Procès Falzone : les parties civiles réagissent sur la traversée de la foule.
La cour d’assises entre dans sa dernière ligne droite ce mardi après la pause de cinq jours liée à l’organisation du salon Erotix. Jean-Philippe Mayence représente 140 parties civiles lors de ces répliques et conteste l’argument de la défense concernant le déficit intellectuel de Paolo Falzone, dont le QI est estimé à 72.
La cour d’assises se dirige vers sa conclusion ce mardi, après une pause de cinq jours en raison de l’organisation du salon Erotix. Ce matin, place aux répliques. Lors d’un procès d’assises, les avocats des différentes parties ainsi que l’avocat général prennent quelques minutes pour rappeler leurs principaux arguments et tenter de contrecarrer ceux de l’adversaire.
Dans ce cas particulier, en raison du nombre élevé de parties civiles, ces répliques s’étendront sur une grande partie de la journée, et non pas sur 10 à 15 minutes comme d’habitude.
C’est Me Jean-Philippe Mayence, représentant 140 parties civiles, qui commence les répliques, après la pause : « On a l’impression d’être sortis un peu de ce procès », entame-t-il. « Je vous rappelle quand même de quoi nous parlons et c’est quand même très exceptionnel. Parce que ce n’est pas tous les jours que vous avez 6 meurtres, un assassinat, 81 tentatives de meurtres et toutes les non-assistances à personnes en danger. »
Jean-Philippe Mayence est déterminé à répondre à cinq points, des arguments avancés par la défense qu’il conteste fermement. Avant d’entrer dans le vif du sujet, il invite les jurés à se remémorer l’unanimité des avocats des parties civiles et du ministère public : « Je vous assure que je ne dors pas avec Monsieur l’Avocat général et que nous ne nous concertons pas avec les autres parties civiles. » Cependant, il souligne que toutes les parties civiles et l’avocat général partagent la même interprétation du dossier.
Dans ces répliques, Me Mayence balaie d’abord l’argument de la défense concernant le déficit intellectuel de Paolo Falzone, qui l’inciterait à s’exprimer de manière maladroite. Il déclare : « Moi, je ne peux pas entendre qu’il n’est pas capable de s’exprimer. » Il s’adresse aux avocats de la défense, en particulier à Me Discepoli : « Vous n’allez pas mettre dans sa bouche les mots que vous voudriez qu’il ait prononcés pour essayer de se sauver d’une situation […] Quand il dit ‘J’ai vu, j’ai freiné, j’ai vu voler des gens’, il l’a dit ! Même si cela ne vous arrange pas ! »
Me Mayence insiste sur le fait que l’image que Paolo Falzone renvoie au public est « lui-même qui l’a fabriquée », faisant référence aux vidéos où il se montre roulant à grande vitesse. Il réfute l’idée qu’il s’agirait d’un « malheureux » accident de la route et conclut : « Non, ce dossier ne relève pas du tribunal de police ! »
L’avocat des parties civiles évoque ensuite l’intention homicide en se référant à la jurisprudence de la Cour de cassation. Selon celle-ci, lorsqu’on agit pour provoquer la mort, cela suffit à établir l’intention meurtrière. (Arrêt du 6 novembre 2019 : « L’auteur de l’acte, sans rechercher absolument les conséquences de son acte, posé en connaissance de cause, était conscient que cet acte pouvait entraîner la mort et a accepté cette éventualité. »)
Il continue : « Est-ce que le fait d’agir comme l’on a agi de manière consciente ne peut pas mener inévitablement aux conséquences ? Est-ce que cela peut mener à une autre circonstance que ce qui est advenu ? »
Me Mayence note que la défense de Paolo Falzone insiste sur le fait qu’il n’a pas foncé « délibérément » sur la foule, qu’il n’a pas « voulu » cela. Toutefois, pour les parties civiles, et selon la jurisprudence qu’elles citent, le fait de foncer « avec conscience des risques » suffit à établir le meurtre.
Il ajoute : « Bouge-toi, j’arrive ! Je n’en ai rien à faire de cette foule. » En outre, il affirme que « l’avant, le pendant et l’après (le choc) » confirment l’intention d’homicide. L’avocat rappelle que certaines déclarations de l’accusé révèlent qu’il a observé le groupe à 200, 250 mètres avant l’impact, et le rapport de l’expert confirme cela. Me Mayence précise que si l’accusé avait freiné à pleine capacité à 105 mètres, il aurait atteint la foule à 33,76 km/h et n’aurait pénétré le groupe que sur 3,96 mètres.
