Le petit-déjeuner est-il vraiment le repas le plus important ?
Plus de trois Français sur dix affirment ne pas manger le matin en semaine, se contentant au mieux d’une boisson, d’après une étude issue de l’Observatoire Cetelem. Selon une étude dirigée par l’Inrae, une première prise alimentaire plus tardive, par exemple liée au saut du petit-déjeuner, est associée à un risque plus élevé de maladie cardiovasculaire.
« Il ne faut pas partir le ventre vide. » Cette recommandation, souvent entendue par de nombreux adultes, et encore plus par les enfants et adolescents, suscite des interrogations sur sa validité. Cela devient une question cruciale quand on constate que plus de trois Français sur dix affirment ne pas prendre de petit-déjeuner en semaine, se contentant souvent d’une boisson, selon une étude de l’Observatoire Cetelem. À l’occasion de la Journée nationale du petit-déjeuner, 20 Minutes explore ce sujet délicat.
Le professeur Bernard Srour, chercheur en épidémiologie à l’Inrae, affirme d’emblée que la notion selon laquelle le petit-déjeuner est le repas le plus important relève d’un fantasme ancré depuis des décennies, alimenté par l’industrie agroalimentaire. Cependant, il précise : « Je ne dis pas que le petit-déjeuner n’est pas important. C’est plus compliqué, et la réponse n’est pas binaire. »
Selon Le Petit Robert, le petit-déjeuner est défini comme « le premier repas de la journée, pris le matin ». Ainsi, ce repas est généralement reconnu comme matinal, bien que l’on puisse rompre le jeûne à d’autres moments. Pour mieux comprendre la valeur de ce repas, il est essentiel d’examiner les apports énergétiques journaliers. Anne Guillot, diététicienne et nutritionniste, explique que les recommandations suggèrent que le petit-déjeuner devrait représenter environ 25 % des apports quotidiens, le reste étant réparti entre les deux autres repas. Par conséquent, le repas le plus important en termes d’apports est le déjeuner. « Si on ne prend en compte que ces données, on peut imaginer qu’il n’est pas le repas le plus important et que certains peuvent le sauter », poursuit-elle, tout en ajoutant que certaines populations, comme celles pratiquant une activité physique intense ou les enfants et adolescents, devraient veiller à ne pas s’en priver.
La chrononutrition, une approche scientifique plus récente, pourrait influencer les habitudes autour du petit-déjeuner. Plutôt que de se concentrer sur les apports, cette méthode met l’accent sur l’adaptation des repas aux rythmes biologiques. Bernard Srour souligne l’importance de maintenir ce système synchronisé, où la lumière et l’alimentation jouent un rôle clé. « Les études montrent depuis une quinzaine d’années que l’horaire des prises alimentaires est un facteur déterminant de la santé métabolique et de la santé mentale », dit-il.
« On commence à comprendre que l’idéal est de pouvoir manger à des horaires qui correspondent à nos rythmes biologiques », ajoute-t-il. La plupart des gens, étant actifs le matin (chronotype matinal), bénéficieraient d’un repas pris tôt, au moment où leur corps se réveille. De plus, le matin, la sensibilité à l’insuline augmente, rendant l’organisme plus tolérant au sucre. Une étude de l’Inrae, impliquant plus de 100.000 participants, a également établi un lien entre un petit-déjeuner matinal et un risque cardiovasculaire réduit. « Une première prise alimentaire plus tardive, par exemple due au saut du petit-déjeuner, est associée à un risque plus élevé de maladie cardiovasculaire », précise l’étude.
Les personnes ayant un chronotype nocturne, bien que moins nombreuses, doivent-elles suivre ces mêmes conseils ? Le chercheur explique qu’elles pourraient avoir un risque accru de certaines maladies, mais souligne que ce n’est pas nécessairement leur chronotype qui les désavantage, mais plutôt leur adaptation à un mode de vie favorisant les chronotypes matinaux. Il insiste sur l’importance d’écouter les besoins de son corps, notamment en se questionnant sur son rythme alimentaire, surtout durant le week-end.
Ne pas se forcer à manger et écouter son corps est également conseillé par Anne Guillot. Elle évoque des « signaux » à ne pas ignorer, précisant que ceux qui ressentent des fringales vers 10h « ne devraient pas se priver de petit-déjeuner », car cela pourrait les exposer aux tentations d’encas malsains. Elle ajoute qu’il ne faut pas être trop strict avec soi-même : « Certains pensent qu’ils ne déjeunent pas le matin par manque de faim, alors qu’ils ressentent bien une sensation de faim. » Cela peut entraîner une habituation de leur corps à ne pas manger, diminuant ainsi leur sensation de faim. En conclusion, le petit-déjeuner est un repas important… en fonction des besoins de chacun.

