Retour d’El Niño : quelles conséquences pour les cultures et matières premières ?
Credendo a intégré des facteurs climatiques dans ses analyses de risque, notamment pour des projets remboursés sur 10 ou 12 ans, comme l’explique Nabil Jijakli. El Niño impacte particulièrement l’Afrique australe, qui subit déjà de nombreux handicaps, selon Nabil Jijakli.
Depuis plusieurs années, les événements météorologiques et climatiques sont devenus des objets d’étude pour des acteurs au-delà des spécialistes traditionnels, englobant également économistes et compagnies d’assurance. En raison du dérèglement climatique, les implications touchent pratiquement tous les secteurs de la société, y compris les marchés. Les entreprises cherchent donc à s’adapter. Credendo, qui offre des assurances à des entreprises engagées dans le commerce international, a ainsi inclus des éléments liés au climat dans ses évaluations des risques. « Ces facteurs ont été intégrés surtout sur le moyen et le long terme. Et ça rentre en ligne de compte lorsque nous prenons une décision, par exemple, de soutien d’un projet qui est remboursé sur 10 ou 12 ans où, là forcément, ça va changer les choses, » révèle Nabil Jijakli.
Les experts surveillent actuellement les prévisions concernant El Niño. Ce phénomène climatique naturel et cyclique est attendu dans les mois à venir, bien que son intensité reste incertaine. Les premières indications suggèrent un potentiel « Super El Niño », mais les scientifiques ne pourront confirmer cela qu’à compter de la mi-juin.
El Niño influence principalement la région du Pacifique équatorial, mais ses effets se font sentir bien au-delà de cette zone. Il engendre une redistribution des aléas climatiques, entraînant des pluies dans des régions habituellement sèches et des sécheresses là où il pleut normalement. Ces bouleversements peuvent impacter diverses cultures à travers le monde. « Je pense au soja, au sucre, au cacao, vous avez une liste très longue qui peut s’en trouver affectée. Et dans l’état actuel d’une économie globalisée hyper tendue, avec un marché qui est bouleversé d’ailleurs par les enjeux au niveau du détroit d’Ormuz, on sait que ça peut avoir des conséquences, » souligne François Massonnet.
Les secteurs de l’élevage et de la pêche seront également fortement affectés. Nabil Jijakli exprime des préoccupations pour le secteur énergétique, car une demande accrue, notamment pour la climatisation, pourrait se heurter à une production d’énergie sous pression dans certains pays d’Amérique latine qui dépendent de l’hydroélectricité : « Lorsque vous avez un système sous tension par rapport à des phénomènes de sécheresse ou de baisse des niveaux de l’eau, ce qui serait aussi le cas, par exemple, au canal de Panama, vous avez une diminution de l’énergie. »
Le directeur de Credendo anticipe une succession de chocs, avec des rendements revus à la baisse ou des pénuries dans certains secteurs, pouvant entraîner une hausse des prix et une inflation généralisée : « Globalement, on peut s’attendre à des problèmes dans la chaîne de transmission de biens et services, dans la chaîne non seulement alimentaire, mais ça ira au-delà. Et vous allez avoir une diminution de la croissance économique dans une série de pays très avérés. »
Cependant, les conséquences d’El Niño sur les cultures ne se répartissent pas de manière équitable à travers le monde. Ce sont principalement les pays déjà vulnérables qui subiront les impacts de ce phénomène climatique, s’inquiète Nabil Jijakli : « L’Afrique sera au premier rang des continents impactés par le phénomène El Niño, en tout cas l’Afrique australe. Or, vous êtes dans un continent qui cumule une série de handicaps, notamment la pauvreté, le fait de faire face au dérèglement climatique, et qui dépend encore énormément de l’agriculture pour sa subsistance et son développement. Et donc, vous accentuez les problèmes dans une région qui est déjà sous tension. »
À l’heure du réchauffement climatique, l’incertitude semble être la seule certitude tant pour les assureurs que pour les agriculteurs. Étant donné que les causes et conséquences sont souvent étroitement liées, François Massonnet avertit : « Le fait de ne pas tout savoir ne devrait pas nous paralyser. (…) On a quand même une carte à jouer, malgré qu’on ne connaisse pas le développement chronologique précis de ce qui va se produire. » Il est essentiel de continuer à atténuer le réchauffement climatique et à s’adapter, en développant des prédictions et en réfléchissant à des plans pour chaque scénario potentiel. « S’adapter, c’est surtout avoir l’éventail des scénarios qui peuvent se produire et avoir une réponse pour chacun d’eux, » conclut le climatologue.
► Découvrez aussi en quoi consiste le phénomène El Nino en écoutant l’intégralité du podcast des Clés dans le player ci-dessus ou sur Auvio.

