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Chaleur, humidité, orages : la Californie ne sort pas de la crise des assurances.

La situation en Californie est devenue intenable selon les victimes de catastrophes naturelles et les représentants des assureurs. Selon une enquête, « 90% des personnes affectées par les incendies de Los Angeles n’ont pas confiance dans le fait que leur assurance soit suffisante pour reconstruire leur maison ».


Pour comprendre les causes de la crise des assurances, une enquête a été menée. Elle a impliqué des victimes, des associations, des représentants d’assureurs et des politiciens. Bien que chacun ait une perspective différente sur cette crise et ses responsabilités, tous s’accordent sur un point : la situation en Californie est devenue insupportable.

La première étape de cette enquête a consisté à interroger les victimes de catastrophes naturelles, en particulier des incendies. L’année dernière, en janvier, des rues entières ont été détruites par l’incendie d’Eaton, qui a dévasté Altadena, au nord de Los Angeles. De même, l’incendie de Palisades a réduit le bord de mer en un amas de débris brûlés.

Lors d’une visite dans ces rues, il est remarquable de constater que les reconstructions avancent peu. Bien que quelques structures en bois émergent ici et là, de nombreux terrains restent abandonnés.

Devant l’une des rares maisons encore debout, nous rencontrons Claire Thompson et son mari Tim Swzarc. « Ce n’est pas parce qu’une maison semble intacte qu’elle est sûre », sourit Claire, notant notre étonnement. Elle désigne les planches qui bloquent les ouvertures et nous amène à la porte, où une notice indique « Interdiction d’entrer ». Ce document énumère tous les contaminants présents dans la maison, tels que le plomb, le cyanure, le béryllium et le lithium, à des niveaux extrêmement élevés.

Claire et Tim ont eux-mêmes financé les tests nécessaires après avoir pris connaissance des témoignages d’autres victimes d’incendie mettant en garde contre les retombées toxiques des matériaux brûlés. Le coût des tests s’élève à 21 000 dollars, une dépense que l’assurance refuse de rembourser.

Les victimes se sentent abandonnées. Claire s’indigne : « Ils nous ont donné un montant pour les travaux et le nettoyage, sans même regarder les tests. » Elle ajoute : « Ils pensent qu’un nettoyage superficiel suffit. » Ce constat est une déception pour celle qui s’attendait à ce que les assureurs les soutiennent dans cette épreuve. Désormais, ils doivent se battre pour obtenir une compensation suffisante pour assainir leur maison. « Un travail à temps plein », soupire Tim, en feuilletant les milliers de pages de leur dossier. Ils ne sont pas seuls dans leur désespoir.

« 90% des personnes affectées par les incendies de Los Angeles n’ont pas confiance dans le fait que leur assurance soit suffisante pour reconstruire leur maison », affirme Amy Bach, fondatrice de United Policyholders, une association de défense des assurés. Cette organisation a interrogé les victimes pour évaluer la qualité de leur prise en charge. Leur constat révèle une situation alarmante.

« Selon notre enquête, les personnes concernées sont sous-assurées en moyenne de 2500 dollars par mètre carré », explique Amy Bach. Cela est dû au coût des matériaux, souvent influencé par les taxes douanières. De manière plus surprenante, les conséquences des politiques d’immigration mises en place par l’administration Trump compliquent la situation. Face aux opérations de l’ICE, la main-d’œuvre des chantiers, souvent immigrée, est devenue plus rare. « Quand vous combinez tout ça, vous obtenez ce qu’on appelle la tempête parfaite qui impacte les victimes d’incendie. »

Les organisations de consommateurs pointent du doigt les compagnies d’assurances. « Je pense que les compagnies d’assurances sont responsables du fait que les contrats, en Californie, ne soient plus accessibles », accuse Carmen Balber, directrice de Consumer Watchdog, un groupe de défense des consommateurs à Los Angeles.

