Franck Abganale Jr et Jean-Claude Romand, mythomanes de l’Histoire
En début de semaine, un prétendu curé a confié en direct sur M6 avoir recueilli les confessions de Xavier Dupont de Ligonnès, fugitif accusé d’avoir tué sa femme et ses enfants il y a quinze ans à Nantes, avant de se rétracter. En 1996, Jean-Claude Romand sera condamné à la prison à perpétuité, assortie d’une période de sûreté de vingt-deux ans.

Le mensonge ancré en lui. Au début de la semaine, un homme prétendant être un curé a déclaré en direct sur M6 avoir recueilli les confidences de Xavier Dupont de Ligonnès, fugitif accusé d’avoir tué sa femme et ses enfants il y a quinze ans à Nantes, avant de se rétracter.
Cela ne constitue pas le premier cas d’affabulation. Comme le prétendu « père Marc », d’autres ont menti, parfois pendant de très longues périodes, et avec des conséquences variées.
Franck Abganale Jr, arrête-moi si tu peux
Sûrement le plus grand imposteur du XXe siècle. À l’adolescence, Franck Abganale Jr s’est retrouvé livré à lui-même et a commencé à commettre des escroqueries en signant de faux chèques. Rapidement, son activité fut découverte par la police de New York. Il décide alors de changer d’identité pour échapper aux autorités. Pilote d’avion, pédiatre, professeur de sociologie, avocat… Il occupe de nombreuses professions grâce à un certain talent, de faux diplômes et un grand sens du mensonge, sans jamais se faire prendre.
Finalement lassé, il s’établit en France, où il est repéré grâce à un avis de recherche. Il est incarcéré aux États-Unis pour falsification de chèques, mais en 1974, le gouvernement américain lui propose de travailler pour… le FBI afin de lutter contre la fraude des chèques sans provision. Sa vie si rocambolesque a inspiré le réalisateur Steven Spielberg qui en a fait un film, Arrête-moi si tu peux, sorti en 2002.
Jean-Claude Romand, faux docteur, vrai criminel
Le premier mensonge marquant de Jean-Claude Romand date de ses années universitaires. Après avoir échoué à sa troisième année de médecine, il décide de masquer la vérité à son entourage. Il prétend alors qu’il est devenu chercheur au siège de l’OMS, à Genève.
En réalité, Jean-Claude Romand passait ses journées à errer dans sa voiture, à la bibliothèque ou à la cafétéria. En 1993, alors qu’il sent que son imposture est sur le point d’être découvert, il tue sa femme et ses enfants. En 1996, il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, avec une période de sûreté de vingt-deux ans.
Florence M., la mythomane du Bataclan
Les attentats du 13-Novembre ont fait état de nombreuses fausses victimes. Selon des chiffres du Fonds de garantie des victimes, seize personnes ont été condamnées dix ans après les faits, dont Florence M., condamnée en mars 2018 à quatre ans et demi de prison ferme.
Durant deux ans, cette quinquagénaire a multiplié les fausses déclarations, devenant salariée d’une association représentative des victimes, et s’est liée d’amitié avec de vrais survivants de ces tragiques événements. Au cours de cette période, elle a perçu 25 000 euros du Fonds de garantie des victimes de terrorisme et autres infractions pénales (FGTI), ainsi que plus de 13 000 euros de l’Assurance maladie. Son parcours incroyable est retracé dans une enquête d’Alexandre Kauffmann, intitulée La Mythomane du Bataclan, publiée en 2021.
Tania Head, la fausse rescapée des tours jumelles
Florence M. n’est pas unique en son genre. Pendant les six années suivant les attaques terroristes du 11 septembre 2001, Tania Head s’est présentée comme l’une des 19 rescapés de la première tour du World Trade Center touchée par l’appareil détourné par Al-Qaïda et a dirigé une association caritative de soutien aux victimes.
Elle racontait avoir perdu son fiancé dans l’attaque et avoir subi de graves brûlures. Cependant, quelques incohérences ont finalement révélé la vérité : les collègues de son prétendu petit ami, véritable victime des attentats, n’avaient jamais entendu parler d’elle, et la banque qu’elle annonçait comme son employeur au 96e étage ne l’avait jamais embauchée.
