal. En 2012, à la suite de l’élection présidentielle remportée par le socialiste François Hollande, il quitte la France avec fracas pour s’installer en Belgique. « Ça a été un sacrifice pour moi et mon épouse de partir en Belgique », explique-t-il sur la chaîne YouTube Angelsquare. « On l’a fait parce qu’on estimait que c’était criminel de continuer à engraisser l’État français pour continuer à faire ce qu’il fait aujourd’hui, dans une certaine mesure, à savoir, n’importe quoi ! »

Depuis 14 ans, le milliardaire vit donc en exil dans l’une des communes les plus riches de Belgique. « Son objectif n’est pas d’y déployer ses activités économiques », précise Olivier Blamangin, journaliste à l’Observatoire des multinationales. « L’essentiel de ses investissements se fait en France. La raison de son installation chez vous est avant tout fiscale. La Belgique, c’est un peu comme une base arrière pour lui. »

**Périclès, un projet secret pour porter l’extrême droite au pouvoir**

C’est depuis cette base qu’il entend peser sur les événements en France. Thomas Lemahieu, journaliste à l’Humanité, a révélé en juillet 2024 l’existence d’un projet secret financé par Pierre-Edouard Stérin. Le projet Périclès, acronyme de « Patriotes, Enracinés, Résistants, Identitaires, Chrétiens, Libéraux, Européens, Souverainistes ». Il s’agit d’un projet méta politique ayant pour ambition de « servir et sauver la France », visant « la victoire idéologique, électorale et politique ».

« Les documents de Périclès que j’ai découverts datent de septembre 2023 », explique le journaliste. « Il y est question de sceller une alliance avec le Rassemblement national afin d’aider le parti d’extrême droite à remporter 300 mairies, petites ou moyennes, lors des municipales de 2026. Ce document ressemble à un business plan qui prévoit de dépenser 150 millions sur dix ans pour le financement ou la création de projets qui doivent lui permettre d’atteindre ses objectifs politiques. »

Le projet Périclès mentionne également l’Institut de Formation Politique (IFP), une école privée formant chaque année 1500 jeunes. Ses séminaires sont animés par divers acteurs de l’extrême droite en France, ayant pour but de mener le combat culturel contre l’immigration, le « wokisme » et les mouvements écologistes.

**Des ramifications en Belgique**

Le projet Périclès évoque aussi le nom d’un acteur belge, Aymeric de Lamotte. Cet ancien conseiller communal MR à Woluwe Saint-Pierre, qui a ensuite rejoint la Liste Destexhe, est aujourd’hui le codirecteur de l’Institut Thomas More, un groupe de réflexion franco-belge, se décrivant comme libéral conservateur, bien que certains l’accusent d’être d’extrême droite. Aymeric de Lamotte est également le directeur du collectif d’avocats Justitia, très actif dans la lutte contre le « wokisme », que Périclès présente comme responsable de « la guérilla juridique » que Pierre-Edouard Stérin souhaite mener.

Sa mission : « organiser et professionnaliser le contentieux stratégique en utilisant les leviers juridiques, médiatiques, contre l’islamisme, l’immigration, la théorie du genre… ». Ses objectifs : « Mener 20 procédures par an afin de faire changer la peur de camp. »

**Saint Pierre-Édouard ?**

Pierre Edouard Stérin affiche des positions proches du catholicisme traditionnel, notamment une opposition ferme à l’avortement et au mariage homosexuel. Se décrivant comme cherchant « à optimiser ses chances de devenir Saint », il a décidé d’utiliser sa richesse pour « contribuer à faire la promotion du Christ et à la défense de la France. »

Il a donc investi une partie de son argent dans des projets philanthropiques, le plus célèbre étant « Les Nuits du Bien Commun », une soirée caritative qui se tient dans une quinzaine de villes chaque année depuis 2017. L’objectif : rassembler de riches mécènes pour qu’ils soutiennent financièrement des associations sélectionnées.

Depuis les révélations sur le projet Périclès, ces « Nuits du Bien Commun » ont été la cible de manifestations de mouvements de gauche, accusant l’événement d’être une couverture pour financer discrètement des projets liés à l’extrême droite et aux mouvements catholiques anti-avortement. Face à la polémique, Pierre-Edouard Stérin a quitté l’organisation. Les manifestations se poursuivent, comme si la simple évocation de son nom suffisait à faire planer l’ombre de l’extrême droite, une ombre de plus en plus inquiétante alors que de nombreux sondages annoncent une possible victoire du candidat ou de la candidate du Rassemblement national aux élections présidentielles de 2027.