L’hiver difficile des commerçants rochois : tourisme et conséquences fatales pour plusieurs enseignes.
Dans le piétonnier de La Roche, sur les 74 cellules commerciales disponibles, 24 sont vides, soit près d’une sur trois. Selon les derniers chiffres de l’Association du Management des centres-villes, c’est 10% de plus que la moyenne wallonne.
Dans le piétonnier de La Roche, fermer les yeux suffit pour imaginer un monde apaisé, laissant place à quelques oiseaux qui chantent. Devant les terrasses, les restaurateurs attendent patiemment l’arrivée des clients. Il est déjà passé midi, et il semble nécessaire de penser au lendemain.
Les commerces de détail, eux, sont résignés depuis un certain temps. « Ici, on n’a plus vu grand monde depuis novembre », déclare une commerçante de prêt-à-porter. « En hiver, il arrive que la porte du magasin reste fermée durant trois ou quatre jours. On peut revenir à la maison avec dix euros dans le tiroir-caisse. C’est catastrophique. »
Plus loin, un magasin de décorations a pris la décision de rester fermé les mardis, mercredis et jeudis. « Psychologiquement, ce n’est pas simple à gérer. Attendre le client, ça use moralement. Mes lumières consomment beaucoup. Ouvrir les jours où je sais qu’il n’y aura personne me coûte plus cher que de rester fermé. » Elle a décidé que, dès la fin de son bail, elle quittera le centre de La Roche.
Ils sont nombreux dans ce cas. Dans le piétonnier, sur les 74 cellules commerciales disponibles, 24 sont inoccupées. Près d’une sur trois, soit 10% de plus que la moyenne wallonne selon les derniers chiffres de l’Association du Management des centres-villes. « Mais ce chiffre est temporaire et doit être nuancé. Certaines cellules sont en travaux et devraient rouvrir dans les prochains mois », assure Noémie Vanbelinghen, membre de l’agence de développement local.
Jean-Luc Calonger, président de l’AMCV, analyse la situation : « La particularité de La Roche est qu’elle dépend uniquement du tourisme. La question est comment attirer des clients durant les périodes creuses. » Cette interrogation a conduit l’AMCV, mandatée par la commune, à proposer il y a quatre ans une série de recommandations pour redynamiser le centre, dont l’attractivité de commerces spécialisés.
La Pêche sportive chez Thierry est un exemple de ces magasins spécialisés. « J’ai trouvé un créneau qui n’existe pas ailleurs. Je vends des articles de randonnée et surtout des accessoires pour les pêcheurs, notamment ceux qui pratiquent la pêche à la mouche », explique le gérant. « Une grande partie de ma clientèle vient de loin, car il n’y a pas beaucoup de magasins spécialisés dans ce domaine. »
Cela pourrait laisser penser à un début de stratégie de la commune pour revitaliser le piétonnier. Cependant, Jean-Pierre Dardenne, le bourgmestre, estime que « Notre piétonnier se porte très bien. La Roche reste une destination importante pour le tourisme. Les gens apprécient notre centre et notre Horeca. »
Il reconnaît que le tourisme s’intensifie en été et lors de journées ensoleillées, mais il ajoute : « Cependant, il commence à s’étendre davantage sur l’année. » Pourtant, de nombreux commerçants soulignent que le piétonnier est peu fréquenté depuis novembre. « Il y aura toujours des commerçants pour râler », rétorque Dardenne. « La Roche vit grâce au tourisme. Pour ceux qui veulent s’installer ici, il faut pouvoir offrir des biens et services qui attirent les touristes. Sinon, il est légitime de douter de la viabilité du projet. »
N’est-ce pas un signe que les commerces de détail n’ont pas leur place dans le piétonnier ? « Tout le monde est le bienvenu. Il faut juste savoir que notre commune est démographiquement trop petite pour faire vivre un centre avec des commerces diversifiés. Les touristes viennent à La Roche pour se promener, prendre un verre ou manger le soir. C’est l’Horeca qui fonctionne bien ici. »
Dans les années à venir, La Roche compte exploiter pleinement cette réalité. « Nous sommes en passe d’acquérir plusieurs bâtiments. Nous allons les raser pour créer de nouvelles cellules commerciales, plus grandes et adaptées pour des bars ou des restaurants. »
Cette première acquisition devrait être un premier pas, suivie par d’autres bâtiments dans le piétonnier, avec pour objectif de redessiner le centre-ville, non pas pour le revitaliser durant les périodes creuses, mais pour optimiser son rendement pendant la saison estivale.

