France

La « Prime Macron » : un vestige de la Macronie ?

En 2023, environ 5,9 millions de salariés bénéficiaient de la prime Macron, soit plus que pendant la crise des « gilets jaunes » (4,9 millions) ou le Covid 2020 (5,5 millions) selon l’Insee. Selon l’Insee, 19.243 défaillances d’entreprises ont été comptabilisées en France au premier trimestre 2026, un plus haut historique en augmentation de 6 % par rapport au premier trimestre 2025.

♫ Que reste-t-il, de nos amours, de l’élection d’avril, des rendez-vous, Macron, Prime Macron, de ma jeunesse… ♫ La Prime Macron fait son retour pour faire face à l’inflation persistante après le conflit en Ukraine, et il est légitime de s’interroger sur son impact à long terme. S’agit-il de l’une des mesures économiques les plus significatives du quinquennat d’Emmanuel Macron, souvent qualifié de Mozart de la finance ? Alors que la réforme des retraites a été mise en pause, que les aides à l’alternance ont été réduites et que la taxe d’habitation pourrait faire son retour, quelle sera la trace laissée par la Macronie dans 15, 20 ou 30 ans ?

Il se pourrait que cette prime, décrite comme “un outil malin” par Stéphanie Villers, macro-économiste à PwC France et Maroc, soit l’héritage majeur. Conçue à l’origine pour apaiser la colère des « gilets jaunes » en 2019, la prime a eu une longévité inespérée. Renommée en 2022 prime de partage de la valeur (PPV), bien que souvent désignée par son ancien nom, elle a connu un regain d’intérêt face à l’inflation aggravée par le conflit ukrainien. En 2023, environ 5,9 millions de salariés en ont bénéficié, surpassant les chiffres de la crise des « gilets jaunes » (4,9 millions) et de la pandémie de Covid-19 en 2020 (5,5 millions), selon l’Insee.

Une mesure fluctuante

Fixée librement par l’employeur, la PPV est exonérée de cotisations et contributions jusqu’à 6 000 euros, sous certaines conditions. Il existe également une exonération d’impôt sur le revenu pour les entreprises de moins de 50 salariés, à condition de ne pas dépasser 3 Smic.

Il est vrai qu’à partir de 2024, l’utilisation de la PPV commence à diminuer significativement. Seulement 2,9 milliards d’euros y ont été alloués en 2025, comparé à 4,57 milliards en 2023, d’après l’Insee. Toutefois, une résurgence pourrait avoir lieu en 2026, témoignant de sa polyvalence. “Elle a été très efficace pour préserver le pouvoir d’achat et pourrait être utilisée à chaque choc exogène”, avance Stéphanie Villers. Cela ouvre la voie à une renaissance toujours possible de cette prime.

Avec le déficit considérable de la France et la hausse de la dette, les finances de l’État sont au plus bas. “Les aides publiques et le ‘Quoi qu’il en coûte’ deviendront de plus en plus difficiles à justifier au regard des finances publiques”, ajoute l’experte. La prime défiscalisée demeure donc un levier pour inciter les entreprises à agir. Dans un contexte de caisses vides et de tensions géopolitiques croissantes, la Prime Macron pourrait donc redevenir centrale.

Une mesure ordinaire ?

Suffit-elle pour entrant au panthéon des politiques publiques ? Alexis Guillaume, économiste à l’Institut Avant-Garde et expert des politiques économiques, fait preuve de scepticisme : “Défiscaliser ou exonérer de cotisations en période de crise, ce n’est pas très innovant”, souligne-t-il. “Macron en a fait sa signature, cela reste son fait majeur.”

La question reste posée sur l’impact de la prime dans l’histoire économique du pays, qu’elle soit bénéfique ou néfaste. “Une étude de l’Insee indique que cette prime a eu un impact positif à court terme sur le pouvoir d’achat, mais qu’elle a découragé des augmentations salariales plus durables”, remarque l’expert. En 2024, la France affichait la plus faible croissance salariale nette d’Europe, avec seulement +0,7 %, contre +1,6 % pour le Royaume-Uni, +1,9 % pour l’Espagne, +2,2 % pour l’Allemagne et +2,7 % pour l’Italie.

Il serait excessif d’attribuer cette stagnation, qui dure depuis plusieurs années en France, uniquement à la Prime Macron. Cependant, elle n’a clairement pas aidé, selon Alexis Guillaume : “C’est une double peine. À moyen terme, votre salaire n’augmente pas, et à long terme, vous ne cotisez pas pour votre retraite avec ce type de prime. Cela entraîne donc une diminution de votre niveau de vie.”

Un manque d’ambition ?

Stéphanie Villers défend son point de vue : “Avec l’augmentation des coûts, nombreuses sont les entreprises qui n’ont plus les moyens d’augmenter les salaires et luttent pour survivre.” Selon l’Insee, 19 243 défaillances d’entreprises ont été recensées en France au premier trimestre 2026, un record historique avec une augmentation de 6 % par rapport au premier trimestre 2025.

Alexandre Eyries, enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication à l’université catholique de l’Ouest, doute que cet outil se grave dans les mémoires, car les simples primes ne laissent souvent pas d’empreinte historique. “Qui se souvient des Balladurettes ou des Jupettes, les primes à la casse mises en place sous les mandats d’Édouard Balladur et d’Alain Juppé ?” interroge-t-il.

“Pour un double mandat présidentiel, une prime semble manquer de grandeur au moment de faire le bilan. On se rappellera davantage de la situation géopolitique et de la portée internationale d’Emmanuel Macron…”, conclut-il. Des crises majeures externes font perdurer cette prime, mais risquent également de l’oublier dans l’histoire.