Les data centers en France : milliards d’investissements, combien d’emplois ?
Le 1er juin, SoftBank a annoncé un investissement record de 75 milliards d’euros dans des centres de données dans les Hauts-de-France. Selon le baromètre EY-Parthenon, en 2024, chaque emploi direct dans les data centers n’a produit que 0,61 emploi indirect ou induit.
Les centres de données vont générer des milliards d’euros en France, selon les promesses des grands acteurs du secteur. Le 1er juin, lors du sommet Choose France, le japonais SoftBank a annoncé un investissement record de 75 milliards d’euros dans des centres de données situés dans les Hauts-de-France. L’année précédente, un projet nommé « Campus IA » avait prévu un investissement de 50 milliards d’euros en Seine-et-Marne.
Emmanuel Macron a salué ces investissements dans un pays qui compte déjà 350 de ces « usines » de stockage de données, cruciales pour le fonctionnement d’Internet et fournissant les capacités de calcul requises pour les outils d’intelligence artificielle. Cependant, la question persiste : ces chiffres se traduiront-ils par des emplois ?
Au niveau national, le secteur prévoit environ 50.000 emplois directs d’ici 2030, dont plus de 90 % en contrat à durée indéterminée (CDI), selon le baromètre 2025 de France Data Center et du cabinet EY. Les différentes sources du secteur estiment qu’environ 11.300 emplois existent déjà, et les investissements futurs devraient créer près de 28.000 postes d’ici la fin de la décennie.
La majorité de ces emplois se concentrent autour des pôles économiques d’Île-de-France et d’Aix-Marseille, demandant des compétences spécifiques, allant des chargés de comptes aux ingénieurs, techniciens et experts en exploitation. Le secteur souligne également que chaque emploi dans un data center génère une valeur ajoutée significative, pouvant atteindre 121.000 euros par an, contre 70.000 euros dans l’industrie alimentaire et 89.000 euros dans l’automobile. Mieux encore, chaque emploi direct verrait la création de 1,5 emploi indirect grâce au dynamisme apporté par les centres de données aux localités.
Cependant, certaines voix se lèvent pour nuancer l’impact de ces investissements sur l’emploi. Le sociologue Loup Cellard, du Laboratoire Interdisciplinaire des Sciences du Numérique (LISN), critique le fait que les opérateurs de data centers aient tendance à exagérer les retombées locales en termes d’emplois. Selon lui, les chiffres communiqués mélangent souvent les emplois directs auprès des sociétés de data centers et ceux indirects via des prestataires, ainsi que les emplois temporaires liés aux travaux et ceux limités à l’exploitation.
Il cite l’exemple d’un site Data 4 qu’il a visité sur le Campus de Marcoussis : « Sur 133 hectares, ils annoncent que 1.100 personnes travaillent, avec 15 % de personnel de Data 4, 44 % de partenaires et 41 % de clients. Cela représente 165 emplois pour Data 4, soit environ 8 personnes par bâtiment, en comptant 20 bâtiments. » Un chiffre surprenant pour une si grande superficie ; à titre de comparaison, « une société de logistique sur la même surface compte entre 300 et 400 emplois. »
Selon le baromètre EY-Parthenon, qui se base sur les chiffres de l’Insee, en 2024, chaque emploi direct dans les data centers a engendré seulement 0,61 emploi indirect ou induit (soit 18.400 emplois indirects pour 30.000 emplois directs). Loup Cellard souligne aussi un rapport de février 2026 du cabinet d’études Trendeo, spécialisé dans l’investissement et l’emploi, qui indique que les investissements dans les data centers ont totalisé 67 milliards d’euros en 2025 pour seulement 2.800 emplois. « Un emploi par tranche de 24 millions d’euros, cela ne fait pas beaucoup », conclut Loup Cellard.

