France

Glucksmann : Quel timing pour se déclarer candidat à la présidentielle ?

Raphaël Glucksmann a annoncé qu’il se donnait trois mois pour se porter candidat ou non à l’élection présidentielle de 2027. Gabriel Attal a fait l’annonce de sa candidature à la présidence, lors d’un déplacement dans le village de Mur-de-Barrez, dans l’Aveyron, le 22 mai 2026.

Mardi, Raphaël Glucksmann, député européen, a annoncé qu’il se donnait trois mois pour décider de sa candidature à l’élection présidentielle de 2027. Bien que pour le président du parti Place publique rien ne soit certain, d’autres candidats ont déjà officialisé leur intention : Gabriel Attal vendredi dernier, Jean-Luc Mélenchon, début mai, Bruno Retailleau, mi-février, et même Édouard Philippe depuis septembre 2024.

La question se pose : existe-t-il un moment idéal pour se lancer dans la course ? « Le timing pour se déclarer à la présidentielle est toujours très complexe », analyse Alexandre Eyries, enseignant-chercheur HDR en sciences de l’information et de la communication à l’université catholique de l’Ouest. Selon lui, la plupart des candidats annoncent leur candidature « entre neuf mois et un an » avant le scrutin, ce qui semble être « un bon timing ».

Se lancer « tôt » quand on est « inconnu »

« Nous venons d’entrer dans une période de déclaration de candidatures », observe Bruno Cautrès, politologue et chercheur au Cevipof au CNRS à Sciences Po. Dans dix mois, nous serons en période électorale, donc, dans six mois, en pleine campagne. » Cet été apparaît comme « une bonne opportunité » pour officialiser sa candidature, souligne également Amélie Salmon, conseillère politique et dirigeante de BALLAST. « C’est une période calme sur le plan politique et médiatique, créant de l’espace pour en discuter. Les Français et Françaises ont le temps de se familiariser avec les candidats », ajoute-t-elle. Pour Bruno Cautrès, attendre la rentrée d’automne serait même trop tard. « Le mouvement sera lancé, tous les grands candidats seront déclarés, ce qui compliquera pour les nouveaux venus de se faire entendre dans un espace médiatique saturé, notamment pour présenter des idées originales ou structurer le débat public. »

Pour les « parfaits inconnus » ou ceux moins connus dans le paysage politique, les experts recommandent de « partir assez tôt dans la course pour que le grand public s’habitue à votre image et à votre présence, capitalisant sur une visibilité médiatique qui se construit progressivement ». « Pour une élection présidentielle, la notoriété est essentielle, notamment pour se faire connaître sur l’ensemble du territoire », souligne Amélie Salmon.

Pour les personnalités déjà bien établies, se lancer tôt permet d’imposer son vocabulaire, ses idées et ses thématiques. « Cela oblige aussi les autres candidats à se positionner par rapport à vous », précise Bruno Cautrès. Toutefois, Amélie Salmon met en garde : les candidats doivent être prêts à se prononcer sur tous les sujets qui émergent dans l’actualité. « Une position valable à un moment donné pourrait ne plus l’être six mois plus tard… », ajoute-t-elle.

Le risque de se présenter « trop tôt »

Bien qu’il puisse y avoir un avantage à se déclarer avant les autres, il ne faut pas prendre « trop d’avance ». « Deux ans avant, c’est beaucoup trop tôt », affirme Alexandre Eyries. « Le bénéfice de la nouveauté et de l’attrait que les gens peuvent éprouver à votre égard se perd. » Et la présence. « Il faut être constant », soutient Amélie Salmon. Elle cite l’exemple de Bruno Retailleau. « Il s’est présenté avant les municipales et on l’a déjà oublié. On n’entend plus parler de cette candidature. Donc, si l’on démarre tôt, il est crucial de prévoir des étapes dans sa communication politique pour garder la candidature et le candidat sous les projecteurs. »

Gabriel Attal, secrétaire général du parti centriste français Renaissance, a fait l'annonce de sa candidature à la présidence, lors d'un déplacement dans le village de Mur-de-Barrez, dans l'Aveyron, le 22 mai 2026.
Gabriel Attal, secrétaire général du parti centriste français Renaissance, a fait l’annonce de sa candidature à la présidence, lors d’un déplacement dans le village de Mur-de-Barrez, dans l’Aveyron, le 22 mai 2026. - A. ROBERT/SIPA

Cependant, Edouard Philippe, qui est en lice depuis deux ans et demi, a réussi à « occuper le terrain » et à s’« autonomiser » de Macron, souligne Bruno Cautrès. « Pour lui, qui a son propre parti, c’est plus facile que pour Gabriel Attal, chef de file des macronistes », note Alexandre Eyries.

En optant pour une annonce de candidature dans un village de l’Aveyron, plutôt que de le faire traditionnellement lors d’un journal télévisé, Gabriel Attal souhaite « se distancer du cénacle parisien et montrer une différenciation par rapport à son image d’ancien Premier ministre », observe Amélie Salmon. La conseillère politique conclut que le « meilleur moment » pour annoncer sa candidature est celui qui est bien intégré dans la stratégie électorale du candidat. « Il doit être réfléchi en fonction de la personnalité du candidat, de son profil, ainsi que de l’état de la France, pour savoir si le moment est propice. Ce calendrier ne doit pas être influencé par des événements extérieurs, comme le résultat d’un procès », souligne-t-elle.

Les stratégies des vainqueurs des précédentes présidentielles

Pour analyser ce qui fonctionne réellement, quelle a été la stratégie des vainqueurs des dernières élections ? Pour sa première candidature, Emmanuel Macron, ancien ministre de l’Économie, s’était déclaré en novembre 2016. « Cela a été une campagne éclair et massive », remarque Amélie Salmon. « Tout avait été anticipé, il suffisait d’appuyer sur un bouton pour que tout se mette en place. »

D’ailleurs, Nicolas Sarkozy en 2007 et François Hollande en 2012 avaient également officialisé leur candidature à l’automne précédent le scrutin. Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur de Jacques Chirac, avait fait son annonce en novembre 2006, tandis que François Hollande avait déclaré son intention de se porter candidat le 31 mars 2011, devenant officiellement le candidat du PS en octobre, après avoir remporté la primaire. Amélie Salmon résume : « En réalité, tout est possible, cela dépend de la préparation en amont. »

En attendant, la conseillère politique met en garde sur le nombre de candidats potentiels. « S’il y en a vingt, c’est l’abstention qui l’emportera. À un moment donné, il sera nécessaire de créer des synergies, afin que certains candidats rejoignent d’autres campagnes. » Elle assure qu’il y aura « d’autres surprises ».