High-tech

Panneaux solaires : prix réduits, durabilité compromise.

En 2025, environ un tiers des modules testés par le laboratoire Kiwa PVEL ont cassé au deuxième trimestre, et un quart au quatrième. Selon Tristan Erion-Lorico, les normes actuelles ne tiennent pas compte des nouvelles réalités des modules, qui sont plus grands et plus fins.


Les panneaux solaires connaissent des avancées constantes, tant en matière de technologies que de performances. Cependant, l’industrie semble parfois s’égarer. En cherchant à réduire les coûts, les fabricants ont apparemment compromis la durabilité de leurs produits. Cela se traduit par des cas de panneaux qui se brisent de manière spontanée.

Les panneaux solaires sont conçus pour avoir une durée de vie de 20 à 30 ans. Pourtant, de nombreux modules se détériorent bien avant cette échéance. Récemment, le verre de ces modules a révélé une fragilité inquiétante, se brisant sans choc évident, sans conditions météorologiques particulières, et sans explication immédiate. Ces défaillances surviennent parfois avant même que l’installation n’ait produit un seul kilowattheure.

Une étude de PV Magazine révèle que le laboratoire Kiwa PVEL, spécialisé dans la fiabilité des modules solaires, a enregistré des chiffres préoccupants en 2025 : environ un tiers des modules testés se sont brisés au deuxième trimestre, et un quart au quatrième trimestre. Plusieurs facteurs sont à l’origine de ce phénomène.

Le premier facteur incriminé est la présence de défauts microscopiques. Ces microfissures, invisibles à l’œil nu, peuvent apparaître à diverses étapes : lors de la découpe du verre, durant le transport, la manutention ou même pendant la fabrication. Sous l’influence des variations de température, du vent ou des contraintes mécaniques, elles s’étendent et conduisent à la rupture.

Un autre facteur est lié aux composants du module qui exercent directement une pression sur le verre. Des cadres en aluminium mal ajustés, un excès d’adhésif ou de silicone, ou des tensions accumulées durant l’assemblage peuvent affaiblir l’ensemble du système.

La taille des panneaux constitue également un problème. Les fabricants conçoivent désormais des systèmes de plus en plus grands, qui subissent davantage de flexion lors du transport et de l’installation. Il s’avère que les structures de montage et les cadres n’ont pas forcément été adaptés à cette évolution dimensionnelle.

Cependant, ces problèmes pourraient être moins significatifs si le verre conservait son épaisseur d’origine. Pour alléger les panneaux et réduire les coûts, l’industrie est passée d’une épaisseur de verre de 3,2 mm à seulement 2 mm pour les modules à double verre. La plupart des nouveaux panneaux présentent un verre plus fin qu’auparavant.

En ce qui concerne les normes en vigueur, Tristan Erion-Lorico, vice-président de Kiwa PVEL, indique que les modules sont certifiés selon les standards existants en matière de résistance et de verre trempé. Pourtant, la fréquence des bris spontanés met en lumière les limites de ces normes, qui ne prennent pas en compte la réalité actuelle : des modules plus grands, plus fins et soumis à des contraintes que les standards actuels ne prévoyaient pas.

Cela entraîne une ambiguïté entre la conformité réglementaire et la performance réelle des produits. Il est difficile de garantir que les normes actuelles assurent une durabilité sur plusieurs décennies. C’est pourquoi de nombreux acteurs du secteur appellent à une révision des normes pour qu’elles intègrent enfin les spécificités des modules modernes.

Pour les particuliers, le risque concerne surtout les installations récentes dotées de panneaux au verre fin (2 mm) et de grandes dimensions, notamment les modèles bifaciaux à double face vitrée. Un panneau brisé perd son étanchéité et peut poser des problèmes de sécurité électrique, mais il reste couvert par la garantie du fabricant (généralement de 10 à 15 ans). En cas de doute, l’installateur est tenu d’interagir avec le fabricant.