Les maladies cardiovasculaires, 57% plus fréquentes dans les quartiers défavorisés.
Le dispositif baptisé ASCVD-Heatmap met en évidence, à l’échelle des quartiers, le lien entre vulnérabilité socio-économique, maladies cardiovasculaires et recours aux soins. La carte montre que les cas d’ASCVD, soit les maladies cardiovasculaires athérosclérotiques, sont 57% plus fréquents dans les communes les plus vulnérables sur le plan social.
Baptisé ASCVD-Heatmap, cet outil met en lumière pour la première fois, à l’échelle des quartiers, la corrélation entre la vulnérabilité socio-économique, les maladies cardiovasculaires et l’accès aux soins. Il permet ainsi d’obtenir un aperçu clair de l’état de la santé cardiovasculaire dans différentes zones géographiques.
Pour créer cette cartographie, les chercheurs ont combiné des données concernant les soins de santé, la consommation de médicaments, notamment des statines pour le cholestérol, et les caractéristiques de la population.
## Ce que montre la carte
La carte révèle que les cas d’ASCVD, c’est-à-dire les maladies cardiovasculaires athérosclérotiques, sont 57% plus fréquents dans les communes les plus vulnérables sur le plan socio-économique. Dans ces zones, l’accès aux soins de première ligne, comme la médecine générale, la pharmacie ou les soins infirmiers, atteint 32%, tandis que le recours aux soins spécialisés de deuxième ligne s’élève à 40%.
## Une prise en charge tardive
Les experts indiquent que ces chiffres suggèrent que de nombreuses personnes vivant dans des quartiers défavorisés n’accèdent aux soins qu’à un stade avancé de la maladie, alors qu’une prise en charge précoce pourrait éviter de nombreuses complications. Les zones les plus à risque se trouvent davantage en Wallonie qu’en Flandre. « Les régions de Dinant, Charleroi et Liège ressortent particulièrement », explique Caroline Van Cauwelaert, CEO d’EPCON, une entreprise spécialisée dans l’IA appliquée à la santé publique. En zoomant sur la carte, les communes de Hastière, Vresse-sur-Semois et Viroinval, en province de Namur, ainsi que Boussu, dans le Hainaut, apparaissent parmi les plus touchées. En Flandre, la Côte « flashe » également dans le paysage, surtout en raison d’une population plus âgée, diversifiée et comprenant davantage de parents solos.
## Maladies silencieuses
Ces maladies cardiovasculaires sont souvent qualifiées de « silencieuses », souligne le Dr Noémie Ligot, neurologue à l’Hôpital Erasme (HUB). L’athérosclérose correspond à l’accumulation progressive de dépôts, notamment graisseux, dans les artères, similaire à un calcaire qui encrasserait progressivement une plomberie. « Lorsque les premiers symptômes apparaissent, la maladie est souvent déjà à un stade avancé, parfois grave », explique-t-elle. « C’est alors fréquemment lors d’un infarctus ou d’un AVC qu’elle est découverte. » « En Belgique, les maladies cardiovasculaires provoquent environ un décès toutes les 20 minutes et figurent, avec les cancers, parmi les principales causes de mortalité dans le pays », ajoute la neurologue. « Certaines personnes en meurent, tandis que d’autres vivent avec un handicap durable, une perte d’autonomie ou une diminution significative de leur qualité de vie. »
## Comment lutter et prévenir ?
Environ 750.000 personnes souffrent d’une maladie cardiovasculaire liée à l’athérosclérose, représentant 85% de toutes les maladies cardiovasculaires dans le pays. Jusqu’à 80% des décès liés à ces maladies pourraient toutefois être évités grâce à une meilleure gestion des facteurs de risque, tels que le tabagisme, l’hypertension, le surpoids, le cholestérol élevé, la sédentarité ou les troubles du sommeil. L’impact de ces maladies ne se limite pas à la santé ; le coût économique de l’ASCVD en Belgique est estimé à 5 milliards d’euros par an. Les partenaires de la heatmap estiment que cet outil pourrait aider les décideurs politiques et les professionnels de santé à mieux cibler les campagnes de prévention et les politiques de soins, notamment dans le cadre du futur plan national de lutte contre les maladies cardiovasculaires annoncé par le ministre fédéral de la Santé publique, Frank Vandenbroucke (Vooruit).

