Coupe du monde 2026 : villes qui ont dit non à la FIFA
La Coupe du monde 2026 sera coorganisée par les États‑Unis, le Canada et le Mexique, avec 104 matchs répartis dans seize villes hôtes, dont le Canada n’accueillera que 13 matchs. Montréal a officiellement retiré sa candidature en 2021, après la décision du gouvernement du Québec, en raison des préoccupations concernant les coûts et les exigences de la FIFA.
Note éditoriale : plusieurs informations ont été précisées et corrigées dans cet article concernant Montréal et Vancouver dans le cadre de l’organisation de la Coupe du monde 2026, ainsi qu’une référence aux matchs disputés à Chicago lors de la Coupe du monde 1994.
La Coupe du monde 2026 sera la première à inclure 48 équipes, coorganisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique, avec un total de 104 matchs prévus dans seize villes hôtes. La répartition des matchs est cependant déséquilibrée, car les États-Unis accueilleront la majorité des rencontres, tandis que le Canada n’en recevra que 13.
Le coup d’envoi du tournoi sera donné au stade Azteca de Mexico avec la cérémonie d’ouverture le 11 juin, et la finale se déroulera le dimanche 19 juillet 2026 à New York. Le Canada aura sa propre cérémonie le 12 juin à Toronto avant de rencontrer la Bosnie-Herzégovine, tout comme les États-Unis qui joueront à Los Angeles le même jour juste avant leur match inaugural contre le Paraguay.
Bien que la FIFA décrive cet événement comme un « tournoi des opportunités » pour les villes, la liste finale ne mentionne pas celles qui ont choisi de se retirer plutôt que d’accueillir l’événement, notamment Montréal et Chicago.
De nombreux observateurs critiquent l’organisation de cette édition de la Coupe du monde, la qualifiant de mise en avant des États-Unis et de son président influent. Pour Gilles Goetghebuer, journaliste sportif, la FIFA « américanise le sport, avec des produits dérivés, cette mi-temps en quatre quarts-temps qui permet de vendre de la publicité« , et propose des billets à des prix prohibitifs pour les fans venant de partout. Face à cette situation, certaines villes ont choisi de se rebeller.
Montréal, la ville qui a abandonné
Montréal était initialement candidate pour accueillir des matchs au Stade olympique, mais le gouvernement du Québec s’est retiré du projet en 2021.
Une note d’analyse de la Direction générale du Trésor français, accompagnée de plusieurs synthèses spécialisées, indique que le Québec craignait une facture « potentiellement énorme et imprévisible » liée aux exigences de la FIFA, aux rénovations du stade et à la sécurité, pour des retombées jugées incertaines.
Dans cette note, les autorités québécoises expriment leur réticence à signer des garanties financières « sans plafond clair » pour répondre aux demandes de la FIFA, notamment en ce qui concerne les infrastructures et la sécurisation des sites.
En conséquence, Montréal s’est officiellement retirée, laissant Toronto et Vancouver comme seules villes hôtes au Canada, malgré son riche héritage sportif et son passé de grande ville olympique.
Pour Jean-Baptiste Guégan – co-auteur de Géopolitique du sport avec Lukas Aubine – « ce qui est intéressant, c’est que la FIFA n’avait encore jamais été confrontée à des villes qui maîtrisent aussi bien le fonctionnement du sport professionnel nord-américain. Ces villes examinent l’ensemble de la facture, refusent la privatisation des profits au détriment d’un financement public des coûts et demandent un véritable équilibre« .
Ce spécialiste des enjeux économiques et géopolitiques du sport ajoute : « Cette logique-là, la FIFA ne l’avait jamais rencontrée à ce niveau en Amérique du Nord. Les cas de Montréal et de Chicago illustrent clairement que nous sommes face à des acteurs politiques désireux de ne pas faire peser la facture sur les dépenses publiques, car cela relève d’un autre type de gouvernance« .
Chicago, la métropole qui ne voulait pas signer un chèque en blanc
Le cas de Chicago, aux États-Unis, est l’un des mieux documentés. La troisième ville du pays, qui avait accueilli le match Allemagne-Belgique lors du Mondial 1994, a d’abord posé sa candidature avant de se retirer. En 2018, le maire de l’époque, Rahm Emanuel, a annoncé le retrait de la candidature, dénonçant le manque de « niveau de certitude de base sur certaines inconnues majeures » et le risque de mettre « la ville et ses contribuables en danger« .
Dans un communiqué relayé par la presse américaine, Emanuel déclare que « l’incertitude pour les contribuables, associée à l’inflexibilité de la FIFA et son refus de négocier, étaient des indications claires que la poursuite de l’offre ne serait pas dans le meilleur intérêt de Chicago« .
Pour la ville, la situation est simple : trop de risques financiers et juridiques, et trop peu de garanties quant aux retombées, avec un cahier des charges considéré comme non négociable par l’organisme mondial.
Des exigences jugées trop lourdes
Les exemples de Montréal et Chicago témoignent des préoccupations partagées par plusieurs villes depuis des années : un cahier des charges qui laisse peu de latitude aux autorités locales. Deux journalistes de Vancouver ont rendu public, dans The Province et The Breaker, le cahier des charges imposé par la FIFA.
