L’IA peut-elle remplacer nos psys ? ChatGPT ne propose pas plus qu’un SMS.
Selon un rapport d’Ipsos de 2026 concernant la santé mentale, deux tiers des personnes interrogées auraient déjà eu recours à l’intelligence artificielle pour prendre soin de sa santé mentale ou s’informer sur la question. Pierre Oswald a prévenu que certaines initiatives commerciales d’IA aux États-Unis, ayant reçu l’approbation de la FDA, sont limitées pour le moment.
Instabilité politique, socio-économique, financière ou même professionnelle, plusieurs facteurs amplifient les problèmes de santé mentale auprès de la population belge. Dans ce contexte difficile, de nombreuses personnes éprouvent des difficultés à trouver des interlocuteurs adaptés. Que ce soit par méfiance, manque de moyens ou de temps, certains préfèrent se tourner vers des outils comme les chatbots, notamment ChatGPT ou Gemini, plutôt que vers des psychologues ou psychiatres.
Un rapport d’Ipsos de 2026 sur la santé mentale révèle que deux tiers des personnes sondées auraient utilisé l’intelligence artificielle pour veiller sur leur santé mentale ou s’informer à ce sujet. Serge Tisseron met en avant qu’une des raisons pour lesquelles les gens se tournent vers l’IA est sa disponibilité constante et son faible degré de contradiction : « L’avantage d’une IA, c’est qu’elle est toujours disponible, elle flatte toujours, alors ça, ce n’est pas forcément un avantage, mais disons, subjectivement, que la personne vit ça comme un avantage, parce que souvent, les thérapeutes sont un peu frustrants quand même, il faut le dire. Les patients pensent ça ».
Cette disponibilité soulève un autre problème selon Serge Tisseron : « Le problème que la séance n’a pas de limite, qu’on peut y avoir accès à tout moment, c’est un avantage pour le patient, mais c’est une tentation d’y avoir accès tout le temps. Et puis la thérapie non plus n’a pas de limite. Et ça, c’est un vrai problème. Il y a un moment en thérapie où on se dit peut-être que vous allez vous débrouiller tout seul : on anticipe la fin de la thérapie. Avec ChatGPT, on n’anticipe jamais la fin. Donc, si vous voulez, c’est un processus qui risque d’être infini. Les gens y reviennent et s’attachent, créent un lien d’attachement fort ».
Le risque de cet attachement est qu’il peut conduire à l’isolement. « Pour qu’il y ait un échange, il faut qu’il y ait deux identités. Or, l’IA n’a pas d’identité. L’IA est une sorte de perroquet stochastique, comme on dit, c’est-à-dire qu’elle va puiser des réponses qui sont toutes faites », explique Tisseron. Il note également que certains adolescents en particulier se servent de l’IA pour interagir avec leurs amis : « Le problème, c’est que quand on fait appel à ChatGPT pour résoudre un problème de relation, on ne vous propose jamais de prendre un café avec la personne, de l’inviter au jardin public, à discuter sur un banc. ChatGPT vous propose une seule chose, écrire un SMS et il ajoute ‘Je l’écris à ta place si tu veux' ». Pierre Oswald souligne qu’il est essentiel de maintenir des interactions sociales humaines et avertit sur les biais de confirmation que l’IA peut engendrer chez des individus déjà en questionnement : « Des personnes un peu plus fragiles ou un peu plus jeunes, en pleine maturation cérébrale ou au niveau de leurs idées, peuvent parfois partir un petit peu en vrille si ces IA pourraient un petit peu flatter ou valider leurs idées qui sont un petit peu de côté ».
Une utilisation excessive de l’IA comme support thérapeutique peut donc présenter un danger, notamment pour les plus vulnérables. Toutefois, les deux psychiatres n’excluent pas la possibilité qu’une IA puisse un jour devenir un complément utile à la thérapie. « Peut-être pouvoir innover, créer des IA qui ont en effet des limites éthiques, qui obéissent à des principes éthiques, qui permettent d’en faire des auxiliaires thérapeutiques », précise Serge Tisseron.
Actuellement, plusieurs logiciels aux États-Unis sont en phase d’expérimentation. « Il faut quand même savoir que certaines (initiatives) sont des initiatives commerciales, mais un peu plus limitées aux États-Unis, qui ont reçu l’approbation de la fameuse FDA, cette organisation qui valide les traitements médicamenteux ou autres. Donc oui, il y a quelques initiatives qui existent, mais qui restent pour le moment assez limitées », met en garde Pierre Oswald. Ces développements pourraient améliorer l’accès des patients aux soins psychologiques et psychiatriques, dont certains n’ont pas encore bénéficié.
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