France

Affaire Lyhanna : Réunion tendue pour des réponses sur Lecornu

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a réuni ce mardi matin une poignée de ministres pour décider de nouvelles mesures pour la protection des enfants et contre les violences sexuelles. À Paris, 1.700 personnes se sont rassemblées près du palais de justice de l’île de la Cité, et 1.200 place Vendôme devant la Chancellerie.


La colère de milliers de manifestants, lundi soir, à propos du rôle des autorités dans l’affaire de Lyhanna, a résonné jusqu’au sommet de l’État. Le Premier ministre Sébastien Lecornu rassemblera ce mardi matin un groupe de ministres pour décider de nouvelles mesures visant à protéger les enfants et lutter contre les violences sexuelles. Il recevra à 11h30 à Matignon les membres de son gouvernement concernés par la question, notamment ceux de l’Intérieur, de la Justice, de la Santé, de l’Éducation nationale et de l’Égalité. Dans une lettre rendue publique lundi soir, le chef du gouvernement a exprimé son « effroi » et son « incompréhension concernant les circonstances » entourant le décès de l’enfant de 11 ans dans le Gers, tout en soulignant les défaillances du système judiciaire.

Le principal suspect, Jérôme B., avait déjà fait l’objet de plusieurs plaintes et signalements pour viol sur mineures. Certaines avaient été classées sans suite, mais l’une d’elles, déposée en août 2025, n’avait pas fait l’objet d’enquêtes assez rapides. Il n’avait donc ni été entendu ni placé en garde à vue. Parmi les sujets qui seront abordés à Matignon ce mardi figurent « l’aggravation des peines en cas de viols sériels, la modification des règles de prescription, l’information des victimes tout au long de la procédure ou encore la nécessité de motiver les décisions de classement sans suite concernant les crimes et délits sexuels », d’après le courrier du Premier ministre.

Le conseil restreint a pour mission de trancher sur les mesures devant être intégrées à un projet de loi sur la protection de l’enfance, qui a déjà été présenté en Conseil des ministres il y a dix jours et que le gouvernement compte soumettre à l’étude du Parlement en juillet. « Il y a un ensemble de réponses à apporter, et les questions législatives se posent », a déclaré lundi soir sur LCI Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement. Même si « tout ne se règle pas avec des projets de loi », a relevé la ministre, partageant la « tristesse et la colère […] des Français » qui s’expriment « depuis plusieurs jours ».

Des rassemblements se sont tenus lundi devant de nombreux tribunaux à travers la France. Selon la préfecture de police, à Paris, 1.700 personnes se sont réunies près du palais de justice de l’île de la Cité, et 1.200 place Vendôme, devant la Chancellerie. De nombreuses associations féministes et de protection des enfants, dont NousToutes, la Fondation des femmes, Face à l’inceste, et le Collectif Féministe contre le viol, avaient appelé à se rassembler en début de soirée devant les tribunaux de plus de 160 villes.

À Agen (Lot-et-Garonne), où le parquet est chargé de l’enquête sur Lyhanna, plus d’un millier de personnes, y compris des enfants, s’étaient rassemblées devant le palais de justice. Cette mobilisation fait monter la pression sur le gouvernement, alors que des sénateurs doivent auditionner ce mardi matin le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez et le garde des Sceaux Gérald Darmanin, qui a exclu toute démission.

« Il ne nous a manqué ni de moyens, ni de lois, il nous a manqué de prioriser des viols sur les mineurs », a insisté le ministre lors d’une conférence de presse après une réunion avec les procureurs généraux. Il a demandé à ces hauts magistrats de « reprendre l’intégralité des plaintes qui touchent les enfants », soit environ 70.000 d’ici le 14 juillet.

Le décès de Lyhanna s’est également invité dans la campagne présidentielle, les candidats potentiels ou déclarés se divisant sur les réponses à apporter. Notamment en ce qui concerne les moyens alloués à la justice ; les crédits affectés à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles « seront préservés » dans le budget 2027, a souligné Sébastien Lecornu. Les débats portent aussi sur la responsabilité des magistrats et sur les éventuelles lois à faire adopter pour mieux protéger les victimes.

Des députés, soutenus par la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, ont également sollicité un examen rapide d’un autre texte de loi transpartisan, d’initiative parlementaire, pour « lutter de manière intégrale contre les violences sexistes et sexuelles ». Dans le sillage de Yaël Braun-Pivet, Sébastien Lecornu a annoncé que ce texte serait soumis « dans les prochains jours » au Conseil d’État pour avis, « même si » les dispositions qu’il contient « n’auraient probablement pas pu éviter le drame de la petite Lyhanna », précise Matignon.