Tribune anti-Bolloré : 2.800 professionnels souhaitent « zapper Bolloré »
Le 11 mai, une tribune réunissant 600 signatures a été publiée à la veille de l’ouverture du Festival de Cannes, dénonçant « l’emprise de l’extrême droite » sur le cinéma français via Vincent Bolloré, actionnaire de référence de Canal+. Selon Le Monde, mercredi 20 mai, plus de 2.800 professionnels du cinéma avaient rejoint la pétition, représentant ainsi une forte mobilisation dans le secteur.

Le 11 mai, à la veille de l’ouverture du Festival de Cannes, une tribune dénonçant « l’emprise de l’extrême droite » sur le cinéma français, incarnée par Vincent Bolloré, actionnaire principal de Canal+, a réuni 600 signatures. Suite à la menace de « liste noire » exprimée par Maxime Saada, directeur de Canal+, le nombre de signataires a explosé : le mercredi 20 mai, selon Le Monde, plus de 2.800 professionnels du cinéma ont rejoint la pétition. En neuf jours, le mouvement a plus que quadruplé, rassemblant des acteurs, des producteurs et des représentants d’institutions.
Les comédiens : des visages remarquables
Le cercle des signataires le plus médiatisé est celui des acteurs. Swann Arlaud, Juliette Binoche, Damien Bonnard et Adèle Haenel symbolisent une génération de comédiens engagés, actifs dans des festivals internationaux et dans des films d’auteur, souvent financés par… Canal+. La contradiction est manifeste, et ils l’admettent dans la tribune : « nous dépendons aujourd’hui, à des degrés divers, pour nos projets autant que nos salaires, de l’argent de Vincent Bolloré ».
Les réalisateurs et documentaristes : l’âme du mouvement
Derrière les acteurs, les cinéastes constituent le pilier intellectuel de la tribune. Les réalisateurs Sepideh Farsi et Arthur Harari figurent parmi les premiers signataires, rejoints par Raymond Depardon, figure emblématique du documentaire français, dont la présence confère un poids historique indéniable au texte. Ce groupe exprime une préoccupation claire : la crainte d’une uniformisation des films sous une influence idéologique.
Les producteurs et exploitants : les piliers de l’industrie
Moins connus du grand public mais essentiels, les producteurs et exploitants de salles illustrent peut-être le signe le plus significatif de la mobilisation. Le producteur Rémi Bonhomme est parmi les premiers signataires, aux côtés de François Aymé, exploitant de cinéma. Ces professionnels sont ceux qui, au quotidien, négocient avec Canal+ les préfinancements de films. Leur signature traduit une réalité précise : la crainte n’est pas symbolique mais économique et concrète.
Les techniciens : l’épine dorsale invisible
Ils représentent la majorité des signataires. Directeurs de casting, scripts, chefs décorateurs, compositeurs, assistants réalisateurs et monteurs sont des métiers souvent invisibles pour le public, mais indispensables sur chaque tournage. Leur nombre important dans la liste explique en grande partie les chiffres révélés par Les Décodeurs du Monde : ces signataires figurent au générique de plus de la moitié des films produits en France ces cinq dernières années, soit au moins 650 des 1.094 films analysés. Et ce ne sont pas les plus marginaux : seize des dix-neuf films ayant surpassé deux millions d’entrées depuis 2021 comptent au moins un signataire dans leur équipe, du Comte de Monte-Cristo à L’Amour ouf de Gilles Lellouche.
Les festivals indépendants : une résistance organisée
Au-delà des individus, des structures collectives ont également offert leur soutien. Des festivals comme le FIFIB, le Festival International du Film Indépendant de Bordeaux, qui défend depuis 2012 un cinéma en dehors des logiques de concentration, reflètent les préoccupations des salles art et essai face à une potentielle domination de Bolloré sur les écrans. « Canal+ réussit à diviser la profession en établissant une distinction entre les “collabos”, ceux qui utiliseront le guichet Bolloré, et les autres », déplore un professionnel souhaitant garder l’anonymat.
Un mouvement qui transcende le cinéma
Cette mobilisation fait suite à celle de centaines de professionnels de l’édition (auteurs et éditeurs) qui avaient exprimé leur mécontentement face au licenciement d’Olivier Nora, PDG de Grasset, maison du groupe Hachette, lui-même lié à Bolloré. Tribune après tribune, différents secteurs de la culture française s’organisent contre la concentration des pouvoirs médiatiques et éditoriaux entre les mains d’un seul homme. La question demeure : ce front tiendra-t-il face aux 160 millions d’euros que Canal+ investit chaque année dans le cinéma français ?

