FranceSuisse

Incendie de Crans-Montana : Jessica Moretti accusée de faux document.

Jessica Moretti, propriétaire du bar incendié dans la nuit du Nouvel An dans la station de ski suisse de Crans-Montana, s’est vue notifier ce vendredi un nouveau chef d’inculpation, celui de faux dans les titres. Au total, 14 personnes sont placées sous investigation pénale pour « incendie par négligence, homicide par négligence et lésions corporelles graves par négligence ».


Jessica Moretti, la propriétaire du bar touché par un incendie durant la nuit du Nouvel An à Crans-Montana, en Suisse, a reçu ce vendredi un nouveau chef d’inculpation relatif à un faux dans les titres. Elle et son époux Jacques sont entendus aujourd’hui par les procureures en charge de l’affaire.

Cette audition, qui prend la forme d’une confrontation, se déroule à Sion, dans le canton du Valais, avec la présence des avocats des différentes parties, qui ont également la possibilité d’interroger le couple propriétaires du Constellation, où l’incendie a causé la mort de 41 personnes et blessé 115 autres.

Les premiers éléments de l’enquête indiquent que l’incendie a été causé par des étincelles de bougies « fontaine » ayant enflammé la mousse insonorisante au plafond du sous-sol du bar. Au total, 14 personnes font l’objet d’une enquête pénale pour « incendie par négligence, homicide par négligence et lésions corporelles graves par négligence ».

Concernant le nouveau chef d’inculpation, Jessica Moretti a été mise en prévention pour une « fausse facture ». « Pas n’importe quelle facture en plus, une facture en lien avec la provenance de la mousse », a précisé aux journalistes maître Romain Jordan, l’un des avocats des parties civiles. Maître Nicolas Mattenberger, autre avocat des parties civiles, a noté que le document produit dans le cadre de l’enquête semblait suspect. Maître Christophe de Galembert a soulevé de nombreuses interrogations sur cette facture : « Qui a acheté la mousse, quand elle a été achetée, quel est le fournisseur ? » Il a déploré le manque de réponses et l’inertie observée durant ces auditions.

Les Moretti sont arrivés à 8 heures (06h00 GMT) dans un véhicule de police banalisé et ont accédé à l’auditorium par une entrée distincte, sans répondre aux questions des journalistes. Leurs avocats ont également gardé le silence. Les familles des victimes et les rescapés ont la possibilité d’assister aux auditions.

Laetitia Brodard-Sitre, dont le fils de 16 ans a perdu la vie dans le drame, a été présente à cette audience, vêtue de blanc et portant une photo de son fils Arthur. Elle a exprimé sa colère, déclarant : « Sans le savoir, nous avons mis nos enfants dans un établissement qui n’était pas aux normes au niveau sécuritaire. » Elle a déploré que les Moretti « sont dans la victimisation » pendant l’audition. « Comment voulez-vous qu’on réagisse à cela, nous les parents, qui chaque jour, allons sur la tombe de nos enfants ? » a-t-elle ajouté.

Après des auditions séparées en février, les Moretti comparaissent pour la première fois depuis. L’audition de Jacques Moretti, prévue le 7 avril, avait été reportée après la soumission de certificats médicaux par ses avocats. De nombreux avocats des parties civiles ont noté que le couple avait largement eu le temps de se concerter avant l’audience commune de ce vendredi. « C’est un couple qui fait ménage commun, on est à l’Everest de la collusion. […] Il y a de fortes chances que le récit soit accordé », a fait remarquer maître Gilles-Antoine Hofstetter.

Les deux propriétaires ont été entendus à deux reprises depuis le début de l’enquête pénale les ciblant. Jacques Moretti a été placé en détention provisoire le 9 janvier, puis libéré le 23 après le paiement d’une caution de 200.000 francs suisses (220.000 euros). Comme sa femme, il a ensuite fait l’objet de « mesures de contrainte ».

Parmi les 14 personnes visées par l’instruction pénale se trouvent plusieurs élus et employés actuels et anciens de la commune, dont les responsables ont reconnu juste après le drame l’absence de contrôles en matière de sécurité et d’incendie dans le bar depuis 2019. En plus d’établir les possibles responsabilités de la commune, l’enquête doit examiner les mesures de prévention incendie prises par les propriétaires et reconstituer le déroulement exact de l’incendie.

« On veut qu’ils reconnaissent leurs torts, leurs erreurs », a déclaré maître Didier Elsig, un autre avocat des parties civiles, tout en soulignant que cette confrontation intervient « bien tard ».