«Â On sait parler aux gens » : Les présentateurs ne laissent pas les applications météo s’imposer.
Demain, le ciel sera dégagé avec des températures de 30 °C à Orléans, 26 °C à Cherbourg et 25 °C à Perpignan. En 2022, Évelyne Dhéliat avait montré deux cartes des prévisions météo pour un mois d’août en 2050.
« Demain, le ciel sera dégagé. Préparez-vous à des températures élevées sur l’ensemble du territoire français. Il fera 30 °C à Orléans, 26 °C à Cherbourg et 25 °C à Perpignan. » Qu’il s’agisse de la radio, de la télévision ou même des journaux, les bulletins météo attirent toujours un large public. Cela est d’autant plus vrai lors de phénomènes extrêmes, comme la vague de chaleur que nous rencontrons en cette fin mai, après un week-end de l’Ascension particulièrement froid. Le succès des bulletins météo n’est pas un phénomène nouveau, mais il suscite des interrogations. Comment expliquer qu’alors que la météo est accessible en direct sur nos téléphones, tant de personnes continuent de suivre ces prévisions ?
Pour obtenir des réponses, 20 Minutes a conversé avec trois présentateurs et présentatrices météo reconnus, qui exercent leur métier depuis plusieurs décennies. À l’approche du Meet-up du Forum de la météo et du climat, où ils seront présents samedi à Rennes (où le temps est généralement clément), Évelyne Dhéliat (TF1), Christine Pena (France Info) et Laurent Romejko (France Télévisions) ont accepté de répondre à quelques questions. Ce fut également l’occasion d’aborder l’évolution de leur métier face au changement climatique et à la désinformation.
Pourquoi les Français continuent-ils de regarder vos bulletins ?
Évelyne Dhéliat : Parce que la météo fait partie intégrante de notre vie ! C’est ce qui influence notre quotidien. C’est un sujet omniprésent dans les discussions, donc les gens s’y intéressent. Regardez le week-end de l’Ascension : tout le monde parlait du froid. Maintenant, avec l’arrivée du beau temps, c’est un sujet de discussion encore plus brûlant.
Christine Pena : Je pense que cela touche directement la vie quotidienne des gens. La météo détermine comment les gens s’habillent, ce qu’ils prévoient de faire durant la journée ou le week-end. De plus, il semble que tout le monde aime comparer les informations en consultant différents sites et applications. Chacun est devenu un peu prévisionniste. Cependant, je pense que nous savons établir un contact avec le public.
Êtes-vous parfois perçue comme responsable du mauvais temps ?
Christine Pena : C’est mon quotidien avec mes collègues. Quand il pleut, ils me lancent souvent : qu’est-ce que tu as fait, Christine ? Dès que je croise des gens, le temps est un sujet de conversation, comme si j’avais le contrôle sur ça. Les gens me demandent s’il fera beau pour leur week-end ou s’il y aura de la neige à la montagne. C’est un véritable sujet de préoccupation.
Évelyne Dhéliat : Dans la rue, il arrive souvent que les gens expriment leur mécontentement concernant la météo et me demandent si je ne peux pas y changer quelque chose. C’est de l’humour, car ils savent bien que je n’ai aucune influence. Toutefois, il m’est déjà arrivé de recevoir des courriers de personnes mécontentes que mes prévisions ne se soient pas réalisées. Un hôtelier de la Côte d’Azur m’avait même écrit après avoir prévu de la pluie, ce qui avait entraîné des annulations, alors qu’il avait fait un temps splendide. Mais c’était il y a longtemps.
Les prévisions sont-elles plus fiables aujourd’hui ?
Laurent Romejko : Les avancées technologiques ont été majeures. Quand j’ai commencé, il était très difficile de prévoir au-delà de deux ou trois jours. J’ai vraiment observé l’évolution de notre métier. Les modèles informatiques ont progressé, tout comme nos connaissances.
Évelyne Dhéliat : Nous avons également assisté à une évolution des cartes météo diffusées à l’écran. Avant, c’était une image figée. Aujourd’hui, nous pouvons suivre les évolutions tout au long de la journée. Cependant, nous n’avons pas tout révolutionné non plus, car les téléspectateurs ont besoin de comprendre rapidement quel temps il fera chez eux.
Êtes-vous mieux pris au sérieux aujourd’hui qu’auparavant ?
Laurent Romejko : Absolument. Quand Évelyne et moi avons débuté, on ne nous prêtait pas beaucoup de crédit. On parlait de la météo sur un ton similaire à celui de l’horoscope. Petit à petit, le sujet a gagné en importance dans l’actualité, et nous sommes davantage considérés. Notre rôle n’a cessé de croître au fil des années. Avant la tempête de 1999, il n’existait pas de vigilance météo. Et avant l’été 2003, il n’y avait pas d’alerte canicule. Grâce à des prévisions plus précises et des messages de vigilance, les bilans humains sont beaucoup moins lourds. Nous participons à une mission avec l’État pour protéger les biens et les personnes.
Christine Pena : Lors de mes débuts, j’étais perçue comme une animatrice radio. Aujourd’hui, je possède une carte de journaliste. Bien que je ne sois pas météorologue, j’ai acquis des connaissances solides. Le métier a clairement évolué.
Le changement climatique impacte-t-il votre travail ?
Évelyne Dhéliat : Oui, car lorsque j’ai commencé, personne n’en parlait. Nous avons aussi la responsabilité d’alerter le public, de le sensibiliser. Toutefois, nous devons le faire sans culpabiliser, en gardant une approche positive.

Laurent Romejko : Notre rôle n’est pas évident. Nous entretenons un rapport particulier avec les téléspectateurs, car la météo est un rendez-vous convivial. Cependant, cela a également évolué vers un sujet sérieux. Nous ne pouvons pas décourager tout le monde. Nous devons trouver un discours adapté, accessible sans être anxiogène.
Êtes-vous attentifs au choix des mots employés ?
Christine Pena : Oui et non. Lorsqu’il fait mauvais temps, comme cet hiver, il est légitime de dire à l’antenne que nous en avons assez de la pluie. Je préfère garder une certaine légèreté, ce qui permet de rester en contact avec les gens. C’est pourquoi j’utilise des mots simples.
Évelyne Dhéliat : Oui. Par exemple, j’évite l’expression « faire beau ». Dire qu’il va faire beau n’a pas de sens. Pour qui cela vaut-il ? Pour les agriculteurs qui espèrent de la pluie, cela peut être catastrophique. Tandis que les professionnels du tourisme recherchent le soleil. J’essaie de fournir une information claire et informative.
Comment gérez-vous les climatosceptiques qui doutent du changement climatique ?
Évelyne Dhéliat : Personnellement, je préfère ignorer la désinformation. Les preuves sont évidentes. Les scientifiques n’émettent plus d’hypothèses, ils ont des certitudes. Les faits sont là : le climat se réchauffe, avec toutes les conséquences que cela entraîne. Les climatosceptiques s’engagent sur un chemin sans issue. Les écouter, c’est leur accorder trop d’importance.
Laurent Romejko : Certains discours relèvent du délire conspirationniste. Cela provient souvent des mêmes individus. Aujourd’hui, la climatologie s’appuie sur trente années de données mesurées avec une précision croissante. Lorsque nous évoquons une normale saisonnière, nous nous basons sur ces 30 dernières années. Ensuite, nous constatons que certaines personnes s’informent trop sur les réseaux sociaux sans distinguer ce qui est vrai de ce qui ne l’est pas. À mon avis, il est essentiel de répondre aux critiques avec des faits établis et des vérités scientifiques.

