Frères de Frédéric d’Andrea : Paolo nous a tous changés
Grégory D’Andrea témoigne avoir appris le 20 mars 2022 que son frère Frédéric avait été renversé et se souvient avoir menti à son autre frère, Nicolas, en lui disant qu’il ne savait pas si c’était grave. Paolo Falzone a admis avoir caché aux policiers l’existence d’une vidéo des faits et a déclaré : « Je n’ai jamais voulu faire de mal à personne ».
C’est Grégory qui prend la parole en premier. Il décrit comment il est arrivé sur les lieux le matin du 20 mars 2022, alors que son frère venait de perdre la vie. Il se souvient de son frère, allongé au sol, et du moment où il a croisé une ambulance en essayant de l’interpeller. Une personne lui a alors expliqué pourquoi l’ambulance passait son chemin : « il y a plus grave », a-t-elle dit.
Il se remémore sa réaction : « plus grave qu’un mort ??? » Puis il ajoute : « Et là, je regarde autour de moi. Et je découvre ‘Bagdad’. Je ne comprends pas comment je ne l’ai pas vu avant ce moment-là ».
« Tu l’as tué, tu as été plus destructeur que les balles », lui lancent ses mots en mémoire.
Il raconte ensuite sa conversation téléphonique avec son autre frère, Nicolas : « Fred s’est fait renverser », a-t-il dit. Son frère lui demande si c’est grave. Il lui ment et lui dit qu’il ne sait pas. « […] Je sais que j’ai déjà perdu un frère, je vais protéger le suivant ». À travers le texte qu’il a écrit en hommage à son frère, il évoque Frédéric, les années COVID, les traditions du carnaval, les moments partagés, leurs liens. Il mentionne aussi que son frère avait subi une attaque alors qu’il était convoyeur de fonds. S’adressant à l’accusé, il dit : « Paolo, tu as été plus destructeur que le COVID. Paolo, tu l’as tué, tu as été plus destructeur que les balles ».
Il explique combien la matinée du 20 mars 2022 a profondément changé toutes les personnes qui lui sont proches : « J’ai dû refaire connaissance avec tout le monde, parce que Paolo nous a tous transformés. Depuis le 20 mars, je construis une nouvelle vie avec les personnes qui étaient déjà dans l’ancienne mais qui ne sont plus les mêmes ». Il évoque également la nécessité de s’éloigner de la vie de Strépy, tant pour le travail que pour les moments en famille, « pour ne pas être tout le temps interpellé ». Il souligne que tout le monde est marqué à vie. « Mes parents sont toujours là. Mais intérieurement ils sont morts aussi ».
Grégory D’Andrea exprime ensuite son sentiment d’injustice. « Pour moi, Paolo, sa famille, son avocat n’ont montré aucune empathie dans ce dossier. Bientôt, il faudra s’excuser. C’est lui qui a tué notre frère, mais c’est nous qui dérangeons ». Il conclut : « À tous ceux qui s’en veulent d’avoir survécu, je leur dis : ‘arrêtez de vous en vouloir. Le seul responsable est à ma droite' ».
Un titre se dégage alors : « Un Paolo Falzone penaud mais toujours aussi confus ».
L’accusé explique à quel point la matinée du 20 mars 2022 a transformé ses proches : « J’ai dû refaire connaissance avec tout le monde, parce que Paolo nous a tous transformés ». Il raconte comment il a fallu s’éloigner de Strépy, tant pour travail que pour la famille, « pour ne pas être interpellé ». Il dit : « Mes parents sont toujours là. Mais intérieurement ils sont morts aussi ».
Il révèle aussi son sentiment d’injustice : « Paolo, sa famille, son avocat n’ont montré aucune empathie dans ce dossier. Bientôt, il faudra s’excuser ».
La présidente rappelle à Paolo Falzone qu’une vidéo des événements existait malgré ses déclarations initiales. « Pourquoi l’avoir cachée ? », demande-t-elle. Il avait déclaré qu’il n’avait pas son téléphone en main ce soir-là. « Pourquoi avoir dit ça aux enquêteurs ? » s’interroge Martine Baes. Il répond : « Je ne sais pas, je n’arrive plus à me concentrer, je suis complètement déconnecté ». Elle reformule sa question, et il précise : « J’avais peur. J’étais honteux. Même par rapport à la vitesse, j’étais honteux, j’étais gêné. J’ai pris peur. Je n’ai pas osé le dire ».
En conséquence, il admet : « Le fait de faire ça, c’est hyper dangereux. Maintenant je l’ai compris […] Je le regrette. Je n’ai jamais voulu faire de mal à personne ».
Les avocats des parties civiles insistent : il a mis trois mois à se souvenir de cette vidéo. « Si depuis le début il dit que c’est un accident, que la cause de l’accident, c’est la vitesse et le GSM. Alors pourquoi cacher la cause de l’accident ? », interroge Jean-Philippe Mayence. Paolo répond : « Parce que j’ai pris peur par rapport à la gravité, la vitesse, tout ça ». Il termine par un appel à prendre ses responsabilités : « Je sais que je dois prendre mes responsabilités, mais je n’ai jamais voulu ça, un drame pareil ».
Il apparaît alors comme un Paolo Falzone confus, qui a menti aux enquêteurs et se complique dans ses explications, ne comprenant pas les questions.
Le témoignage de Nicolas D’Andrea, 37 ans, évoque également son frère, son père, le gendre qu’était Frédéric D’Andrea. Ce récit est agrémenté d’images joyeuses de Frédéric, au carnaval, projetées sur les écrans de la cour d’assises.
Au terme de son témoignage, Nicolas évoque, avec tristesse, le fils de Paolo Falzone, dont il dit : « Aujourd’hui, je suis triste pour ce petit bout qui va devoir grandir avec un papa qui sera un modèle autocentré, et qui sera privé d’amour paternel ».
Les jours suivants, la cour entendra encore de nombreux témoins des faits, parties civiles et victimes. Le 27 mai, les témoins de moralité de l’accusé, y compris ses parents, interviendront à la barre. Ce matin, elle a également entendu la jeune fille qui était avec Antonino et Paolo en discothèque le soir des faits, qui a éconduit Paolo. Tiziana a été raccompagnée chez elle par le duo juste avant le drame. Un témoignage qui a choqué la cour d’assises.

