Roland-Garros : Chwalinska s’est mise à jouer comme jamais
Maja Chwalinska, finaliste du tournoi féminin, doit affronter la Néerlandaise Suzan Lamens au dernier tour des qualifications à Roland-Garros. Le 4 juin 2026, elle célèbre sa victoire contre la Russe Diana Shnaider en demi-finale.
De notre envoyé spécial à Roland-Garros,
Quel est vraiment le secret du tennis ? Mercredi 20 mai, en plein milieu des qualifications. Maja Chwalinska, la finaliste inattendue de ce tournoi féminin, joue aux cartes avec son équipe dans le hall de l’hôtel. À ses côtés, son entraîneur, ressemblant à John Hammond dans Jurassic Park, Jaroslav Machovsky, le médecin qui a sauvé son genou il y a quelques années, Jan Paradowski, et le mentor qui l’encadre depuis l’âge de 10 ans, Piotr Szczyoka. Tous affichent une certaine inquiétude : leur protégée doit affronter en dernière manche la Néerlandaise Suzan Lamens, une experte des qualifications : cinq tours gagnés successivement pour accéder au tableau principal en Grand Chelem, série en cours.

« J’avais prié pour qu’elle affronte une autre joueuse. Je me suis dit « pourquoi elle ? », c’est le tirage le plus difficile qu’on pouvait envisager », raconte Piotr à 20 Minutes. « Maja était également très nerveuse, elle voulait tant entrer dans le grand tableau à Roland, sur sa surface de prédilection. Je l’ai vue se crisper souvent à la fin des matches parce qu’elle avait peur. » Cela se comprenait. Deux semaines plus tard, Lamens reste l’adversaire qui lui a le plus pris de jeux, onze, tout comme la Grecque Maria Sakkari. Les autres n’ont pas encore saisi ce qui leur est arrivé. Une tornade qui balaye le terrain de gauche à droite, avec une capacité d’adaptation sans égal sur le circuit féminin.
« Elle joue mieux que jamais, je ne sais pas ce qui se passe, peut-être qu’elle ne réfléchit tout simplement pas, plaisante celui qui l’a découverte enfant dans le village de Miechow, près de Cracovie. La pression des points, de l’argent qui entre, elle continue de progresser comme si rien ne pouvait lui arriver. »
Quand l’aventure a-t-elle vraiment pris forme, au sein du clan ? Probablement après ce premier tour remporté avec facilité contre Zheng Qinwen, championne olympique ici en 2024. Quatre jeux laissés en route, et un sentiment que quelque chose est en train de se passer. Il faut alors faire face à des imprévus : la jeune femme de 24 ans n’a pas assez d’argent sur son compte pour prolonger le séjour de tout le monde à l’hôtel. Ses parents, un couple d’ouvriers, son père électricien et sa mère secrétaire, ont pris des vacances spécialement pour assister à la première participation de leur fille à un Grand Chelem.
Une annonce pour se loger en Australie
Cela ne constitue malheureusement rien de nouveau pour Chwalinska et son équipe. Un post Facebook de Piotr Szczyoka a refait surface sur Internet. Il y lance un appel désespéré pour trouver un logement pour sa joueuse avant l’Open d’Australie 2023, alors que les qualifications approchent et qu’il est incapable de trouver d’hôtels abordables. Ils ont été hébergés par « des personnes très sympathiques, se souvient-il. Nous y retournons chaque année depuis. » Ému, il confie à nos confrères polonais : « J’ai frôlé la dépression nerveuse à cause de l’argent. Je voulais simplement ne plus avoir à mendier des aides ici et là pour financer sa carrière. » Avec déjà 1,4 million d’euros de gains garantis, et peut-être le double en cas de victoire dimanche, le problème semble résolu. En attendant de percevoir cet argent, c’est la grande entreprise polonaise Oshee, également sponsor d’Iga Swiatek, qui prend en charge les frais.
Après la démonstration sur le Chatrier contre Diane Parry en huitièmes de finale, il faut à tout prix éviter le risque de melonite aiguë. La jeune femme coupe ses réseaux sociaux, et chacun s’efforce de maintenir les mêmes routines pour ne pas briser la dynamique. La même pizzeria chaque soir pour le staff, et de longs thés pour Maja, qui a même droit à une petite récompense : un chien en Lego que Piotr a cherché pendant des heures à Paris. « Je lui avais promis que je lui en achèterais un si elle passait le premier tour, et sa mère m’a dit qu’elle en méritait un plus gros, je vais peut-être retourner en acheter un pour la finale ! Maja est introvertie et assembler des Lego l’aide à libérer ses émotions de manière positive. »
Jeudi, avant l’échauffement de sa demi-finale, elle est submergée par l’attente populaire. Elle voit apparaître, un peu surprise, des dizaines (voire des centaines) de supporters polonais en rouge et blanc, partout dans un stade Philippe-Chatrier déjà conquis par la Polonaise. De nombreux compatriotes ont choisi d’acheter des places pour les demi-finales et la finale, persuadés d’assister aux exploits de Swiatek, quadruple lauréate à Roland. Ils ne regrettent pas leur choix.
Une popularité de plus en plus forte
« Elle a un style unique, elle ne se contente pas de frapper fort depuis le fond, elle réfléchit au meilleur coup pour mettre son adversaire en difficulté, c’est génial, s’enthousiasme Barbara, venue de Varsovie pour la demi-finale avec son mari Rafael. Tout le monde parle d’elle en Pologne, ils étaient tous jaloux que nous soyons là ! Malheureusement, nous devrons regarder la finale à la télévision. » David et Darius, eux, ont eu la chance : ils ont un billet pour samedi. « Quand nous avons vu Swiatek éliminée, nous avons été super déçus, et finalement, nous allons être témoins de l’histoire la plus folle du tennis polonais. Elle a rencontré des problèmes de dépression pendant sa jeunesse quand Iga a émergé, bien qu’elles appartiennent à la même génération et aient grandi ensemble, nous sommes tellement contents pour elle ! »
Peut-elle prolonger le conte de fées jusqu’à samedi soir, alors qu’elle se retrouve en finale face à Mirra Andreeva, une joueuse programmée depuis toujours pour atteindre ce niveau ? Son corps commence à lui faire défaut, comme l’a montré un entraînement très léger dans les allées de Roland vendredi après-midi, et Maja Chwalinska traîne une mauvaise grippe qui devenait de plus en plus évidente jeudi lors de la conférence de presse.
Plongée dans la Seine ou pas ?
Si elle réussit à égaler Emma Raducanu, seule joueuse issue des qualifications à avoir remporté un Grand Chelem en 2021 à l’US Open, ce sera alors le moment de reprendre son téléphone et de répondre aux offres de sponsors qui affluent, alors que la Polonaise a disputé son tournoi avec toutes sortes de marques de vêtements inimaginables sur elle. « Son tennis est incroyable, les joueuses en face ne savent pas comment l’affronter, je prie pour qu’elle parvienne à tenir encore un match. » Et peu importe si Piotr devra tenir cette promesse un peu folle : plonger en maillot dans la Seine. « Je l’ai dit, je le ferai, assure le gaillard. C’est juste dommage qu’il ne fasse pas aussi chaud à Paris. » Nous y serons pour voir cela.