Binjamin Wilkomirski, le déporté fictif
L’autobiographie émouvante d’un enfant juif survivant d’Auschwitz et dont les parents étaient morts n’était qu’une pure invention. Son auteur, présenté sous le nom de Binjamin Wilkomirski, a pourtant reçu plusieurs récompenses littéraires, y compris le prix de la Mémoire de la Shoah.
C’était sans compter sur les doutes soulevés par le journaliste suisse Daniel Ganzfried, qui a révélé en 1998 que l’auteur de Fragments s’appelait en réalité Bruno Dösseker. « Il n’a jamais vécu à Riga ni à Cracovie… Pas plus qu’il n’a été déporté dans les camps de Maïdanek et d’Auschwitz. Il a tout inventé », résume un article du site de publications scientifiques Cairn.
Frédéric Bourdin, « Le Caméléon »
Le « Caméléon » a été condamné en 1998 à six ans de prison aux États-Unis pour avoir trompé une famille en se faisant passer pour leur fils porté disparu. Il récidive quelques années plus tard à Grenoble, où, à 29 ans, il est interpellé pour avoir usurpé l’identité d’un garçon disparu à l’âge de 6 ans. Pour cette supercherie, il sera condamné à deux ans de prison, dont quatre mois ferme.
Il sera finalement reconnu une dernière fois à Pau au début des années 2000 par une surveillante de collège alors qu’il prétendait être un élève de 4e, avant d’être condamné à six mois de prison avec sursis, comme rapporté par La Dépêche du Midi. L’usurpateur aurait utilisé 500 identités différentes au cours de sa vie, et le film Le Caméléon, sorti en 2010, retrace son parcours.
Arnaud du Tilh ou Martin Guerre
Les défis du « Caméléon » ne sont pas nouveaux. Bien avant lui, au XVIe siècle, Arnaud du Tilh s’est présenté dans un petit village de l’Ariège comme étant Martin Guerre. Ce dernier, à la manière d’Ulysse, serait revenu auprès des siens après huit ans d’absence. Arnaud du Tilh et Martin Guerre avaient été « compagnons de route », comme l’indique le ministère de la Justice, et la victime, en trop bavarde, a permis à l’imposteur de jouer son rôle à la perfection. Convaincus par la ressemblance, amis et famille ne doutèrent pas. La femme de Martin Guerre a même eu deux enfants avec Arnaud du Tilh.
Ancien membre d’un village voisin, il n’était pas à sa première usurpation d’identité et fut découvert presque trois ans plus tard par des témoins. Son procès est relaté sur le site du ministère de la Justice. On y apprend que le vrai Martin Guerre se serait présenté au jugement en appel. À sa vue, sa femme « fondit en larmes et implora à genoux son pardon. Arnaud du Tilh lui-même, troublé par cette soudaine apparition et se sentant perdu, avoua finalement toute la supercherie » avant d’être condamné à mort. Cette incroyable affaire a marqué l’histoire de la justice française.
Lobsang Rampa, « Le Lama Médecin »
Génie de la fiction littéraire ou écrivain dérangé ? « Dès l’enfance, Lobsang Rampa a su – de la bouche d’un devin – qu’une vie de souffrances l’attendait. Dès l’enfance aussi, grâce au dalaï-lama, il a développé une discipline mentale, un pouvoir de voyance qui lui permettront de surmonter le mal et la douleur ». Tels sont les propos figurant sur la quatrième de couverture du livre Lama Médecin, publié en 1999. Son auteur, Lobsang Rampa, y narre son enfance au Tibet et son voyage en Chine, où il exerce son don pour la télépathie.
Les enquêteurs découvrent rapidement la vérité. Celui qui se prétendait lama tibétain se nommait en réalité Cyril Henry Hoskin, était sans emploi et résidait au Royaume-Uni. « Quand la police frappe à sa porte en 1957, Rampa prend la fuite avec sa femme en Irlande », rapporte le journal Libération. L’écrivain se serait ensuite exilé en Amérique du Sud puis au Canada.

