Les spécialistes des médecines alternatives ne réagissent pas à la réforme des mutuelles.
Le ministre fédéral de la Santé, Frank Vandenbroucke, a présenté un plan de réforme visant à réviser en profondeur le fonctionnement et le financement des mutuelles, ce qui menace les avantages et prestations offerts en échange d’une assurance complémentaire obligatoire. Selon ce plan, les thérapies non conventionnelles ne seront plus prises en charge par les assurances complémentaires obligatoires, bien que 16% des Belges aient régulièrement recours à des pratiques médicales alternatives.
Avec son plan de réforme récemment présenté, le ministre fédéral de la Santé Frank Vandenbroucke (Vooruit) a exprimé son désir de réviser en profondeur le fonctionnement et le financement des mutuelles : davantage d’évaluations, des économies significatives et surtout un ajustement de leurs missions.
Parmi celles-ci, les avantages et prestations offerts par les mutuelles en échange d’une assurance complémentaire obligatoire sont désormais menacés. En effet, selon le ministre, il y en a trop et, dans certains cas, ils sont motivés davantage par une logique concurrentielle et commerciale que par une logique de santé. Dans ce plan de réforme, le socialiste flamand prévoit ainsi que les avantages complémentaires ne soient proposés aux bénéficiaires que s’ils concernent strictement et « scientifiquement » la santé. Cela signifie que les thérapies non conventionnelles ne seront plus couvertes par les assurances complémentaires obligatoires. En d’autres termes, les traitements par homéopathie, acupuncture ou sophrologie ne pourront plus être remboursés, même partiellement, alors que 16 % des Belges ont régulièrement recours aux pratiques médicales dites alternatives.
Il convient de rappeler qu’il ne s’agit encore que d’une proposition de réforme, qui n’a pas encore été négociée avec les mutuelles et les partis de la majorité. Pourtant, ce plan a déjà suscité des inquiétudes parmi les spécialistes des disciplines directement concernées, mais aussi… de la compréhension.
Homéopathe depuis 40 ans, Arlette Blanchy ne mâche pas ses mots lorsqu’il s’agit de commenter ce plan de réforme. Pour elle, le ministre Frank Vandenbroucke est tout simplement « à côté de la plaque » et a « quelques trains de retard par rapport aux études qui ont été faites » sur le sujet, qui, rappelle-t-elle, ont prouvé que « l’efficacité de l’homéopathie et de l’allopathie sont quasiment équivalentes ». La trésorière d’UNIO, l’Union professionnelle homéopathique belge, refuse donc de croire le ministre de la Santé lorsqu’il affirme que l’homéopathie n’est pas efficace.
Pour elle, cela constitue un faux débat. Et l’homéopathe d’ajouter : « c’est un a priori très triste de refuser les médecines alternatives et c’est penser que le citoyen est très bête que de continuer à se faire soigner par une médecine qui ne serait pas efficace ».
Selon cette spécialiste, le remède homéopathique est d’ailleurs loin d’être celui qui coûte le plus cher en matière de remboursements des médicaments. « Je ne pense pas que ce soit l’homéopathie qui grève tellement le budget des mutuelles et qui soit responsable des abysses de la sécurité sociale », poursuit-elle.
Cette réforme vise avant tout, selon Arlette Blanchy, à « saboter » les médecines non conventionnelles, à faire en sorte « qu’elles ne soient plus en tête de choix du citoyen. Parce que le fait de travailler au niveau des mutuelles, c’est déjà la suite logique de l’abrogation de la loi Colas qu’il a faite en novembre, je dirais, à bas bruits, sans trop en discuter ni avec nous ni avec qui que ce soit d’ailleurs ». Quoi qu’il en soit, réforme ou non, Arlette Blanchy assure que les citoyens continueront de se faire soigner par homéopathie.
2 % de la population belge a actuellement recours à l’acupuncture, notamment pour lutter contre des migraines et des douleurs chroniques. Pour les patients qui se tournent vers cette thérapie non conventionnelle, un remboursement à hauteur d’une dizaine d’euros par séance est actuellement proposé par les assurances complémentaires obligatoires. « Pour un maximum de cinq à six séances par an », précise Guido Fortenio, acupuncteur en région bruxelloise, soit un remboursement équivalent à 60-70 euros par an par bénéficiaire.
Malgré une petite partie de la patientèle pour qui « dix euros, c’est peut-être important », « l’acupuncture est une technique pour les riches, ça ne va pas forcément changer les habitudes de mes patients », souligne Guido Fortenio. Par conséquent, cette réforme ne risque pas d’impacter sa pratique.
Tout comme sa consœur Arlette Blanchy, ce spécialiste ne craint pas pour l’avenir de ce traitement, puisqu’il estime que l’intérêt pour la médecine non conventionnelle ne fait qu’accroître. « Par contre, c’est évident que ça commence à créer un problème » pour certains, « parce que ça enlève des tranches de marché à d’autres secteurs, comme le secteur pharmaceutique. Et ça, ce n’est pas anodin », explique l’acupuncteur. Il souligne également que la Belgique compte environ 130 entreprises pharmaceutiques sur son territoire. Bien qu’il ne s’estime pas en concurrence avec elles, il ne rejette pas l’idée qu’elles se sentent en compétition avec les médecines alternatives.

