Belgique

Le témoignage de la maman de Paolo Falzone a eu un effet inverse.

Paolo Falzone, âgé de 38 ans, est accusé de 7 meurtres et 81 tentatives de meurtre. Selon son avocat, Frank Discepoli, « J’attends… qu’enfin, quelqu’un qui connaît vraiment Paolo Falzone, vienne parler de lui », pour humaniser son client durant le procès.


C’était un moment attendu par la cour d’assises : le témoignage des proches de Paolo Falzone. Pour beaucoup, il s’agit de comprendre qui est cet homme de 38 ans dont l’amour de la vitesse automobile a provoqué le drame de Strépy. Pour son avocat, Me Discepoli, cela vise à humaniser son client, qui, depuis le début du procès, demeure principalement stoïque sur sa chaise d’accusé dans un procès qui doit établir les responsabilités dans le décès de sept personnes.

« J’attends, » exprime Frank Discepoli, « qu’enfin, quelqu’un qui connaît vraiment Paolo Falzone, vienne parler de lui. Et pas simplement comme un chauffard, pas simplement comme quelqu’un qui a tué d’autres gens, pas simplement comme le responsable de mort et de deuil de toute une série de familles, mais comme il est vraiment avec ses plus et ses moins. La famille parlera avec son cœur de Paolo Falzone. Moi, c’est ce que j’attends de leur part. »

On le sait depuis le premier jour d’audience, Paolo Falzone est très proche de sa famille. Sa mère est couturière, son père travaillait chez Colruyt avant de tomber gravement malade. L’accusé a raconté, lors des différents interrogatoires, qu’il estime avoir reçu une bonne éducation, marquée par la notion de respect. Il se décrit comme très, très proche de sa mère. Il l’appellera d’ailleurs juste après l’accident. Toutes ses anciennes compagnes décrivent un jeune homme très proche de sa mère, hyperprotégé par celle-ci.

« Ce n’est pas parce qu’il ne montre ses sentiments qu’il n’en a pas. Il est taiseux. Mais il est très respectueux. »

Silvana, 64 ans, arrive par une porte dérobée de la cour d’assises. Elle ne s’est pas mêlée au public. Au moment où elle prête serment, elle a déjà les trémolos dans la voix. Elle sait que la salle ne lui est pas acquise. « Avant ce drame, j’avais une famille comme tout le monde. Nous étions une famille discrète, appréciée de beaucoup de personnes. » La présidente lui demande de décrire son fils : « Ce n’est pas parce qu’il ne montre ses sentiments qu’il n’en a pas. Il est taiseux. Mais il est très respectueux. Il a le cœur sur la main. Il nous a toujours respectés. » Elle évoque son parcours scolaire et la décrit dans l’état où elle se trouve actuellement : « Depuis que c’est arrivé, je ne peux pas m’arrêter de travailler, parce que sinon, je pense tout le temps » (elle pleure). « J’ai des pensées suicidaires. » Un brouhaha monte dans la salle, dans les rangs des parties civiles. On ressent clairement que les victimes n’ont aucune intention de laisser passer quoi que ce soit à la famille Falzone.

Quelques minutes avant l’audience, en coulisses, on a d’ailleurs pu entendre des avocats de parties civiles tenter de calmer les victimes et leurs proches, dont l’animosité était palpable.

L’interrogatoire se poursuit au sujet de la BMW qu’il a choisie lui-même chez le concessionnaire, alors qu’elle appartenait à la société de sa mère. « Il la prenait, oui, mais si on en avait besoin, on lui disait de prendre l’autre. Mais oui, mon mari était malade, je travaillais, c’est lui qui allait aux entretiens. » La présidente l’interroge sur le lien de Paolo Falzone avec la voiture. « C’était son bébé, » dit-elle. « Passer son samedi à laver la voiture, c’était ce qu’il aimait. Il nettoyait les voitures comme personne. »

Elle poursuit : « J’étais très protectrice. Je lui disais de ne pas boire, de ne pas rouler trop vite. Oui, je savais qu’il roulait la nuit et qu’il aimait bien pousser une petite pointe. »

La présidente lui demande : « C’est quoi pour vous une petite pointe ? » Elle répond : « Je ne sais pas… 80 au lieu de 50. » Martine Baes lui fait remarquer qu’il a eu plusieurs PV par le passé. Silvana précise que cela se passait avec la voiture du travail de Paolo Falzone. Et qu’elle ne voyait pas ses PV.