On y trouve notamment des demandes telles que : « exonération fiscale pour la FIFA dans le ou les pays hôtes, y compris sur les bénéfices réalisés pendant la Coupe du monde (les journalistes font remarquer que la FIFA aurait dégagé 2 milliards de profits lors du Mondial 2014 au Brésil) ; possibilité d’importer et d’exporter, sans restriction ni taxation, des montants illimités en devises étrangères entre la Suisse et le ou les pays hôtes ; et enfin, liberté totale pour la FIFA de modifier unilatéralement les termes de l’entente signée avec le ou les pays hôtes« .
Jean-Baptiste Guégan déclare : « Les exigences actuelles de la FIFA, et plus largement, des organisateurs de méga-événements, ont explosé ces dernières années, qu’il s’agisse des demandes financières, des contraintes hôtelières ou des impératifs de sécurité. Accueillir un événement de ce type ne garantit plus que les retombées médiatiques et touristiques compensent les coûts, bien au contraire.«
Les villes doivent également accepter de longues périodes de réservation des stades et des zones urbaines, des aménagements coûteux pour répondre aux standards de la FIFA, ainsi que des régimes d’exemption commerciale qui diminuent leurs revenus directs.
La ministre du Tourisme de la Colombie-Britannique, Lisa Beare, a déjà fait savoir, à propos du retrait de Montréal, que la province ne pouvait pas « accepter des conditions qui mettraient [les citoyens] à risque d’assumer des coûts potentiellement énormes et imprévisibles« .
Cette déclaration rejoint les justifications fournies par les villes américaines, comme Chicago et Minneapolis, qui affirment ne pas pouvoir engager de fonds publics sans visibilité sur les dépenses et sans possibilité de renégocier les clauses imposées par la FIFA.
Notre spécialiste de l’économie du sport souligne que « dans le cas de la FIFA, les exigences actuelles concernent également la fiscalité, l’interdiction de vente pour certains commerces locaux, des restrictions drastiques de circulation, voire – comme observé en Afrique du Sud – la mise en place d’un droit spécifique durant l’événement. Toutes ces questions soulèvent de réelles préoccupations, et certaines métropoles préfèrent désormais dire non, même lorsqu’elles sont des capitales régionales ou continentales ambitieuses sur la scène internationale« .
Grandes absentes ou villes indépendantes ?
La FIFA ne communique officiellement que sur les villes retenues, pas sur celles qui ont choisi de se retirer ou ont été écartées.
Des analyses et articles de synthèse mentionnent environ vingt grandes villes nord-américaines qui ne seront pas hôtes – Washington, Las Vegas, La Nouvelle-Orléans, Orlando ou Ottawa -, en faisant la distinction entre celles non retenues et celles qui ont réellement abandonné leur candidature.
Dans ce contexte, Montréal et Chicago se démarquent : ce sont des villes sportives, habituées aux grands événements, qui ont explicitement renoncé en invoquant la protection des finances publiques et leur refus des conditions imposées par la FIFA. En revanche, d’autres métropoles absentes n’ont jamais achevé toutes les étapes de la candidature ou ont été simplement écartées par la FIFA sans que la notion de « refus politique » ne soit aussi évidente.
Un signal politique envoyé aux organisateurs de méga-événements
À un moment où de plus en plus de villes hésitent à accueillir des Jeux Olympiques ou d’autres grands tournois en raison des coûts, les décisions prises par Montréal et Chicago s’inscrivent dans une tendance plus large de remise en question des méga-événements sportifs. Bien que cela n’empêche pas la réalisation de la Coupe du monde 2026, ces retraits rappellent que l’engagement des populations locales et la transparence des montages financiers sont devenus des conditions incontournables, même en Amérique du Nord.
Pour Monsieur Guégan, il est clair que « les frictions actuelles entre Donald Trump et la FIFA pourraient se reproduire avec le CIO un jour, dans un État démocrate, où un maire de Los Angeles ne serait pas prêt à accepter n’importe quoi. Ce genre de tension, les fédérations internationales ne sont pas habituées. Pendant vingt ans, on a assisté à une course à celui qui dépenserait le plus ; aujourd’hui, comme on l’a vu avec Paris, cela n’est plus soutenable. De nombreuses villes refusent de candidater, et pour les Coupes du monde, avec un format à 48 équipes qui pourrait passer à 64, cette logique devient intenable« .
Pour la FIFA, le message est clair : même des villes historiques du football ou de l’olympisme peuvent dire non lorsque le partage des risques et des bénéfices s’avère trop déséquilibré.
Reste à déterminer si ces refus isolés entraîneront des négociations plus équitables avec les futurs hôtes, ou si les grandes compétitions continueront à privilégier les villes prêtes à signer sans poser trop de questions.
Notre spécialiste est convaincu que « la FIFA imposait ses conditions, et avec Gianni Infantino, on avait souvent l’impression que tout était non négociable. Désormais, un rapport de force s’instaurera. Cela se manifestera sans doute véritablement après 2034, puisque l’Arabie Saoudite semble prête à organiser le tournoi avec des moyens financiers quasi illimités, tout comme le Qatar en 2022. Mais la situation future sera forcément différente : très peu de pays pourront accueillir seuls autant d’équipes, il faudra mutualiser entre plusieurs États, ce qui posera d’autant plus la question des finances publiques des villes concernées. Et quand un événement se passe mal, les conséquences sont lourdes : il suffit de considérer la finale de la Ligue des champions 2022 à Saint-Denis, qui a eu des retombées négatives notables pour l’État français et les collectivités concernées.«
Jean-Baptiste Guégan, géopolitologue du sport et professeur à Sciences Po à Paris
Jean-Baptiste Guégan, géopolitologue du sport
Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

