Qui est Xenia Fedorova, propagandiste russe proche de Bolloré ?
Xenia Fedorova, née le 26 décembre 1980 à Kazan, a été présidente de RT France de 2017 à 2022, jusqu’à ce que l’Union européenne l’interdise à la suite de l’invasion russe en Ukraine. En 2025, elle publie un livre intitulé « Bannie » chez Fayard et est impliquée dans plusieurs médias appartenant à Vincent Bolloré.
Xenia Fedorova, qui s’illustre sur les antennes de CNews et écrit régulièrement pour le JD News – l’hebdomadaire du JDD – a publié un livre chez Fayard. Depuis le commencement de l’année 2025, elle a consolidé sa présence dans divers médias du groupe de Vincent Bolloré, signalé par StreetPress l’année dernière. Bien que ses activités aient suscité de l’attention, elles restaient relativement discrètes… jusqu’à la réunion du think tank de Bolloré, à laquelle elle a été conviée jeudi dernier, aux côtés d’Annie Genevard, ministre de l’Agriculture. Mais qui est réellement Xenia Fedorova ? 20 Minutes fait le point.
Ancienne directrice de Russia Today France
Née le 26 décembre 1980 à Kazan, avec un père ingénieur spatial et une mère devenue « femme d’affaires prospère » après avoir travaillé dans la « presse soviétique », Xenia Fedorova a passé une partie de son enfance et adolescence en Autriche, suite à la mort de son père et à la dissolution de l’URSS. Elle a également étudié pendant un an en République tchèque, dans une école russe. La famille est ensuite retournée en Russie, en raison de l’expiration de leur visa. Dans une enquête publiée mardi, Le Monde indique qu’elle a été baptisée à Moscou dans sa vingtaine.
Sans formation journalistique, elle débute sa carrière au sein du groupe Russia Today, d’abord comme productrice, puis comme directrice de la diffusion. Elle accède à la direction de RT France, notamment grâce à Margarita Simonian, responsable de RT, « étroitement liée au pouvoir russe et figure clé du régime », selon Maxime Audinet, auteur d’Un média d’influence d’État : Enquête sur la chaîne russe RT, mentionné dans l’enquête de Street Press. Xenia Fedorova est l’un des proches de cette dernière.
Elle a dirigé la chaîne pro-Kremlin de 2017 à 2022, jusqu’à ce que l’Union européenne impose une interdiction suite à l’invasion russe de l’Ukraine pour « ses actions de propagande ». Comme le précise Le Monde, le jour de l’invasion, elle demandait à ses journalistes de minimiser les événements.
Sa présence dans l’empire Bolloré
Après la fermeture de RT France en 2023, Xenia Fedorova a rapidement trouvé un nouvel emploi, notamment grâce à Vincent Bolloré. Au début de 2025, elle fait ses débuts sur CNews, dans une nouvelle émission d’Eliot Deval, simplement introduite comme « une journaliste russe ». En quelques mois, son rôle ne cessant de s’accroître. La « journaliste » et « chroniqueuse à CNews », bien qu’elle ne soit pas titulaire d’une carte de presse, apparaît régulièrement dans « L’Heure Inter » les mercredis et dimanches, tient une chronique hebdomadaire « Carte blanche » dans le JDNews, et présente « Lumières orthodoxes » diffusée sur Canal+ et CNews, comme relevé par Le Monde.

A chaque intervention, elle tâche de propager le même message. À l’antenne, elle évite le terme invasion de l’Ukraine, parlant plutôt d’« opération spéciale ». Libération a également souligné qu’elle prétendait que le conflit entre la Russie et l’Ukraine « aurait pu se terminer en 2022, mais que l’administration Biden voulait que l’Ukraine poursuive cette guerre ». Dans le JD News, elle se plaignait de l’absence de la Russie aux commémorations du 80e anniversaire de la libération d’Auschwitz et dénonçait la marginalisation du régime de Vladimir Poutine. Elle a également réfuté l’annexion de la Crimée, qu’elle qualifie de « réunification ». Toujours selon Le Monde, elle a constamment nié être un agent de Moscou, affirmant que « tous les Russes ne sont pas des espions ».
