France

«Â Anatole Latuile, héros intemporel de l’enfance : comment ne pas vieillir ? »

Anatole Latuile, héros intemporel des BD, a écoulé 3,4 millions d’exemplaires. Le vingtième tome, célébrant son anniversaire, paraîtra cet été.

A 20 ans, Anatole Latuile demeure inchangé. Ses fans, qui marquent les signes de l’âge, en redemandent. La preuve, les aventures de cet héritier du Petit Nicolas et de Gaston Lagaffe se positionnent parmi les bandes dessinées à succès, avec 3,4 millions d’exemplaires vendus. Avec les auteurs Anne Didier et Olivier Muller, 20 Minutes s’efforce de découvrir les secrets de cette jeunesse éternelle de ce « copain de papier ».

Un « miroir de l’enfance »

« Anatole est né d’un roman que j’avais écrit seul et que ma sœur [qui a publié des livres dans J’aime lire] a relu », se remémore Olivier Muller. Cette œuvre a été adaptée en 2005 pour J’aime lire, un magazine publié par Bayard Presse. « C’est à cette époque que  »Tom Tom et Nana » s’arrêtait, se souvient Delphine Saulière, directrice éditoriale pour le pôle jeunesse. Nous cherchions leur successeur. »

Dès les premières illustrations, Anatole Latuile se présente comme un écolier amusant et sensible, un « miroir de l’enfance », note Delphine Saulière. Un garçon de CM1 qui utilise son intelligence et son énergie pour ses idées folles. « Il est transgressif, affirme Olivier Muller. C’est un  »créatif de bêtise », il fait cela pour aider ses camarades. »

« Rapidement, Anatole Latuile a été perçu comme un héros, se souvient la responsable chez Bayard. Il est devenu un copain de papier. » Un protagoniste qui s’adresse aux « 7-10 ans, une tranche d’âge où l’enfant commence à devenir autonome vis-à-vis de ses parents. Il essaie, il teste… », ajoute-t-elle.

« Les problèmes des enfants n’ont pas changé »

Au fil du temps, Latuile a su se faire un nom. « Nous voulions qu’il soit intemporel, c’est pourquoi il s’appelle Anatole, précise Olivier Muller. C’est un prénom de grand-père qui revient à la mode. » Le style distinctif du personnage est la marque de Clément Devaux. « Il possède une finesse du trait et une intelligence dans son dessin, notent les auteurs, qui collaborent avec l’illustrateur. Il fait avancer les idées que nous proposons et accentue le comique des situations. »

Ce trio a réussi à faire de ce garçon un héros intemporel, au-delà de son prénom. « Nous essayons de nous renouveler en introduisant de nouvelles situations, des personnages et d’autres lieux… Par exemple, nous avons déménagé Anatole, détaillent les scénaristes. Il habite désormais à côté de son meilleur ami de bêtise. Cela génère de nouvelles dynamiques dans un univers extensible. Nous tentons d’enrichir l’intrigue et de créer de nouveaux problèmes à résoudre. » Des récits solidement ancrés dans le quotidien des plus jeunes.

« Les problèmes auxquels font face les enfants aujourd’hui sont les mêmes que ceux d’il y a vingt ans, analyse Olivier Muller, qui a été bibliothécaire dans un foyer d’accueil pour enfants. L’évolution est similaire ; il faut se séparer de ses parents, gérer l’autorité d’un directeur… Tout cela fait partie de l’univers de l’enfant, hier comme aujourd’hui. » Une intemporalité maintenue, tout en intégrant une touche de modernité.

Une « narration simple » et beaucoup d’humour

« Nous avons évolué avec la technologie, soulignent les auteurs. Nous avons intégré un peu de téléphone portable pour rester connectés aux enfants. Ainsi, la grande sœur de Jason, son ami de bêtise, en possède un. Anatole, quant à lui, n’en a pas. » Les tomes sont peuplés de personnages secondaires, tels que les parents, Jason, les amies Henriette et Naomi, le directeur Auzaguet ou les « méchants » frères Mafiolo.

Un autre élément clé pour garantir l’intemporalité du héros dans ce format court est l’humour. « Il est vital de se renouveler, car chaque situation est unique, remarque Anne Didier. Nous intégrons du comique de situation, de mœurs, des jeux de mots… Notre priorité ? Toujours rire de ce que nous créons. Nous essayons de faire parler l’enfant qui est en nous. »

Les aventures d’Anatole Latuile, triomphant en librairie avec Tous aux abris !* (éd. Bayard Jeunesse), bénéficient également d’une excellente visibilité. « Les écoles et les médiathèques sont abonnées à  »J’aime lire », qui est un support pédagogique, adapté au niveau d’apprentissage des enfants, explique Delphine Saulière. C’est une lecture « facile ». Dès qu’on lit une histoire, on se dit :  »J’ai tout compris ». »

Dessin animé, podcast et escape game

Anatole Latuile a également « tout compris ». Ce phénomène littéraire a su se diversifier pour maintenir son intemporalité. Il a notamment été adapté en dessin animé (diffusé par France Télévisions en 2018), en podcast et en escape game. « Le dessin animé a joué un rôle dans la popularité du personnage », assure Delphine Saulière.

« Nous participons à chaque projet, indiquent les auteurs. Nous apportons notre vision pour que le ton reste fidèle. Nous écrivons aussi des adaptations pour la télévision et organisons des réunions avec les scénaristes afin de transmettre le maximum d’informations. » Le trio sera de nouveau à l’écriture pour célébrer dignement l’anniversaire d’Anatole, avec un vingtième tome prévu pour cet été.