Il se montre insistant face au jury : « Quand Me Discepoli (l’avocat de Paolo Falzone) vous dit qu’il a freiné d’urgence, à fond, c’est faux ! […] Et comment expliquer qu’il ne freine pas ? Eh bien parce que pour lui, c’est : ‘Bouge-toi, j’arrive !’ […] Ça veut dire ‘Je n’en ai rien à faire de cette foule’. » De plus, il souligne que Paolo Falzone a caché l’existence de la vidéo qu’il filmait au moment des faits, jusqu’à trois mois après le drame. Me Mayence argue également sur la possibilité pour le conducteur de réaliser une manœuvre d’évitement en apercevant le groupe, une seconde et 19 centièmes avant l’impact, en lançant : « Aller dans un mur, que sais-je ? ». Il soutient qu’il « décide de traverser la foule en toute connaissance de cause ».
L’avocat insiste également sur les déclarations de l’accusé lors de ses auditions, où il affirme : « Je pense avoir vu les gens à une distance de 200, 250 mètres. » Et il conclut : « Vous voyez des gens au sol et vous continuez à rouler ! ». Sur l’intention homicide : « Et on voudrait nous dire que c’est de la négligence ? »
L’avocat aborde ensuite le cas de Frédéric D’Andrea, que le conducteur a franchi après un freinage, affirmant que Paolo Falzone n’avait aucune autre raison de freiner, puisqu’il a toujours prétendu ne pas avoir vu la victime. Cependant, Me Mayence soutient que c’est une preuve qu’il a bel et bien observé Frédéric D’Andrea au moment opportun, car c’est précisément le moment où il a freiné : « 29 témoins l’ont vu freiner ! ».
Pour résumer : « La préméditation, c’est laisser à l’auteur le choix de renoncer. » Me Mayence fait valoir que le conducteur avait 22 secondes pour réfléchir et qu’il a pris une décision consciente : « La préméditation est évidente. »
Concernant le cas de Frédéric D’Andrea, l’avocat fait aussi appel à la reconstitution pour rappeler que les deux personnes qui ont traversé le pare-brise ont laissé suffisamment d’espace pour que le conducteur puisse voir qu’il avait une victime sur son capot. Il mentionne les images de la reconstitution montrant le costume de la victime sur la voiture et souligne que Paolo Falzone a ensuite été capable de tourner dans une rue adjacente, prouvant ainsi qu’il les voyait.
Me Mayence aborde également le moment où l’accusé ne pouvait pas sentir qu’il passait sur le corps de la victime, en se référant aux déclarations de l’expert, qui a souligné que la voiture a franchi « des petites bosses ».
Il évoque le cas d’Antonino Falzone en questionnant : « Comment a-t-il pu rouler 1,2 km sans demander : ‘Mais qu’est-ce que tu fais ?' ». Selon Me Mayence, Antonino est coupable de non-assistance à personne en danger : « Il n’a rien dit, mais il n’a eu aucun geste pour tous ces gens, pas une parole. »
L’avocat mentionne également la vidéo où Antonino Falzone se dépoussière après que la voiture s’est arrêtée, la qualifiant de « vidéo de la honte, la vidéo de la lâcheté ! », en rappelant que le second accusé n’a appelé personne à l’aide. Pour conclure, il affirme : « Je crois que ceux qui parlent d’accident sont ceux qui n’ont pas mis un pied dans cette salle d’audience. Pour toutes les personnes qui sont ici, les choses sont évidentes. »
Les autres avocats de parties civiles, comme Me D’Agristina, interviennent pour réagir à la défense, réfutant les cas de jurisprudence invoqués, arguant qu’ils n’ont rien à voir avec ce procès. Elle dit : « Oui, je le dis et je le redis que sa volonté était de traverser la foule et de faire une belle vidéo », en précisant que le conducteur, à cette vitesse, ne pouvait pas « ne pas regarder la route » pour éviter les obstacles. Elle conclut en revendiquant qu’il n’existait pas d’effet de surprise lors de l’impact.
Me Gelay, un autre avocat, aborde lui aussi l’absence de freinage et les mensonges de Paolo Falzone, qui prétend avoir « pilé sur le frein ». Il souligne que de nombreux témoignages contredisent cette affirmation. Me Gelay s’intéresse aussi au cas de Frédéric D’Andrea, en faisant remarquer que si l’accusé avait maintenu son freinage, il aurait évité de passer sur le corps de la victime.
Il interpelle le jury en questionnant si c’est facile de franchir une victime de 60 cm de plus que sa corpulence, rappelant que des témoins ont observé les roues patiner avant de franchir le corps, ce qui fait naître un doute sur l’innocence de l’accusé.
En dernier lieu, le premier avocat général annonce qu’il répliquera aussi, puis la parole sera donnée à la défense pour des contre-arguments. Les derniers mots reviendront aux accusés mercredi matin avant que le jury ne se retire pour répondre à plus de 300 questions. Le verdict est attendu au plus tôt jeudi soir.

