Roland-Garros 2026 : Cinq sets pour les femmes, « impossible en frappant comme des mules »
Maja Chwalinska et Mirra Andreeva s’affrontent pour une finale inédite à Roland-Garros. Justine Hénin estime qu’allonger la durée des matchs à partir d’un certain stade de la compétition pourrait libérer les joueuses qui découvrent ce niveau.

De notre envoyé spécial à Roland-Garros,
Samedi, Maja Chwalinska et Mirra Andreeva s’affronteront pour une finale inédit à Roland-Garros, promettant un spectacle de qualité et un suspense certain. Cependant, il est possible que, comme d’autres finales précédentes, celle-ci soit expéditive, ce qui serait redouté à la fois par les spectateurs et les diffuseurs, notamment lors des rares soirées où des joueuses s’affrontent. Toutefois, il s’agit d’une finale, ce qui ne permet pas de second essai.
Il existe une solution que l’on pressent : organiser les matchs féminins en cinq sets. Le directeur de l’Open d’Australie, Craig Tiley, avait été le premier à relancer ce débat en début d’année, notant que les matchs du tableau féminin ne pouvaient rivaliser en durée avec ceux des hommes.
« Nous devrions envisager les derniers matchs – quarts, demi-finales et finales – et passer à trois sets gagnants, a déclaré Tiley. C’est quelque chose que nous devrions discuter avec les joueuses, car certains matchs de ces derniers tours auraient été fascinants s’ils s’étaient joués en cinq sets. »
Lorsque les finales du Masters se jouaient en cinq sets
Avant Roland-Garros, Amélie Mauresmo avait également exprimé son opinion en parlant de son expérience. « Je pense que tout le monde en sortirait grandi si on parvenait à mettre ça en place. En tant que joueuse, lors de ma première finale du Masters, j’étais déçue qu’elle ne se joue pas en cinq sets. Je souhaitais vivre cette expérience. »
Un rappel est nécessaire : de 1984 à 1998 (inclus), la finale du tournoi désormais connu sous le nom de WTA Finals était effectivement disputée en cinq manches, offrant des duels mémorables, comme celui entre Sabatini et Seles en 1990, qui avait duré 3h47 (4-6, 7-5, 6-3, 4-6, 2-6), ou encore deux victoires de Steffi Graf. En revanche, Amélie Mauresmo a atteint la finale pour la première fois en 2003 (défaite 6-2, 6-0 contre Kim Clijsters), bien qu’elle ait participé à son premier Masters en 1999.
Une préparation et une gestion de l’effort différentes
Justine Hénin ressent la même frustration que Mauresmo : la consultante de France Télévisions aurait souhaité connaître les trois sets gagnants. « J’aimerais relever ce défi, car j’apprécie quand il y a des éléments qui nous poussent plus loin. Avoir la possibilité d’être au bord du précipice et de pouvoir encore changer le cours des choses, c’est important. »
Étonnamment, les joueuses actuelles semblent moins désireuses d’explorer de nouvelles perspectives que leurs prédécesseures. Au début du tournoi, Elsa Jacquemot avait du mal à envisager un match marathon par une chaleur écrasante. « Je pense que nous sommes déjà bien. Avec la chaleur, c’est compliqué, nous risquons des crampes. Deux sets gagnants, c’est suffisant pour nous. » Diane Parry a également abordé le sujet après sa victoire au second tour contre Kalinina. « Cela signifierait travailler davantage sur le plan physique, se préparer différemment, donc adapter beaucoup de choses dans l’entraînement. »
La manière de jouer devrait également s’ajuster, comme le note Camille Pin, consultante pour Prime Video.
« Pour toutes les filles puissantes, envisager un passage à trois sets gagnants est une réflexion à avoir. J’ai entendu certaines dire »nous ne pouvons pas ». C’est vrai qu’en frappant très fort pendant une heure et demie, ce ne sera pas faisable. Les matchs en cinq sets avantagent les joueuses physiques dans la gestion, tandis que ceux en deux sets gagnants mettent en avant les joueuses explosifs. »
Sabalenka favorable, Gauff « indifférente »
Accepter cette option implique aussi de modifier les dynamiques de jeu. Un risque que certaines ne sont pas prêtes à prendre, à l’exception de celles qui pourraient en bénéficier, comme Aryna Sabalenka. « Je pense que j’aurais probablement remporté plus de Grand Chelems [avec ce format], a-t-elle déclaré plus tôt cette année. Je me sens physiquement forte et je suis confiante sur ma capacité à gérer cela. Donc, faisons-le. »
Parmi les opposants, Coco Gauff n’est pas totalement contre l’idée des cinq sets, se sentant même « indifférente » à leur sujet. Toutefois, elle critique l’entre-deux proposé par Tiley et Mauresmo. « Si nous passons au meilleur des cinq sets, alors tout le tournoi devrait être en cinq sets. Il ne devrait pas être question de dire : »Oh, nous commencerons à cinq sets en quarts de finale ». Je trouve que les règles d’un tournoi doivent être cohérentes tout au long de la compétition. »
Cinq sets pour « libérer les joueuses qui découvrent » la finale
Justine Hénin voit au contraire un intérêt à prolonger la durée des matchs durant les phases avancées de la compétition, notamment pour les finales. « Lors d’un tournoi, il y a des joueuses surprises qui découvrent ces moments. Les finales de Grand Chelem sont souvent des découvertes, et en deux sets gagnants, on n’a même pas le temps de s’installer dans le match, ça peut aller très vite. Je pense que cela pourrait libérer un peu les joueuses en phase de découverte dans ce stade de la compétition. » Comme Maja Chwalinska, par exemple ? La Polonaise reste jusqu’ici imperméable à la pression du court Philippe Chatrier, mais qui sait ce qui se passera dans son esprit le jour de la finale. En attendant une éventuelle introduction des trois sets gagnants, il faut veiller à ne pas perdre trop de temps à rêvasser.

