Océan : « Le continent de plastique, six fois la France, les nanoplastiques »
La gigantesque accumulation de déchets dans les océans, repérée pour la première fois par le navigateur Charles Moore en 1997, est désignée par des appellations telles que « le 7e continent » et « le vortex ». Les stocks de plastique dans les océans n’arrêtent pas d’augmenter et on a un lien direct entre l’augmentation de la production de plastique et celle de la pollution dans l’environnement.
« Le 7e continent ». « Le vortex ». « Le gyre de plastiques ». Ces termes désignent tous le même phénomène : l’énorme accumulation de déchets dans les océans. Cette situation a été découverte pour la première fois par le navigateur Charles Moore en 1997, qui a été surpris de trouver des plastiques si loin des côtes. Sa découverte a engendré de nombreuses recherches sur les plastiques dans l’océan.
Jean-François Ghiglione, chercheur au CNRS au Laboratoire d’océanographie microbienne, propose un état des lieux près de trente ans après cette découverte. Tandis qu’un plan d’actions contre les déchets en mer vient d’être annoncé par le gouvernement, la communauté scientifique mise davantage sur un traité mondial concernant les plastiques.
**Comment peut-on décrire ce continent de plastique ?**
J’ai eu l’opportunité de participer à une expédition dans le Pacifique Nord, l’un des cinq gyres, il y a quelques années. Ce phénomène n’est pas perçu comme un continent où l’on pourrait marcher, mais plutôt comme une soupe de microplastiques. Les concentrations dans le gyre du Pacifique Nord sont comparables à celles que l’on retrouve en Méditerranée, zone où je travaille.
Les cinq zones des gyres du Pacifique Nord, du Pacifique Sud, de l’Atlantique Nord, de l’Atlantique Sud et de l’Océan Indien, équivalent à six fois la taille de la France. Ces zones affichent des concentrations de plastiques non homogènes, mais considérables. Elles agglomèrent également du bois et des algues, ainsi que du plastique, visible jusqu’à dix mètres de profondeur.
Pour rappel, les macrodéchets désignent ceux qui mesurent plus de 2,5 cm, les mésoplastiques ceux entre 2,5 cm et 5 mm, et les microplastiques ceux entre 5 mm et 1 mm. En dessous d’1 mm, on parle de nanoplastiques. Nous avons constaté que les grands microplastiques sont en réalité minoritaires comparés aux microplastiques plus petits, invisibles à l’œil nu, jusqu’aux nanoplastiques.
**Les microplastiques et nanoplastiques sont-ils alors les déchets les plus problématiques ?**
Oui, et nous réalisons désormais que nous nous sommes trop concentrés sur les zones où les concentrations sont les plus élevées, tandis que les microplastiques sont présents partout. Ils ont même été découverts dans la fosse des Mariannes, la partie la plus profonde du monde, qui dépasse 10 000 m de profondeur.
De même, des animaux prélevés dans des zones profondes révèlent la présence de plastique. Nous sommes face à une pollution beaucoup plus diffuse que ce que nous pensions lorsque Charles Moore a sonné l’alerte en 1997 en évoquant le « 7e continent ».
Des études récentes ont montré que si tous les nanoplastiques des océans étaient réunis, leur masse serait même supérieure à celle des macrodéchets. Cela modifie totalement notre perception du problème.
Nous pensions que les plastiques qui se retrouvaient en mer résultaient de déchets mal gérés, mais ce n’est pas la seule cause. L’utilisation courante du plastique, comme la manipulation d’une bouteille en plastique ou la conduite d’une voiture, produit des milliards de nanoplastiques. À chaque utilisation de plastique, nous en générons. Aujourd’hui, nous savons que les plastiques en usage sont responsables de la majorité de la pollution.
**À la lumière de ces nouvelles connaissances, quel est le message de la communauté scientifique ?**
Les quantités de plastique dans les océans continuent d’augmenter, et il existe un lien direct entre l’accroissement de la production de plastique et l’augmentation de la pollution dans l’environnement. La seule solution est de réduire la production de plastique, et au moins 110 pays soutiennent cette initiative. Les scientifiques espèrent que le traité mondial sur le plastique sera effectif, tout en étant conscients des enjeux géopolitiques.
Les plastiques sont désormais présents dans notre corps, à travers toutes les chaînes alimentaires. Autrefois, on hésitait à évoquer les effets sur la santé humaine, car les tests étaient principalement effectués sur des animaux. Aujourd’hui, des problèmes de circulation sanguine, donc de pression artérielle, et des troubles neurologiques ont été démontrés chez l’homme.
Actuellement, la moitié de nos déchets sont envoyés vers des pays, notamment africains, que l’on pourrait qualifier de « pays poubelles ». Cependant, sur cet aspect, des progrès sont observés, car de plus en plus de ces pays instaurent des conventions pour interdire le trafic de déchets.

