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Roland-Garros 2026 : Oleksandra Oliynykova, le cri de guerre d’Ukraine

Oleksandra Oliynykova a déclaré en conférence de presse que Diana Shnaider avait participé aux Northern Palmyra Trophies, une exhibition par équipes organisée à Saint-Pétersbourg. Au 3e tour, elle a affirmé que « tout le monde garde le silence sur ce qu’a fait cette personne » en référence à son adversaire.

À Roland-Garros,

Ce n’est pas le match qui va susciter le plus d’intérêt ce samedi dans les allées de Roland, alors que Moise Kouame et Diane Parry tenteront de se qualifier pour les huitièmes de finale. Pourtant, l’affrontement entre Oleksandra Oliynykova et Diana Shnaider, en ouverture sur le court numéro 7, mérite d’être suivi. Ce n’est pas uniquement parce qu’il oppose une joueuse ukrainienne à une joueuse russe, ce qui est devenu plus courant depuis le début de la guerre il y a plus de quatre ans – Oliynykova a d’ailleurs battu Elena Pridankina au premier tour. Cette fois, le contexte est particulièrement tendu.

« Comme jouer dans l’Allemagne nazie »

L’Ukrainienne est sans doute l’athlète la plus engagée du circuit pour faire entendre la voix de son pays, agressé par la Russie de Vladimir Poutine en février 2022. « Les gens que j’aime sont là-bas, et j’aime mon pays. Ils sont la raison pour laquelle je joue », a-t-elle déclaré dans « the tennis podcast » en début de quinzaine. « Je veux aider, partager notre histoire, et le tennis a une grande résonance. »

Elle s’en sert dès que possible et, avant ce troisième tour contre Shnaider, elle n’a pas hésité à viser directement son adversaire, qu’elle accuse d’avoir participé aux Northern Palmyra Trophies (NPT), une exhibition par équipes organisée à Saint-Pétersbourg en novembre dernier et parrainée par Gazprom. Voici ce qu’elle a dit lors d’une conférence de presse, jeudi, avec des photos à l’appui :

« Voici son image au « Gazprom tournament ». C’est une organisation qui finance les crimes de guerre et les camps pour les enfants. Pour moi, c’est comme jouer dans l’Allemagne nazie pour la Gestapo, un tournoi organisé pour une entreprise qui a construit Auschwitz. Il n’y a aucune différence. Et tout le monde garde le silence sur ce qu’a fait cette personne. C’est fou ! »

Elle a ensuite interpelé les journalistes en leur proposant de leur montrer les photos de plus près, ainsi que des captures d’écran des « likes » de sa future adversaire sur des publications de propagande russe. « Mon pays est attaqué par l’argent de Gazprom et ils financent les drones qui attaquent ma ville, a-t-elle ajouté. Et demain [samedi], on va faire un match ? Qu’est-ce qui est vraiment important, de savoir qui aura le coup droit le plus fort ou le fait que l’on ignore ce type de choses ici ? »

Question rhétorique, bien sûr, mais l’effet est garanti. Relancée, Oliynykova a insisté : « On devrait demander à Diana Shnaider ce qu’elle pense de tout ça, du fait que Gazprom finance des camps pour les enfants. Demande-lui ce qu’elle ressent par rapport au fait de prendre de l’argent d’une entreprise comme ça. »

Il est évident que l’affrontement s’annonce glacial entre les deux joueuses, même si l’Ukrainienne assure que quand elle est sur le court, tout cela « ne l’affecte pas ». Ce discours puissant est en tout cas ni anodin ni le fruit du hasard, selon Lukas Aubin, directeur de recherche à l’IRIS, responsable du programme sport et géopolitique et de l’Observatoire géopolitique de l’espace post-soviétique.

