Le prix de l’essence atteint un sommet : quelles perspectives ?
Le baril de pétrole avoisine aujourd’hui les 110 dollars, ce qui se répercute automatiquement sur le prix à la pompe. Toutefois, le coût de la matière première ne représente qu’environ 20% du prix final d’un litre d’essence.

Impossible à prévoir à court terme
Le marché pétrolier connaît une forte volatilité, étant tributaire d’événements extérieurs, comme une aggravation ou une désescalade des tensions internationales. « Une signature de paix au Moyen-Orient ferait baisser les prix, mais une attaque militaire pourrait provoquer une nouvelle flambée« , résume Bertrand Candelon, professeur de finance internationale à l’UCLouvain.
Actuellement, le baril de pétrole est aux alentours de 110 dollars, ce qui a un impact direct sur le prix à la pompe. Cependant, le coût de la matière première ne constitue qu’environ 20 % du prix final d’un litre d’essence. Par conséquent, une augmentation de 10 % du brut entraîne une hausse moins significative du prix pour les automobilistes.
Le prix du diesel augmente aussi, mais de manière différente.
Pourtant, même dans un scénario optimiste, un retour rapide aux prix d’avant-crise semble peu probable pour plusieurs raisons :
- Les infrastructures pétrolières endommagées dans certaines zones du Golfe nécessiteraient plusieurs mois, voire des années, pour être complètement restaurées.
- Bertrand Candelon souligne que certaines taxes ont un rôle crucial : « Il y a eu tout ce débat au Parlement début avril sur cette taxe qui devait augmenter et qui finalement n’a pas augmenté, mais qui a été repoussée. Donc, elle va arriver. Et puis, il ne faut pas se leurrer. Vous voyez qu’en ce moment, le gouvernement est en train de chercher de l’argent pour résoudre les problèmes budgétaires. Une partie des taxes sert à combler le déficit budgétaire belge. Ça finance l’État. Vu la situation budgétaire, il ne faut pas espérer que les taxes baissent, donc, ça va impacter le prix du litre d’essence. En résumé, même si le baril de pétrole tombait à 50 dollars, ça ne se traduirait pas forcément par une baisse à la pompe. »
Une baisse des prix est possible à long terme
À long terme, la transition énergétique pourrait réduire la demande mondiale de pétrole, exerçant ainsi une pression à la baisse sur les prix. Le spécialiste, référant à l’hypothèse de Prebisch-Singer en économie, explique que nous aurons besoin de moins de pétrole grâce à des industries plus efficaces sur le plan énergétique, entraînant une diminution de la demande et des prix.
Cependant, un second facteur doit aussi être considéré : les marges de distribution. Le professeur souligne qu’en France, plusieurs distributeurs ont quitté le marché, réduisant la concurrence et renforçant le pouvoir de fixation des prix des acteurs restants. Selon lui, ce phénomène pourrait également contribuer à maintenir les prix élevés, voire à accentuer les hausses. Ce scénario pourrait se reproduire en Belgique : « Si on revient sur le cas de la Belgique, pour Total, je pense que notre pays représente 2 % du chiffre d’affaires de Total. Donc, si Total s’en va de la Belgique, ils vont perdre 2 %, nous, on va perdre beaucoup. Pourquoi feraient-ils cela ? Parce que la grande partie des bénéfices des distributeurs et des raffineurs, ce n’est pas en Europe mais c’est aux États-Unis ou en Afrique. Donc si l’Europe souhaite mettre beaucoup de taxes et de contraintes, ils risquent à un moment de dire que vous vous débrouillez, nous ne distribuerons plus en Europe, ce qui pourrait entraîner des problèmes d’approvisionnement, s’il y a une confrontation commerciale entre les États et les distributeurs. Il faut faire attention, c’est un équilibre de marché.«