Elle veut mettre en lumière le montage financier qui protège les assureurs. « Le secret ? Les assureurs ne gagnent pas d’argent sur les transactions d’assurance », précise-t-elle. « Cela n’est qu’un bonus pour elles. Elles génèrent des bénéfices en investissant vos primes à Wall Street ou dans des obligations. Aujourd’hui, le secteur de l’assurance dispose de 1200 milliards de dollars de réserve. »

Les compagnies d’assurances semblent en difficulté. Toutefois, il est difficile d’obtenir leur point de vue. Évitant les médias, les assureurs sont réticents à s’exprimer. Nos sollicitations restent souvent sans réponse ou se heurtent à des refus polis. Seule la compagnie Farmers, le sixième assureur du pays, a dirigé nos demandes vers l’Institut d’information de l’assurance, un groupe financé par les compagnies elles-mêmes, qui offre une vision très différente. « Nous savons que, sur les dix dernières années, les compagnies ont déboursé 2 dollars en indemnités pour chaque dollar payé par les assurés », rappelle Janet Ruiz, représentante du groupe pour la Californie.

La situation est devenue difficile à soutenir : « Si elles ne peuvent pas gagner d’argent ou si elles risquent de perdre trop d’argent, elles devront partir. »

Les assureurs subissent de plein fouet la crise climatique et les catastrophes qui en découlent, mais ils sont également pénalisés par des lois adoptées en Californie il y a près de 40 ans. Stacy Korsgaden, ancienne courtière en assurance et candidate au poste de commissaire aux assurances de Californie, évoque une loi de 1988 qui limite la capacité des assureurs à ajuster leurs primes en fonction des risques. Ce cadre rend le marché plus difficile pour eux. « Ils disent que c’est difficile de faire des affaires en Californie, alors ils vont partir », alerte-t-elle.

Moins d’assureurs, ou du moins moins de polices d’assurance disponibles, signifie que les habitants doivent se tourner vers le Fair Plan. Ce dispositif est conçu pour les personnes vivant dans des zones à très haut risque d’incendie, et il ne couvre que les dommages liés aux incendies.

Le Fair Plan fonctionne comme une sorte de fonds commun, financé par toutes les compagnies, pour réduire les risques. Néanmoins, sa couverture n’est pas très satisfaisante et les remboursements sont souvent retardés. Avec l’augmentation du nombre de personnes couvertes, passant de 150 000 en 2019 à près de 700 000 cette année, soit une hausse de 347 %, ses ressources sont mises à mal.

« C’est devenu une soupape de sécurité pour les assureurs », déplore Carmen Balber. « Ils se sont débarrassés de leurs clients les moins rentables en les dirigeant vers le Fair Plan, pour protéger leur portefeuille. Ce qui nous met tous en danger. »

Les assureurs et les associations de défense des consommateurs s’accordent à dire que le commissaire aux assurances actuel, Ricardo Lara, n’a pas su résoudre les problèmes. Les compagnies d’assurances lui reprochent de ne pas leur donner suffisamment de flexibilité et d’avoir engagé des poursuites contre le géant de l’assurance, State Farms, accusé de retards ou de sous-paiements dans les demandes de ses clients.

La Californie réclame plusieurs millions de dollars à State Farms et menace de retirer sa licence d’assurance dans l’état. Pour Carmen Balber, cette posture n’est qu’un effet de façade : « Le commissaire s’est couché et a fait le mort à chaque menace de départ formulée par une compagnie d’assurances. »

En pire encore, Lara aurait enfreint la loi en permettant aux assureurs de faire financer par leurs clients les pertes du Fair Plan. « Les compagnies n’ont plus aucun scrupule à envoyer les gens sur ce Fair Plan : si elles peuvent faire financer son coût, pourquoi ne pas abandonner le plus de personnes possible ? », s’interroge-t-elle.

Une crise qui semble difficile à maîtriser, tant les facteurs en jeu sont nombreux. La Californie semble être coincée dans un système qui pourrait pousser ses habitants à fuir.