Coopération espagnole en Tunisie : 25 millions d’euros pour relancer l’ambition
Près de 25 millions d’euros sont engagés pour réhabiliter une station d’épuration desservant 900 000 personnes dans la zone de Nabeul. La coopération espagnole est présente en Tunisie depuis trente ans et a traversé une période de format réduit à partir de 2013.
Près de 25 millions d’euros seront investis pour réhabiliter une station d’épuration qui dessert 900 000 personnes. Après une décennie de réduction d’activité, un bureau a rouvert en 2024, accompagné de nouveaux axes thématiques liés à la santé et au développement territorial. La visite à Tunis, les 21 et 22 mai, du Directeur général de la coopération espagnole et de la Directrice de la coopération avec l’Afrique, le Monde arabe et l’Asie, marque un tournant important. Consuelo Tomé Virseda, Coordinatrice générale de l’AECID en Tunisie, précise les enjeux de cette initiative.
La coopération espagnole est présente en Tunisie depuis trente ans sans interruption. Cependant, elle a connu une période de format réduit après 2013, lorsque le bureau principal a été fermé en raison de restrictions budgétaires antérieures à la révolution. Malgré cela, l’AECID a continué ses opérations via une antenne, avec des projets de plus faible envergure. En 2024, face à l’augmentation des besoins et à la volonté d’approfondir le partenariat, le bureau a rouvert officiellement, permettant de créer une équipe professionnelle renforcée, de multiplier les programmes et d’instaurer un dialogue ambitieux avec les institutions tunisiennes.
Cette visite de haut niveau se déroule dans un contexte international où de nombreuses réductions de l’aide publique au développement sont constatées. À l’inverse, l’Espagne fait le choix délibéré de considérer la coopération comme un outil de paix, de dialogue et de développement, comme le démontre cette délégation conjointe.
Les rencontres avec les institutions ont constitué une base pour cet engagement renouvelé, qui s’articule autour de quatre axes. Le premier axe vise à promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes, qui est une marque de l’AECID, par le biais de programmes de lutte contre les violences de genre et de création d’opportunités économiques pour les femmes, notamment dans l’agriculture. Le deuxième axe concerne l’inclusion économique des jeunes, à travers des modèles innovants d’économie sociale et solidaire, où l’Espagne pense avoir autant à apprendre qu’à partager. Le troisième axe aborde la transition écologique, incluant la lutte contre le changement climatique, le développement agricole durable et la gestion des ressources en eau, tous défis communs à l’Espagne et à la Tunisie. Enfin, le quatrième axe entend renforcer les mécanismes d’inclusion civique des jeunes et leur engagement dans la vie publique.
La première journée de la visite a débuté à la station d’épuration de Chotrana, dans le Grand Tunis. Ce projet représente la première opération de coopération financière de l’AECID en Tunisie sous forme de crédit, réalisée en partenariat avec les coopérations allemande et française en raison de son ampleur, et visitée avec le directeur général de l’ONAS. Avec près de 25 millions d’euros investis pour la réhabilitation de l’installation traitant les eaux de près de 900 000 habitants dans la zone de Nabeul, ce projet illustre les contributions concrètes et structurantes de la coopération espagnole.
La délégation a ensuite visité l’Espace Chanti, soutenu par l’association éponyme, qui accompagne des initiatives axées sur le travail décent et la transformation des territoires, avec des antennes à Nefta et au Kef, témoignant du rayonnement de l’action espagnole au-delà de la capitale. Non loin, l’initiative Bella, gérée par l’Association Beiti, offre formation professionnelle, accompagnement en santé et soutien juridique à des femmes en grande vulnérabilité telles que des victimes de violences ou des femmes vivant dans la rue ou en situations précaires. La représentante espagnole a souligné l’importance de ce dispositif pour permettre à ces femmes de retrouver leur autonomie.
La visite s’est conclue à la Médersa Slimani, dans la Médina de Tunis, dans le cadre du programme Magrumin, mis en œuvre avec le British Council, l’Union européenne et FIA. Ce programme vise à favoriser l’inclusion des jeunes par la culture et le sport, permettant à la délégation de s’engager directement avec des jeunes porteurs de projets, parmi lesquels un entrepreneur dans le sport électronique, des participants d’une académie de renforcement de capacités, ainsi que des associations axées sur la santé mentale par la culture, et des représentants du programme Servision, qui rénove les offres de 21 structures publiques pour mieux impliquer les jeunes dans la création de leurs propres programmes. Le directeur général a qualifié ces initiatives de « porteuses d’espoir dans des temps de crise », tandis que les jeunes ont librement exprimé leurs aspirations et préoccupations devant toute la délégation.
Le bilan de cette visite est considéré par la Coordinatrice générale comme très positif. Au-delà du financement de Chotrana, l’AECID a l’intention de mobiliser un plus large éventail d’acteurs, incluant les coopérations décentralisées espagnoles — notamment catalanes et andalouses — et des ONG, jugées essentielles à la solidarité espagnole à l’échelle locale.
Une réunion a aussi eu lieu avec la Coordonnatrice résidente des Nations Unies, illustrant l’ambition de l’AECID d’être un partenaire intellectuel et stratégique, et pas seulement financier. Suite au Sommet sur le financement du développement organisé l’année dernière à Séville, l’agence vise à stimuler une réflexion collective en Tunisie sur les meilleures façons de financer le développement.
De nouveaux axes thématiques se dessinent également, portant sur la santé des femmes, la santé mentale et les soins aux personnes âgées et aux enfants. À un niveau technique, les échanges entre fonctionnaires et experts tunisiens et espagnols seront intensifiés dans les domaines du développement agricole et de la gestion de l’eau, dans le prolongement d’une récente rencontre à Cordoue avec une délégation tunisienne et des représentants de tous les pays méditerranéens. Enfin, le développement local et le renforcement des communes se posent comme un axe transversal, la proximité avec les citoyens étant considérée comme un levier aussi essentiel que les grands programmes nationaux.

