Thomas Piketty propose un revenu universel de 5000 euros mensuels.
Le « Rapport sur la justice mondiale » propose de diminuer le temps de travail par deux, soit d’environ 2100 heures travaillées par an aujourd’hui à 1000 heures en 2100. À l’horizon 2100, les auteurs imaginent un monde où le revenu moyen convergerait vers environ 5000 euros brut par mois dans tous les pays.
Le Rapport sur la justice mondiale est présenté comme une fiction scientifique, un projet utopique clairement défendu par ses auteurs. Il résulte de deux années de travaux menés par environ quarante chercheurs internationaux, aboutissant à une proposition de transformation de l’économie mondiale. Ce travail part d’un constat : sans un modèle alternatif, des régions comme l’Inde, l’Afrique et l’Amérique latine s’enrichiraient en suivant le même schéma que celui de l’Europe et de l’Amérique du Nord, entraînant une augmentation des émissions de carbone et une trajectoire de réchauffement climatique qui pourrait dépasser 4°C d’ici 2100.
La question centrale est : comment redéfinir la notion de prospérité afin de limiter le réchauffement à 1,8 degrés d’ici 2100 ? Le Rapport sur la justice mondiale propose une réponse articulée autour de quatre dimensions :
1. La redistribution à l’échelle mondiale.
2. Une réforme approfondie de l’ordre financier et économique international.
3. Une transformation radicale des systèmes énergétiques.
4. Des modifications substantielles des modes de consommation.
### Proposition de réduction du temps de travail
Le scénario élaboré par le rapport repose sur trois piliers :
1. **Premier pilier** : une décarbonation rapide de l’économie mondiale, qui inclut la sortie progressive des énergies fossiles, une électrification massive des usages et des investissements dans des infrastructures à faibles émissions de carbone, représentant 3 à 4 % du PIB mondial par an (soit environ 4000 milliards de dollars par an).
2. **Deuxième pilier** : ce que les auteurs appellent la « suffisance ». Ils estiment que la transition écologique ne pourra pas se fonder uniquement sur les technologies, mais qu’elle nécessite une réduction de l’empreinte matérielle des économies. Cela inclut une réorientation vers des secteurs peu consommateurs de ressources, comme l’éducation et la santé, avec une diminution drastique du temps de travail, passant d’environ 2100 heures par an aujourd’hui à 1000 heures en 2100.
3. **Troisième pilier** : la réduction des inégalités, jugée essentielle pour garantir la transition, nécessitant un financement des investissements climatiques.
### L’impôt mondial sur la fortune
Le Fonds mondial pour la justice, co-dirigé par Thomas Piketty, constitue la pierre angulaire de cette initiative. Son objectif est d’assurer des chances de développement équitables parmi tous les pays, en redistribuant l’équivalent d’environ 10 % du PIB mondial chaque année.
Pour atteindre cet objectif, un impôt mondial sur la fortune a été proposé, pouvant aller jusqu’à 20 % pour les milliardaires, et un impôt sur les très hauts revenus pouvant atteindre 90 %. Les revenus générés seraient majoritairement réinvestis dans un grand fonds souverain mondial, dont les rendements devraient à terme dépasser les recettes fiscales d’ici 2100.
À cet horizon, les auteurs envisagent un monde où le revenu moyen atteindrait environ 5000 euros brut par mois, contrastant avec les 290 euros en Afrique subsaharienne et les 4590 euros en Amérique du Nord aujourd’hui. De plus, ils supposent que les 50 % les plus pauvres détiendraient près d’un tiers du patrimoine mondial, contre seulement 2 % actuellement.
### Nécessité d’une coopération internationale
Cette vision nécessite bien sûr une coopération internationale sans précédent. C’est l’un des plus grands défis : comment persuader les États de participer à un impôt mondial sur les grandes fortunes tout en évitant la fuite des capitaux ? Les auteurs admettent que les ultrariches chercheront à contourner le système. Ils proposent de commencer avec une coalition volontaire de pays et d’imposer des droits de douane aux États qui s’y opposeraient, tout en reconnaissant qu’une telle démarche exigerait une refonte profonde des institutions internationales. Selon eux, l’obstacle majeur n’est pas technique, mais réside dans le choix politique et l’effort nécessaire pour construire une coalition autour de ce nouvel ordre économique.