L’Arcom a été saisi en raison d’une dizaine de déclarations mensongères prononcées par Xenia Fedorova dans les médias de Bolloré depuis mai 2025, indique Le Monde. Ces déclarations sont actuellement en cours d’examen.
Ses liens avec Bolloré
En 2025, elle publie Bannie, chez Fayard – une maison d’édition du groupe Bolloré – où elle déclare être « victime de censure par le pouvoir français ». Au même moment, lors du salon du livre de Paris, au Grand Palais, des manifestants pro-Ukraine lui avaient lancé des nounours ensanglantés et crié des slogans tels que « Xenia Fedorova, complice de Poutine ». Elle avait dû quitter les lieux accompagnée de jets de papier. Cette année-là, Hachette Livre – également dans l’empire Bolloré – avait organisé un événement en son honneur, qui était officiellement une célébration de ses 200 ans. Vincent Bolloré est ainsi reparti avec un autographe de l’autrice.

Comment Xenia Fedorova est-elle devenue « la protégée » de Bolloré ? Elle aurait entretenu une bonne relation avec Serge Nedjar, le directeur de CNews, tissée lors de l’accord de distribution de RT établi en 2020 avec Canal+, ce qui avait été une « avancée majeure » pour la chaîne pro-russe à l’époque. Dès 2024, Mediapart révélait les relations entre CNews et Xenia Fedorova. La chaîne avait même tourné le pilote d’une émission avec l’ancienne dirigeante de RT France. Depuis, son influence a crû. Selon plusieurs témoignages rapportés par Le Monde, elle aurait un véritable impact sur les nominations et les sanctions envers ceux qu’elle juge indésirables ou qui la contredisent.
Le fameux déjeuner et les réactions
Les révélations autour du déjeuner chez Vivendi, incluant la ministre de l’Agriculture avec des invités comme Xenia Fedorova, ont suscité de nombreuses réactions. Celle-ci a indiqué au Monde qu’elle était présente à la réunion de Bolloré en tant que « chrétienne et présentatrice de “Lumières orthodoxes” sur Canal+. C’est une initiative qui, je l’espère, portera ses fruits ».
Selon nos infos, plusieurs stagiaires ou alternants ont été recrutés dans les rangs de l’Issep, l’école lyonnaise fondée par Marion Maréchal. La chaîne recrute aussi des soutiens assumés de Zemmour lors de la dernière campagne ⬇️ https://t.co/DhQfU6tLp4
— David Perrotin (@davidperrotin) April 1, 2024
L’entourage d’Annie Genevard a affirmé qu’elle ignorait la présence de Xenia Fedorova. Ils ont précisé que la ministre se positionne contre la stratégie d’« union des droites » promue par une partie de l’extrême droite, et qu’elle n’aurait pas assisté à ce déjeuner si elle avait su que cette propagandiste russe y était présente.
Mercredi, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a qualifié de « très graves » les propos tenus par Xenia Fedorova, qui « inversent complètement la charge de la preuve » en mettant la responsabilité de la guerre sur l’Ukraine. « C’est la Russie qui a envahi l’Ukraine et déclenché cette guerre et l’entretient depuis plusieurs années maintenant, et certainement pas l’inverse », a-t-elle déclaré à l’issue du Conseil des ministres. « Il est extrêmement choquant d’entendre que de tels propos puissent être relayés aux heures de grande écoute en France », a-t-elle ajouté. Le quai d’Orsay l’a qualifiée de « relais de propagande du régime ».
Notre dossier sur la guerre en Ukraine
De son côté, Édouard Philippe a vivement critiqué jeudi sur France Inter les médias du groupe Bolloré, y compris CNews que « je ne regarde jamais », concernant l’influence qu’exerce Xenia Fedorova, ancienne directrice de Russia Today (RT), qui y diffuse librement la position des autorités russes sur la guerre en Ukraine.