« Sur le terrain militaire, la dynamique actuelle est plutôt favorable à l’Ukraine. Vladimir Poutine multiplie les frappes, mais sur le front, il ne parvient pas à avancer, voire il recule. Dans le même temps, le monde du sport commence à vouloir réintégrer les athlètes russes, pose le chercheur. On observe donc un phénomène paradoxal, avec une volonté du côté ukrainien de renforcer le message et de le diffuser encore plus, tout en rappelant des vérités, par exemple que Gazprom est effectivement l’un des bras armés de l’économie du Kremlin. »

Déjà un message fort à l’Open d’Australie

Si certaines de ses compatriotes, comme Elina Svitolina ce mercredi, estiment que « tout a déjà été dit et redit depuis quatre ans », Oleksandra Oliynykova souhaite continuer à s’exprimer pour maintenir les consciences alertes. Originaire de Kiev, elle avait d’abord représenté la Croatie, où ses parents étaient réfugiés politiques. En 2022, elle a choisi de défendre les couleurs de son pays natal et de retourner vivre avec sa famille. Elle y vit toujours aujourd’hui, ce qui la rend unique parmi les athlètes professionnels. Cet amour de la patrie s’enracine dans sa famille, puisque son père s’est engagé comme soldat volontaire en 2024.

Bien qu’elle ait hésité un moment, Oliynykova n’a finalement jamais cessé de parcourir le circuit. Pour elle, c’est le meilleur moyen d’aider son peuple. Elle collecte par exemple des dons pour lutter contre les drones russes, et en début d’année, lors de l’Open d’Australie, elle est apparue devant les médias avec un t-shirt portant le message suivant : « J’ai besoin de votre aide pour protéger les femmes et les enfants ukrainiens, mais je ne peux pas en parler ici. »

Cette initiative lui a valu des reproches de la part de la WTA, qui peine à gérer l’interférence de la politique dans ses affaires. « Les semaines suivantes ont été difficiles, mais je me suis relevée et j’ai décidé que j’allais continuer à m’exprimer », a affirmé la 65e mondiale jeudi. « Je veux saisir toutes les occasions pour parler des valeurs humaines et tenter d’unifier les gens pour ce qui est juste. »

Oleksandra Oliynykova avec des supporters ukrainiens à Roland-Garros.
Oleksandra Oliynykova avec des supporters ukrainiens à Roland-Garros.  - Ella Ling/Shutterstock/SIPA

Ce qu’elle désire avant tout, c’est que des athlètes russes et biélorusses la rejoignent. Son regard se tourne évidemment vers la numéro 1 mondiale Aryna Sabalenka, dont elle critique l’absence d’engagement. « Elle est la femme biélorusse la plus influente dans le monde. Quand elle dit qu’elle ne peut pas agir sur ce qu’il se passe dans son pays, pour moi, c’est absurde », juge-t-elle dans « the tennis podcast ». « Elle a le pouvoir d’influencer beaucoup d’esprits. »

Dit-elle cela en espérant vraiment que Sabalenka puisse s’opposer au pouvoir autoritaire d’Alexandre Loukachenko, fidèle allié de Poutine, sans craindre de graves représailles, ou fait-elle preuve d’une certaine naïveté, comme pour semer des graines ?

« C’est un moment particulier, on sait le régime russe un peu en difficulté », note Lukas Aubin. « On est loin d’un effondrement, mais Poutine est dans une dynamique défavorable, et on sent que cela peut se fissurer légèrement. » Le chercheur cite l’exemple de Viktoria Bonya, une influenceuse russe qui en avril a publié un message critique à l’égard du leader, ce qui a été relayé par les médias locaux, entraînant une réaction du Kremlin.

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« Il y a une fragilisation de cet écosystème médiatique », reprend Aubin. « Ces athlètes de haut niveau, même s’ils ne se serrent pas toujours la main, se connaissent. Peut-être que ces deux joueuses discutent en privé. Et les Russes pourraient, à un moment donné, avoir un impact, dans un sens ou dans l’autre, car ce sont des personnes très suivies. Le moindre signe de leur part est observé. » Tout le monde est conscient du potentiel effet papillon. C’est dans cet espoir qu’Oleksandra Oliynykova continue son combat, à sa manière.