Derrière les accolades de Xi Jinping et Vladimir Poutine, une diplomatie mondiale à Pékin
Les présidents russe et chinois se sont déjà rencontrés à plus de quarante reprises. La visite de Vladimir Poutine à Pékin ce mardi a donc aussi des airs de rattrapage symbolique.
C’est loin d’être la première fois qu’ils se serrent la main : les présidents russe et chinois se sont déjà rencontrés à plus de quarante reprises. Et l’entente affichée entre leurs deux pays n’est pas récente, car la Russie et la Chine mettent en avant un « traité d’amitié de 25 ans » et « 30 ans de partenariat stratégique ». « Ce sera la 25e visite du Président Poutine en Chine », a commenté le porte-parole chinois aux affaires étrangères.
Cependant, cette visite de Vladimir Poutine à Pékin a une signification particulière, intervenant quelques jours après celle du président des États-Unis, Donald Trump, à Pékin également. Derrière les poignées de mains chaleureuses entre Xi Jinping et Vladimir Poutine, une bataille d’image, des tractations et des intérêts distincts se dessinent.
### Afficher une amitié « illimitée »
La semaine dernière, aux côtés de Xi Jinping se trouvait Donald Trump. À Pékin, il y a quatre jours, le président américain avait utilisé des superlatifs pour décrire cette rare visite en Chine et les « fantastiques » contrats qui auraient été signés.
Vladimir Poutine, en se prêtant lui aussi au jeu avec le président chinois, cherche à rappeler que l’ »amitié » entre les présidents russe et chinois est ancienne et n’est pas altérée par le passage de Donald Trump, et que le partenariat entre la Russie et la Chine reste dynamique.
L’année dernière, lors du défilé militaire du 9 mai à Moscou, commémorant la fin de la deuxième guerre mondiale, Vladimir Poutine et Xi Jinping avaient posé côte à côte. Toutefois, cette année, des drones ukrainiens menaçaient la capitale russe, le défilé était réduit, et le président chinois ne s’était pas rendu à Moscou. La visite de Vladimir Poutine à Pékin ce mardi revêt donc des airs de rattrapage symbolique.
### La guerre en Ukraine
Cette rivalité d’image n’est pas le seul motif de la visite de Vladimir Poutine aujourd’hui. La question ukrainienne constitue une autre raison. La Russie a en effet entamé en février une quatrième année de guerre d’invasion en Ukraine, et les négociations tentées par les États-Unis pour mettre fin au conflit stagnent actuellement.
Pour Martin Wagner, maître de conférences à l’université de Kiel en Allemagne et coauteur du livre « Entangled Empires » sur les relations Russie-Chine, cette visite à Pékin est liée à cette impasse.
« Vu les difficultés de la Russie pour le moment, Vladimir Poutine a intérêt à affirmer, à ce niveau symbolique, le soutien de la Chine à cette guerre », constate-t-il.
La visite de Vladimir Poutine à Pékin pourrait ainsi lui permettre d’afficher symboliquement le soutien chinois et de tenter de le renforcer. Un soutien que la Chine n’a jamais explicitement exprimé, n’ayant jamais condamné l’offensive russe de février 2022, se présentant comme neutre face au conflit. Cependant, Martin Wagner souligne que le soutien de Pékin à Moscou est effectif. « La Chine soutient cette guerre menée par la Russie à plusieurs niveaux : sur le plan économique, technologique et militaire. Et la Russie ne pourrait pas mener cette guerre sans ce soutien chinois. »
Cette aide est dosée avec prudence, étant plus limitée que ne le souhaiterait Vladimir Poutine. « La Chine calcule avec une grande précision ce qu’elle peut donner et ce que cela lui coûte. Je veux dire par là que la Chine n’a aucun intérêt à ce que la Russie remporte cette guerre haut la main, en conquérant de vastes portions de l’Europe ou de l’Europe de l’Est. Et la Chine n’a pas non plus intérêt à ce que la Russie perde cette guerre. La Chine se ménage donc une position idéale, en apportant à la Russie le soutien dont elle a besoin… pour maintenir le statu quo. »
### Poursuivre ses intérêts économiques et politiques
D’autres négociations pourraient également émerger de ces poignées de main. La Chine fournit à la Russie sa technologie militaire, tandis que la Russie livre à la Chine ses hydrocarbures, alors que le pétrole russe est rejeté par de nombreux autres pays et que l’économie russe souffre des sanctions internationales. La Chine, ayant de grands besoins énergétiques pour ses industries, est le premier acheteur de pétrole russe.
Les deux présidents aborderont probablement le projet « Force de Sibérie 2 », un gazoduc reliant la Sibérie au nord-est de la Chine, permettant à cette dernière d’augmenter encore son approvisionnement en gaz russe. Cela renforcerait la dépendance de la Russie envers l’acheteur chinois.
De plus, Vladimir Poutine pourrait voir dans ses contacts avec cet autre régime autoritaire l’opportunité de poursuivre ses intérêts politiques, en promouvant une vision des relations internationales fondée sur une « alliance autoritaire et antidémocratique », une idée qui renforcerait la Russie au sein d’alliances régionales chinoises telles que « l’Organisation de coopération de Shanghai », que certains observateurs qualifient d »anti-OTAN ».
À nouveau, les relations demeurent asymétriques, la Chine ne cherchant pas à s’impliquer dans les alliances régionales russes. « Leurs relations sont asymétriques, dans ce jeu de pouvoir, la Russie est le ‘partenaire junior’, et la Chine le partenaire senior », souligne encore l’historien Martin Wagner, malgré l’affichage d’une « amitié illimitée ».
La rencontre à Pékin entre Vladimir Poutine et Xi Jinping est prévue pour mercredi. Moscou s’assurera probablement, comme l’avait fait Washington, que les images de cette poignée de main avec le géant chinois soient largement diffusées.