Silvana affirme qu’elle ignorait que la puissance de la BMW avait été augmentée. « Mon mari le savait. Moi je l’ai su quand on a eu la visite de la police fédérale. Mon mari a alors dit : ‘À moi, Paolo me l’a demandé, j’ai dit non, mais il l’a fait quand même.' » Elle ajoute : « Je lui en veux de ne pas me l’avoir dit. Je n’aurais jamais accepté. Je ne voulais pas qu’il se mette en danger. »

Martine Baes la met face aux conséquences de sa conduite : « Vous ne vouliez pas qu’il se mette en danger ? Pour vous, c’était la seule conséquence ? » Elle répond : « Je savais qu’il faisait des petites vidéos avec de la musique. Ma fille le voyait sur Facebook, mais personne ne me l’a dit (que la puissance de la voiture avait été augmentée, ndlr). Je leur en veux. Si vous me l’aviez dit, ce ne serait pas passé comme ça. » La présidente recadre : « Mais votre fils à son âge, n’aurait pas dû le savoir lui-même ? » Elle admet : « Je pense que oui. » Elle affirme que personne ne l’a jamais avertie de la vitesse excessive de Paolo. Une seule fois, un homme lui a dit l’avoir vu passer « assez vite ». La présidente confronte la mère au fait que Paolo Falzone roulait régulièrement de manière dangereuse selon plusieurs témoins. « Je suis quelqu’un qui n’aime ni les voleurs, ni les menteurs, » affirme-t-elle. Elle persiste : « Ce témoin ment ! ». Des réactions se font entendre dans la salle. La présidente rappelle de nouveau les familles de victimes à l’ordre. « J’ai déjà expliqué les règles du procès. Chacun a le droit de s’exprimer, même si c’est difficile à entendre. » S’adressant aux parties civiles et au public : « Si vous n’êtes pas en mesure de contenir vos émotions, vous pouvez quitter la salle. Mais le jury doit être en mesure d’apprécier les témoignages librement. Donc je ne veux plus de réactions. »

Silvana décrit ensuite son arrivée à la rue des Canadiens, alors qu’elle est au téléphone avec son fils. « J’ai vu plein de gens. J’avais mon fils au bout du fil. Quand je commence à passer la foule, je vois tous des gens à terre. Je lui dis : ‘Qu’est-ce qui s’est passé ? Mais Paolo qu’est-ce que c’est, ça ?' » Elle crie cette phrase au micro de la cour.

Elle poursuit : « Tout le long du trajet, je parlais avec mon fils : je lui disais : ‘Mais Paolo qu’est-ce qui s’est passé ? Il pleurait. Il ne voyait que les deux personnes dans la voiture. Je suis malheureux. Je suis triste maman.’ Je lui ai dit : il y a même un garçon à terre. Qu’est-ce qui s’est passé ? »

Elle raconte ensuite avoir cherché à approcher son fils, qui se trouvait dans le véhicule de police.

La mère de Paolo Falzone évoque la tristesse de son fils : « Tous les jours, quand on vient le chercher (Paolo, ndlr), dans la voiture, il pleure, il pleure. Je m’en veux d’avoir détruit la vie de tous ces gens. Il pleure, il pleure. C’est horrible ce que j’ai fait. Personne ne pourra me pardonner. »

Les débats se poursuivent. Elle veut, malgré les propos qui entrent en contradiction avec ceux de son fils, donner une image favorable de celui-ci : « Je sais que Paolo n’est pas violent. Il n’a jamais fait de mal à personne. Pour moi, ce qui est arrivé, ce n’était pas voulu. »

Paolo Falzone répond de sept meurtres et 81 tentatives de meurtre. La semaine dernière, le principal avocat des parties civiles, Me Mayence, a demandé que soit posée au jury la question de la préméditation, alors que la défense, elle, estime que le meurtre (et donc l’intention homicide) n’est pas établi.